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Publié par Christelle

Une chronique de Christelle Kriek

 

Toutes blessent la dernière tue. Le titre met la table, avec ce tatouage en latin… Pourtant, avant de commencer, je n’imaginais pas à quel point j’allais être transportée dans un univers effrayant, de ceux qui m’a retourné les entrailles. Parce que l’histoire de Tama, le diminutif de Tamazzalt (qui signifie la dévouée) est celle de nombreuses enfants et jeunes femmes malmenées…

 

Laissez-moi vous parler de son histoire.

 

Tama a huit ans quand elle arrive en France, à Paris. Quel voyage pour cette petite Marocaine née dans une famille pauvre, au cœur d’un petit village ensoleillé… Tama a perdu sa maman alors qu’elle n’avait que cinq ans et demi. Pas facile de vivre sans sa maman. Pas facile de vivre loin de sa famille. Pas facile de vivre tout court… C’est ça que Tama va apprendre au fil des années.

 

Tama fait tout dans les familles qu’elle sert : elle s’occupe du ménage, du repassage, de la cuisine, des enfants... Elle fait de son mieux, même si cela ne semble jamais assez. Même si elle ne reçoit jamais d’amour. « Ce qui a changé, c’est moi. J’ai grandi, un peu, mais j’ai surtout changé de l’intérieur. J’ai cessé d’espérer. » Elle découvre l’horreur et la cruauté, non seulement des hommes mais aussi des femmes… de ces mères de famille qui ont l’air parfaites. Jusqu’à ce qu’elle découvre la passion, celle qui rend fou, celle qui fait du bien, celle qui fait mal. « J’ai soudain l’impression d’être une princesse. D’être le centre du monde. Ça m’aide à supporter la douleur. » Que ne pourrait-on pas accepter par amour? Surtout quand on en a manqué cruellement. On peut tout accepter… trop en fait!

 

À l’histoire de Tama se mêle celle de Gabriel, cet homme mystérieux que le sommeil et les émotions semblent fuir. « Pourtant la colère n’était jamais loin. Cette colère qui ne l’avait pas quitté depuis qu’on lui avait enlevé Lana. Cette colère qui s’était déchaînée depuis qu’il était privé d’elle. » Qu’a-t-il donc à cacher pour s’être isolé du monde et de ses semblables? Et comment les démons de Tama et de Gabriel se rencontreront-ils? De la souffrance peut-il naître autre chose?

 

Avec ce roman, Karine Giebel aborde un thème douloureux, celui de l’esclavage moderne. Si la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 mentionne dans son article 4 « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l’esclavage et la traite des esclave sont interdits sous toutes leurs formes », force est de reconnaître que l’Homme ne l’a pas encore compris.

 

Ce livre fait mal parce que cette histoire est trop vraie… Alors que je lis de la littérature sombre depuis de nombreuses années, rare sont les livres qui m’ont tiré des larmes. Toutes blessent la dernière tue l’a fait.

 

«Vulnerant omnes, ultima necat. At eae quas ad vos consumpsi me delectaverunt» Je les ai aimées autant que détestées peut-être…

 

Bonne lecture !

 

Toutes blessent la dernière tue

Karine Giebel

Éditions Belfond

2018

 

Une vidéo de Bepolar.fr

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Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 08/08/2020 20:31

Un roman fort sur un sujet dont on parle peu.

Richard 08/08/2020 20:32

Tout à fait ! Et Karine Giebel en parle très bien !