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Publié par Christophe

Étrange époque

Une chronique de Christophe Rodriguez

Pendant le temps des fêtes qui fut fort tranquille, ce n’est pas une grande nouvelle, je me suis plongé dans l’univers oh combien prophétique, de l’écrivain viennois Stefan Zweig(1881-1942). Connu mondialement pour Le joueur d’échecs ainsi que : La vie d’une femme et Le Monde d’hier, souvenirs d’un Européen qui fut son livre testament, il s’enleva la vie avec sa femme en 1942.

Romancier oui, mais aussi fin observateur d’un monde en mouvement, d’une guerre à l’autre avec l’inévitable montée du nazisme qui entraina sa disparition. Entre la littérature et le journalisme, il fut publié avec succès dès l’âge de 20 ans : Seuls les vivants créent le monde (quel titre magnifique!) est une analyse à chaud ou presque de la Première Guerre mondiale, la montée des populismes ainsi que toutes les divisions sociales que celles-ci engendrèrent. Ce tout petit livre qui est dans les faits, une collection d’articles publiés entre 1914 et 1918 dans la presse allemande montre l’évolution de la pensée de Zweig.

Emporté par l’élan patriotique, mais toujours humaniste, il a des amis partout. Nous sentons au fil des mois son glissement vers un pacifisme prudent qui appelle à la réconciliation, constant les effets de la boucherie et plus encore, ceux qui profitent de la guerre pour avoir une tribune puis se faire un capital politique. Dans l’opportunisme, ennemi mondial écrit en 1918, mais que nous pourrions appliquer en partie à nos soubresauts planétaires en ces temps de pandémie, voici ce qu’il écrivait : «l’opinion publique provoque nécessairement des oppositions et des inhibitions temporaires. Mais la conviction ne connait qu’un seul ennemi (un ennemi mortel) : l’opportunisme. Rien n’a été plus dangereux que le fait, pour les gens, de confondre, chez eux-mêmes puis chez les autres, ces deux notions ou de les placer sur un pied d’égalité : opinion et conviction. Une opinion, beaucoup en ont une. Une conviction, très peu. L’opinion prend son envol depuis les paroles, les pages des journaux, les désirs et les cancans, elle poursuit à nouveau son vol avec le prochain vent, colle aux faits, et elle est toujours soumise à la pression de l’air, à la psychose des masses. La conviction grandit à partir de l’expérience, elle se nourrit de l’éducation, elle reste personnelle et irréductible aux évènements. L’opinion, c’est la masse, la conviction, c’est l’homme ».  Et méfions –nous aussi : «  Des resquilleurs de la responsabilité, on voit ceux qui maitrisent la parole, politiques ou littérateurs, se lever tout doucement des tables auxquelles ils étaient assis, et se glisser clandestinement au milieu des autres pour, à peine installés, faire comme s’ils avaient toujours étaient là. Certains ont déjà changé ainsi trois fois de place : oublieux envers-eux-mêmes, ils misent sur l’amnésie des autres et comptent avec ce curieux instinct de la masse ». Méditions avant de juger !

Au cœur de la littérature

Poursuivant notre quête Zweig, La chambre des secrets vous ouvrira la porte et parfois la connaissance intime de certains grands écrivains. À travers une série de portraits, celui de Jean Jaurès étant certainement le plus touchant, l’auteur nous fait découvrir son panthéon littéraire. De Proust, à Flaubert de Verlaine, à l’immense Balzac et de Rimbaud à Claudel, il dialogue avec eux, établi une pensée fraternelle et mieux encore, nous éclaire. À confier à tous les amis de la littérature et les professeurs.

Bonne lecture !

 

 

Stefan Sweig

Seuls les vivants créent le monde

Robert Laffont

Pavillons poche

164 pages

 

Stefan Sweig

La chambre aux secrets

Robert Laffont

Inédit

298 pages

 

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