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Publié par Richard

« La lune est menteuse et la mer est un leurre. »

Page 11

Une chronique de Richard
 

Voilà comment je commençais ma chronique sur « Nous étions le sel de la mer » en juin 2014.

 

« Nous étions le sel de la mer » ! Un moment magique !

 

Commencer un livre, puis après quelques pages se dire que l’on vient de faire une rencontre marquante !

 

Continuer sa lecture et confirmer ses impressions du début !

 

Changer son rythme de lecture pour se mettre à déguster chaque phrase, chaque paragraphe qui nous étonne, qui nous charme !

 

Anticiper la fin du roman, comme un deuil à vivre, mais en courant à sa librairie préférée pour acheter un autre roman de cette auteure qui vient de nous « jeter par terre » juste pour se sécuriser et se dire qu’au moins, j’ai un autre roman à lire !

 

Et maintenant, trouver les mots pour traduire les émotions vécues, les plaisirs de lecture, l’extraordinaire humanité des personnages, l’atmosphère incroyable de ce petit village gaspésien et surtout, parler du style de Roxanne Bouchard, vanter son écriture et vous dire combien j’ai aimé ce roman. Voilà le défi qui se pose à moi !

 

Été 2020, en pleine pandémie, est enfin arrivée la deuxième enquête de cet étrange policier mexicain oeuvrant dans une Gaspésie bien éloignée des côtes de cet état d’Amérique centrale.

 

Eh bien, je pourrais écrire encore la même chose. Six ans plus tard ! « La mariée de corail » confirme l’immense talent de Roxanne Bouchard et consolide la place de choix de Joaquim Morales au tableau d’honneur des policiers de fiction québécois.

 

Dès les premières pages du roman, vous serez envoutés par le style et l’imaginaire de l’auteure. La description des derniers moments de cette robe de mariée » vaut à elle seule le prix d’achat du bouquin. Poétiques, superbement écrits, ces quelques paragraphes donnent le ton à une histoire passionnante comme un festival des sens, aux odeurs et aux flaveurs du « sel de la mer » ! Fermez-vous les yeux et imaginez une mariée flottant entre deux eaux dans une mer agitée, hostile, mais tellement attirante. Et vous serez prêt à suivre cette enquête gaspésienne.

 

Quand on retrouve son homardier dérivant en mer, sans sa capitaine, on se doute bien qu’Angel Roberts est cette mariée disparue en mer. Suicide ? Accident ? Meurtre ? Toutes les hypothèses restent à vérifier.

 

Devant la complexité de l’affaire, on fait appel à Joaquim Morales. Il devra aller à Gaspé, laisser son fils qui lui rend une très rare visite et surtout quitter son grand ami Cyrille Bernard, vivant ses derniers jours, vaincu par le cancer. Mais l’appel du devoir et surtout à l’insistance autoritaire de sa cheffe, il part donc vers la région de Forillon pour résoudre cette affaire de disparition. Et comme à son habitude, il trainera dans ses bagages ses travers familiaux et ses problèmes de père.

 

Son arrivée au poste de Gaspé ne sera pas appréciée par tous, surtout pas par l’agente Simone Lord, agente des pêches et par « l’accueillante et agréable » réceptionniste Thérèse Roch. Et les 200 kilomètres entre Bonaventure et Gaspé semblent former un gouffre entre l’accueil des pêcheurs du coin.

 

L’enquête sera complexe. L’arrivée de son fils n’arrangera pas les choses. Les secrets de famille et l’opacité des gens du coin ne feront rien pour faciliter l’enquête de Morales. Et chaque pas de son enquête, chaque personne rencontrée, ramènent le sympathique enquêteur à ses démons passés. Aucune vague de cette mer agitée ne peut effacer ce qui est imprégné et inscrit dans le sable de son histoire passée. L’enquêteur est efficace malgré les difficultés de l’homme, du mari et du père.

 

Enquêter parmi les pêcheurs gaspésiens n’est pas de tout repos. Là aussi, l’histoire a laissé des traces, les secrets de famille ont sculpté les relations. La langue de ces hommes et femmes enveloppée par le vent du large et accentuée par les vagues sur la berge est magnifiquement rendue par le talent de l’écrivaine.

 

Oui le polar poétique existe, « La mariée de corail » en est la preuve par deux (car il faut bien inclure « Nous étions le sel de la mer » dans l’équation). Laissez-vous porter par le bruit des vagues, l’odeur de varechs et le vent du large. Quand les mots sont beaux, quand les phrases sonnent comme de la musique, le polar prend des allures de poème. Et la prose rime avec le suspense !

 

Vous ne partez pas en Gaspésie pour ces vacances à l’ère du virus, la littérature pourrait être le vaccin qui vous protégera de l’ennui. Grâce aux mots de l’auteure, vous marcherez dans le sable, vous sentirez le vent caresser votre visage, vous admirerez ces bateaux que l’on range pour l’hiver et vous profiterez pleinement des charmes gaspésiens. Tout en lisant une bien bonne enquête.

 

À lire absolument !

 

Extraits :

 

« Derrière la vitre pare-balles, une secrétaire aussi joyeuse qu’une adjointe de croque-mort fait figure de réceptionniste. »

 

« Ici les galets créent une musique chatoyante, le bruissement d’un collier de perles qu’une main lasse abandonne en tas dans un écrin de velours bleu. »

 

« Occupé à reconstruire les histoires des autres, il a toujours manqué de mots pour la sienne. »

 

« Cyrille lui a souvent parlé des levers de soleil, plus beaux que les couchers parce que l’œil est pur, fraîchement ouvert, comme nettoyé par la nuit, alors que les couchers arrivent par-dessus les autres images du jour, quand la pupille est déjà pleine. »

 

 

Bonne lecture !

 

 

La mariée de corail

Roxanne Bouchard

Libre Expression

2020

385 pages

 

 

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