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Publié par Christophe

Par Christophe Rodriguez

Sans être un pape du polar, tels que le furent les regrettés Michel Lebrun, Claude Mesplède et toujours parmi nous une chance, notre ami Norbert Spehner, Jean-Patrick Manchette (1942-1995) a eu une influence capitale sur le cours du roman noir. Avec : Le petit bleu de la côte ouest, L’affaire N’ Gustro, La position du tireur couché et Nada, le polar français s’engouffrait dans une veine politique, ou tout un chacun pouvait se reconnaitre.

Aussi étrange que cela puisse paraître, c’est par le canal du cinéma, des critiques que je découvris le style incisif, pointilleux et très documenté de Jean-Patrick Manchette. Pour les cinéphiles, nous vous recommandons : Les yeux de la momie, Play It Again Dupont (Chroniques lyriques [1978-1980], etc.

Sans «tirer à vue», figure de style évidemment, Manchette remettait à sa place les journalistes, écrivains qui commettaient des bourdes, surtout dans l’emploi et la dénomination des armes, sans oublier ses critiques toutes aussi lumineuses les unes que les autres. Agoraphobe, grand fumeur, ce qui finira par l’emporter et amateur de la dive bouteille, son court passage sut terre est illustré à merveille dans ses correspondances.  Abhorrant le téléphone, il correspondait beaucoup et même avec des professeurs, ainsi que de jeunes étudiants.

De précieuses correspondances

Courant après le cachet et entre deux traductions [Donald Westlake notamment], ses écrits valent de l’or. Au fil des pages, nous redécouvrons son ami Pierre Siniac, Claude Mesplède, et les recommandations de Manchette sur l’incommensurable travail autour de la Série noire, l’écrivain Jean Echenoz, un tout jeune James Ellroy dont l’ami Manchette en disait beaucoup de bien.

Mais plus encore, nous entrons au cœur de la création ainsi que de la vie pas toujours aisée, d’un homme aux prises avec ses angoisses, ses emportements puis la maladie qui gagnera du terrain. Il ne cache rien de son état de santé comme cette missive à son collègue/écrivain Ross Thomas : "Cher Ross. Je regrette de m’être trouvé physiquement incapable de répondre plus tôt à ta sympathique et amusante lettre. Mais ladite lettre m’est parvenue à l’hôpital, le lendemain de mon opération […]De plus, pour tuer ces petites saletés restantes, les gentils médecins m’ont pompé des produits chimiques dans le sang pendant trois jours à la fin janvier et, comme tu le sais peut-être, ce type de traitement provoque une profonde faiblesse ».

Politique, aussi, Manchette discute des anarchistes, aide parfois les moins nantis ou donne un coup de pouce aux amis, des faux maoïstes avec BHL en tête ainsi que de son futur roman qui hélas ne verra jamais le jour. À l’ère des réseaux sociaux, ou tout se résume en invectives ou 140 caractères, relire Jean-Patrick Manchette est salutaire pour l’esprit !

Bonne lecture !

 

Jean-Patrick Manchette

Lettres du mauvais temps

Correspondances 1977-1985

La table Ronde

539 pages

 

 

 

 

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