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Publié par Christophe et Richard

Pour souligner la sortie du nouveau roman de R.J. Ellory "Le jour où Kennedy n'est pas mort", Polar, noir et blanc a décidé de vous offrir deux chroniques. Christophe et moi les avons écrites sans savoir l'opinion de l'un ou de l'autre.

Nous vous les offrons avec plaisir en espérant que ces quelques mots vous inciteront à la lecture de ce roman ou des autres oeuvres de cet auteur.

Bonne lecture ... de chroniques !

Richard

 

La chronique de Christophe Rodriguez

Un Ellory, qu’il soit automnal ou estival reste toujours un évènement littéraire pour les amateurs de suspense. Contrairement à bien des aficionados, je n’ai pas toujours accroché aux histoires de celui qui revisite l’histoire américaine, la petite comme la grande aux fils de ses parutions. Si Les fantômes de Manhattan (2018) évoquaient dans ma mémoire le travail des feuilletonistes du 19e siècle, nous considérons, et de loin : Vendetta (2009) comme son œuvre la plus achevée. À travers les mémoires d’un tueur à gages, sans oublier le magnifique portrait qu’il tira de La Nouvelle –Orléans, un peu le fait James Lee Burke, Ellory creuse la mémoire de la politique américaine, mais du bout le plu sombre de la lorgnette. En filigrane, était aussi inscrit dans ce roman majeur, soit, celui que vous allait tenir entre vos mains : Le jour où Kennedy n’est pas mort.

L’histoire à contretemps

Sans remonter la veine littéraire, nous pensons  évidemment à Stephen King avec son immense pavé : 22.11.63 (Albin Michel), mais sans l’apport du fantastique. Se collant à une veine policière qui est aussi éminemment politique, Ellory joue le jeu de l’uchronie. Non, il ne s’est rien passé à Dallas en ce funeste novembre 1963 et John F Kennedy continue de gouverner, mais avec beaucoup de difficulté. Sans être une opération de déboulonnage, l’auteur dresse le portrait d’un président aux abois, miné par des problèmes personnels (couple à la dérive, abus de médicaments, santé fragile, aventures extraconjugales), puis le juge Warren-celui- là même qui enquêtera sur son décès, talonne (euphémisme) le pouvoir en place sur des irrégularités électorales.

Est-ce que la table est mise, pas tout à fait, puisqu’en parallèle, un journaliste  Mitch qui rêvait de devenir Capa enquête sur le suicide de Jean, son ex-amie de cœur. Avec ce cocktail explosif : politique, sexe et petits arrangements entre amis, nous plongeons au cœur de la présidence, véritable pièce de théâtre, où se mélangent malfrats, droits civiques, guerre du Vietnam, avec l’image omniprésente de Bobby Kennedy qui essaie tant bien que mal de sauver les meubles et son frère. Il faut une certaine imagination, une connaissance approfondie du système, soutenue par une plume redoutable ainsi qu’un bon plan de travail, pour réécrire l’histoire de cette façon. Kennedy fut un camelot royal, porteur d’espoir, mais soutenu par une machine, parfois cynique, comme en fit foi Joe Kennedy (le père), qui arbitra les alliances, même les plus dangereuses pour maintenir son fils à présidence. Entre l’extrapolation et la vérité, RJ Ellory joue les trouble-fêtes pour notre plus grand plaisir.

 

La chronique de Richard Migneault

Un nouveau roman de R.J. Ellory est toujours un événement ! Roman après roman, l’auteur réussit à créer des histoires passionnantes qui nous font découvrir des villes et des régions de États-Unis, les plus connus comme les plus reculés et surtout, les habitants qui y vivent. Découvert avec le formidable « Seul le silence » en 2008, rencontré à deux reprises aux printemps meurtriers de Knowlton, son succès ne s’est jamais démenti. Il suffit de rappeler quelques titres pour voir l’étendue de son talent : « Vendetta », « Les Anges de New-York », « Les assassins » et l’excellent « Le chant de l’assassin » paru l’année dernière. À la lecture de ses romans, on a tendance à oublier qu’il est britannique, tant sa connaissance de l’Amérique profonde et celle des grandes villes est si bien décrite et documentée. Il est surement le plus américain des auteurs anglais.

 

J’avoue qu’à la lecture du titre, j’ai eu une réaction de recul ; pas encore un roman sur l’assassinat de JF Kennedy ! Et en lisant la 4e de couverture, j’ai eu une crainte que l’auteur répète, de façon moins brillante, le très bon roman de Stephen King, 22/11/63.

 

Pas du tout !

 

Avec « Le jour où Kennedy n’est pas mort », Ellory expérimente les codes de l’uchronie, ce genre littéraire qui permet à l’auteur de réécrire l’histoire en transformant un événement historique, en modifiant un fait et en voyant ce qui aurait pu se produire. L’exploit est réussi, aucune redite et surtout pas une autre recherche de la vérité, de tout ce qui a pu se passer ou les complots qui se cachaient derrière cette journée fatidique, qui a changé le visage de cette Amérique !

 

Le roman commence juste après le passage du convoi présidentiel devant le dépôt de livres scolaires. Deux ouvriers ont vu passer l’auto où sont assis le président Kennedy et Jackie. Après le passage du convoi, ils retournent tranquillement au travail. Tout est bien ! Tout s’est bien passé.

 

Quelques mois plus tard, le 4 juillet 1964, Mitch Newman, un vétéran de la guerre de Corée, est assis au bar de son quartier pendant que le président Kennedy parle de l’adoption toute récente de la Loi sur les droits civiques. Il reçoit un appel de son ex-belle-mère lui annonçant le suicide de la femme qu’il aime toujours.  

 

Un suicide ? Il n’y croit pas ! Jean Boyd était une journaliste d’enquête qui travaillait à un dossier sensible. D’ailleurs, elle s’approchait probablement de quelque chose de gros. Mitch se lance alors à la recherche du sujet de l’enquête de son ex-femme. Et surtout, il veut savoir ce qui a poussé certaines personnes à éliminer la femme qu’il aimait.

 

En même temps, Mitch vit avec le regret de son attitude d’il y a une quinzaine d’années où il a laissé Jean pour aller faire des photos pendant la guerre de Corée. Continuellement, ces regrets reviennent le hanter.

 

Évidemment, ce ne sera pas facile ! Déjà des personnes se sont saisis de tout le matériel de Jean, tous les dossiers ont disparu et une certaine omerta s’installe autour de cette histoire. Tout porte à croire que l’enquête mène Mitch vers Dallas au moment de la visite du président.

 

Pendant cette enquête, parallèlement, nous suivons les préparatifs du clan Kennedy pour assurer la réélection de « Jack » Kennedy. Toute son équipe planifient les étapes pour mettre en branle, et la convention démocrate, et l’élection du mois de novembre. L’équipe autour du président travaille ardemment sur sa réélection mais ils doivent faire face à un handicap bien particulier : les comportements inadéquats et les frasques sexuelles du président. D’ailleurs, il ne faut pas se surprendre de la vision très différente de ce président idolâtré par l’histoire mais qui cachait, sous le vernis du politicien, quelques côtés obscurs.

 

À la mesure du talent de conteur d’Ellory, j’ai été happé par cette histoire passionnante. Autant l’enquête de Mitch qui à partir de presque rien et malgré le fait que tous les indices ont disparu, que le côté politique d’une élection américaine, l’auteur nous transporte au centre de l’action, dans les officines du pouvoir américain ou dans les coins sombres de Dallas ou de Washington. Comme lecteur, on se retrouve au milieu d’un groupe de personnes qui n’ont aucune conscience de ce qui s’est réellement passé ce fameux 22 novembre 1963. Alors, quand on rencontre les Robert Kennedy, Jackie Kennedy, Lee Harvey Oswald et Jack Ruby, on se sent un peu privilégié de connaitre la réalité en suivant cette fiction.

 

Ce douzième roman d’Ellory est un des très bons romans de cet auteur. Comme à son habitude, il a su allier l’analyse psychologique de ses personnages et la vision d’une société américaine avec ses qualités et ses défauts. Encore une fois, l’auteur britannique a réussi à nous dépeindre brillamment la société américaine.

 

 

 

Bonne lecture !

Au Printemps meurtriers de Knowlton.

 

 

Le jour où Kennedy n’est pas mort

R.J. Ellory

Éditions Sonatine

2020

427 pages

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