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Publié par Richard

Une chronique de Richard

 

Il y a quelques années, j’amorçais ma lecture d’un pavé plein de promesses, Les Bienveillantes de Jonathan Littell. Plein de promesses ? Tout à fait car quelques temps après, ce grand roman se méritait le prix Goncourt et le Grand prix du roman de l’Académie française (2006).  Bien humblement, j’avoue ne pas avoir eu la persévérance de le lire jusqu’au bout, après quelques deux cents pages, j’ai appliqué le troisième droit des lecteurs de Daniel Pennac : le droit de ne pas finir un livre.

 

Voilà pourquoi j’avais une légère appréhension en ouvrant ce nouveau pavé de plus de 880 pages. N’ayez aucune crainte ! « La Fabrique des salauds » de Chris Kraus est un véritable « tourne-page » doté d’une intrigue passionnante et avec une écriture qui coule comme une source à la fonte des neiges. Aucun temps mort ! Aucune baisse d’intérêt !

 

Mais qu’est-ce que cette fabrique des salauds ?

 

Le roman débute en 1974 dans une chambre d’hôpital où Konstantin Solm cohabite avec Sebastian Mörle, un hippie ayant des problèmes importants au cerveau. Konstantin souffre de méningite et doit vivre avec une balle de fusil qui s’est logée dans son cerveau. Un jour, il décide de raconter sa vie au jeune hippie, une vie qui traversera tout le XXe siècle allemand.

 

Konstantin que tout le monde appelle Koja est plus jeune que son frère Hubert. La famille Solm recueille une petite fille dont les parents ont été exécutés, Eva, qui deviendra donc la demi-sœur des deux frères. Et qui sera, au fil du temps, bien plus que la demi-sœur.

 

Commence alors ce récit de la vie de ces trois personnages absolument fascinant. L’auteur nous invite à pénétrer de plein pied dans l’histoire de l’Allemagne du XXe siècle.

 

Nés au début du siècle en Lettonie, les deux frères se formeront à l’école des jeunesses nationales-socialistes puis, tout naturellement, ils feront partie des hautes sphères des SS, en participant activement à la montée du nazisme. Même le narrateur, Koja, nous avouera qu’il ne s’est pas nécessairement rendu compte de ce qu’il vivait. Et ce avec quoi il grandissait.

 

Comme si le destin était écrit avant, les deux frères seront réunis dans le giron des lubies d’Hitler mais seront désunis par leur amour respectif de la même femme, leur sœur adoptive, Eva. Et ce désaccord se transformera bien sûr en une haine intense, alimentée par leurs apprentissages à cette tragique Fabrique des Salauds.

 

L’auteur nous transporte au cœur même de la Shoah à travers les yeux de ce personnage énigmatique et complexe qu’est Koja. Cela donne une vision bien particulière aux lecteurs et nous fait poser la question effrayante : oui, mais moi, qu’aurais-je fait dans cette entreprise terrible où on banalisait le Mal et la mort, à grands coups de mensonges et de vision politique.

 

Après la guerre, dans un pays vaincu où les alliés sont à la recherche des criminels nazis, les deux frères continuent leurs épopées en fuyant le camp des vaincus pour se joindre, sous de fausses identités au service de contre-espionnage. Pire encore, Koja, pour se rapprocher de sa demi-sœur, intègre même le Mossad, malgré son passé et ses crimes de guerre. Commence alors un jeu international de l’après-guerre, la montée du régime de l’URSS et la formation de l’État d’Israël.

 

Absolument passionnant!

 

Quand on termine la lecture de cette brique énorme, on se dit que nous avons passé un cours d’histoire intéressant, sans jamais une goutte d’ennui. « La Fabrique des salauds » c’est plusieurs romans en un ! C’est un cour d’histoire par un professeur érudit et captivant qui nous plonge au cœur de l’action ! Et La Fabrique des salauds, c’est aussi la découverte d’un auteur capable de scotcher son lecteur pendant toute la lecture de ces 880 pages.

 

Alors, n’hésitez pas à vous plonger dans ce roman qui allie les qualités d’un excellent roman historique, d’un récit d’espionnage palpitant et d’un roman d’amour passionné. L’histoire, je devrais dire les histoires de Koja, Hubert et d’Eva Solm vous tiendront en haleine … mais la grande qualité de Chris Kraus, c’est de vous les faire aimer, malgré leur folie.

 

Bonne lecture !

 

 

La Fabrique des salauds

Chris Kraus

Éditions Belfond

Août 2019

887 pages

 

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A
Comme toi, je me laissais le droit de ne pas le finir. Comme toi, je n'ai pas appliqué ce principe.
Répondre
R
Tellement prenant ! Difficile de le laisser tomber ...<br />