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Publié par Christophe

Prix Pulitzer 2020

Les garçons étaient un problème.

Par Christophe Rodriguez

En 2017, l’écrivain/journaliste Colson Whitehead remportait le Pulitzer pour Underground Railroad. Ce roman fort sombre et très bien documenté racontait le combat incessant des esclaves qui voulaient s'enfuir au nord, avant la guerre de Sécession, la précision est importante. En attendant le film qui devrait sortir dans le courant de l’année 2021, voici un autre joyau qui lui aussi vient de se voir décerner un autre prix Pulitzer.

Nickel Boys n’est pas pour les âmes sensibles. Après lecture, nous avons pensé : À l’ombre de Shawshank (Stephen King), Les hauts-murs d’Auguste Le Breton (histoire vraie) ainsi qu’à Sleepers de Lorenzo Carcaterras. C’est, en travaillant sur un fait plus que divers que le romancier a voulu redonner la parole à ces enfants noirs qui furent maltraités, mis au rancart de la société, quand ils ne disparaissaient corps et bien et sans sépultures. Grâce au travail minutieux de jeunes archéologues, journalistes conscients qu’il fallait absolument dénoncer, parce que « tous les enfants connaissaient cet endroit de malheur (…) Comme au temps du Far West où on enterrait les morts avec leurs bottes, les garçons surnommaient le cimetière officiel Boot Hill, une allusion aux films qu’ils allaient voir le samedi ».

Dans cette Floride, ségrégationniste des années 60, la « Nickel Academy », nom de son philanthrope, fut un mouroir pour les jeunes afro-américains. Cette maison de redressement, lieu de calvaire, donna donc naissance à ce roman. À travers la figure, oh combien touchante, du jeune idéaliste Elwood, pétri des discours de Martin Luther King et de son ami Turner qui n’ayant plus rien à perdre, lui rendra un jour mémoire. Ces 220 pages sont une plongée au cœur d’un système révoltant. Pas à pas, Colson Whitehead fait revivre des évènements que la population a sciemment voulu effacer de la mémoire collective.

Entre les traits de génie, la prose souvent poétique et la réalité aussi dure soit elle, nous restons pantois : «  la majorité des garçons qui connaissaient l’existence des anneaux dans les troncs sont morts aujourd’hui. Le fer, lui, est toujours là. Rouillé. Profond dans la pulpe des arbres. Il parle à qui veut l’écouter ».

D’une tristesse sublime ! La saison littéraire qui commence d’un très bon pied nous fait prendre conscience en lisant ce roman, que le port d’un masque n’est rien, comparé à ce que vécurent ces jeunes âmes.

 

Bonne lecture !

Nickel Boys

Colson Whitehead

Albin Michel 

259 pages

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Commenter cet article

Karine 07/09/2020 15:59

Toutes les références qui sont nommées ici me parlent... et me donnent envie de relire Sleepers. Je l'ai mis dans mon challenge de l'automne.

Richard 07/09/2020 16:05

Bonnesssss lecturessss, mon amie 1

Alex-Mot-à-Mots 27/08/2020 11:43

Un roman qui manque tout de même d'un petit quelque chose pour en faire un grand roman.