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Publié par Cindie

J'ai le plaisir d'accueillir une nouvelle chroniqueuse sur Polar, noir et blanc.

Cindie Guénette

Après 10 ans de travail en librairie, elle prépare un DESS en édition à l'université de Sherbrooke.

 

On peut plus rien dire.

Le militantisme à l’ère des réseaux sociaux,

de Judith Lussier

Une chronique de Cindie Guénette.


Un lexique. Placé au début du livre. Qui permet de comprendre le langage utilisé par les militants d’aujourd’hui. J’y ai appris tokenism par exemple. Qui « illustre le fait d’inclure des membres de minorités ou des femmes dans une organisation de manière superficielle, pour sauver les apparences. » (#66-67) Les explications claires et accessibles, incluent des exemples.

Des portraits. Disséminés dans le livre. Qui nous font rencontrer différents social justice warriors ou « guerriers pour la justice sociale ». Qui nous permettent de comprendre que ces gens qui embrassent une cause, la défendent, présentent des visages très variés. J’y ai rencontré Élise Desaulniers (p.122-123), directrice de la Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux (SPCA). Une place est faite également à Esteban Torres (p.200-201), qui avait lancé une boulette de papier sur le premier ministre du Québec Philippe Couillard. Les portraits, bien que courts, apportent plusieurs angles.

Les social justice warriors sont-ils et elles une bonne ou une mauvaise chose? Judith Lussier nous ouvre toutes les pistes. Surtout, elle nous pousse à réfléchir. Le livre se positionne au cœur de la réalité québécoise, du XXIe siècle. Parle de Guy Nantel, de la série Insatiable, de Trump. Au cœur des idées et des réalités qui modèlent nos vies. Ou est-ce le contraire? Nous sommes les acteurs actrices qui modelons ces idées et ces réalités. Nous avons nos propres causes. Les défendons. Dans nos réseaux. Qui ne s’est jamais dit ou n’a jamais entendu : « On peut plus rien dire! »

Citations

« L’Internet a donc démocratisé la prise de parole, et ceux qui se plaignent qu’on ne peut plus rien dire se plaignent, en réalité, qu’on ne puisse plus rien dire sans que tous aient la capacité de répondre. Aujourd’hui, l’expression est davantage évaluée en fonction de sa pertinence qu’en fonction des privilèges de celui qui s’exprime ou des biais cognitifs dont font preuve les institutions offrant une tribune. » (p.169-170)

« Alors que les militants crient leur détresse, on s’offusque de leurs cris plutôt que de s’inquiéter de des raisons de leurs tourments. Quand nous identifions les militants comme étant rabat-joie – et nous le faisons régulièrement -, nous oublions que cet inconfort dans lequel ils nous plongent est d’abord le leur. C’est plate de se faire reprocher de tenir un spectacle dans une salle non accessible, mais c’est encore plus désagréable de ne pas avoir accès à des spectacles en raison du manque de sensibilité des diffuseurs. C’est poche, se faire traiter de raciste, mais expérimenter donc le racisme, pour voir… » (p.190)

 

Bonne lecture !

 

On ne peut plus rien dire

Judith Lussier

Éditions Cardinal

2019

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