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Publié par Richard

L'humain fait partie de ces choses que l'on doit briser pour en révéler le coeur

Ta mort à moi, page 79

Une chronique de Richard

La plupart du temps, quand j’amorce l’écriture d’une chronique, mon objectif principal est de partager avec mes lecteurs et lectrices, une découverte, un roman à faire connaitre, un auteur qui devrait être plus lu. Bref, j’écris pour faire connaitre !

 

Mais là, ce n’est pas du tout pareil ! Ta mort à moi, le plus récent roman de David Goudreault, n’a pas du tout besoin d’être reconnu. Comme le dirait une certaine émission télévisuelle, tout le monde en parle.

 

Ce qui me motive à écrire cette chronique, c’est de m’adresser à l’auteur et lui dire tout le bien que je pense de lui à travers ses romans, ses chroniques, sa poésie et ses spectacles. Bref, je me permets de me servir de cette étonnante Marie-Maude Pranesh-Lopez et de son histoire rocambolesque, pour dire combien j’aime cet homme. L’homme et son œuvre !

 

Après avoir lu et adoré sa trilogie de la Bête, après avoir lu ou entendu ses chroniques sur l’actualité québécoise, après avoir savouré sa présence sur le plateau de La Grande Librairie et d’avoir assisté à son spectacle « Au bout de ta langue », la tâche était énorme. Comment ce diable de poète, cet empêcheur de tourner carré, ce magicien faisant apparaître des mots qui nous charment, comment fera-t-il pour nous séduire encore ? Mission accomplie ! Ta mort à moi  bouleverse, amuse, mystifie, charme, détonne et étonne … Bref, c’est du grand David Goudreault !

 

Commençons donc (certains diront qu’il est à peu près temps …) par le sous-titre du roman, « Les édifiantes pérégrinations de Marie-Maude Pranesh-Lopez ». Les premières paroles entendues furent « C’est un monstre ! » ; voilà un accueil terrestre digne des plus grands ! Toute sa vie, elle a combattu pour sa place dans le monde, en la fuyant. Poète géniale et adulée, enfant rejetée, mère démissionnée, sans-abri millionnaire, révolutionnaire déjantée, Marie-Maude, Beauceronne de cœur et Québécoise de tête, partira au loin pour mieux se chercher, ici. En elle !

 

Et pour l’entourer, on peut compter sur l’auteur pour nous en mettre plein la vue : un père indien habité par le complexe de la page blanche, une mère hondurienne qui soigne sa peine en écoutant (et en les provoquant) les rapports de circulation d’Yves Desautels, un frère prénommé Victor-Hugo, mort trop jeune. L’auteur nous trace le portrait poétique d’une famille dysfonctionnelle en déclinant avec sa prose bien personnelle les nombreuses péripéties de cette famille éclatée (dans tous les sens du mot).

 

L’histoire est rocambolesque mais la structure l’est encore plus ! Comme le narrateur l’explique dans ses réflexions préparatoires (eh bien oui, on suit le narrateur-auteur en train d’écrire le livre de la vie de Marie-Maude), « La ligne droite est un injustifiable détour. ». Alors, bienvenue dans une structure romanesque complètement décalée et originale : en plus des réflexions du narrateur, on retrouve des pages du journal de Marie-Maude, des notes informatives intéressantes, un avis de décès, une facture Canadian Tire et une chronique de Richard Martineau. À partir de tous ces éléments, on découvre, dans le désordre mais jamais sans se perde, la vie trépidante de Marie-Maude Pranesh-Lopez.

 

Un mot : brillant !

 

Un dernier commentaire avant de vous laisser aller à votre librairie du coin vous procurer ce roman inclassable mais plein de classe, votre lecture vous fera redécouvrir le style imagé de David Goudreault, un tantinet moins cru que dans sa trilogie de la Bête mais un brin plus pittoresque dans la douceur (relative) de sa poésie.

 

« Ta mort à moi » est unique par bien des aspects et mérite grandement les critiques élogieuses comme ses succès de vente. Devant ce talent bien particulier, les lecteurs doivent profiter de chaque phrase pour s’abreuver à une langue articulée, pittoresque et touchante, avec une saveur très québécoise.

 

Bonne lecture !

 

 

Quelques extraits …

Avertissement : Quand je lis, j’ai l’habitude le surligner les passages qui me touchent, les phrases super bien tournées, les allégories géniales, les aphorismes percutants et les moments touchants de poésie. Pour ce roman de David Goudreault, j’ai usé deux marqueurs. Mon livre ressemble à une publicité pour les surligneurs, à une décoration de Noël ! J’ai donc dû choisir seulement trois extraits …mais il y en a des centaines d’autres.

 

« Combien d’enfants se sont pendus au bout des liens d’attachement qu’ils n’ont jamais eus ? » Touchant !

 

« On mesure l’ampleur d’un amour au vertige qu’il apporte en arrivant puis aux vestiges qu’il laisse sur son passage. »

 

« Ce que les professeurs de littérature appellent le style, ce sont les libertés que nous prenons sur ce que nous apprennent les professeurs de littérature. »

 

 

 

Ta mort à moi

David Goudreault

Les éditions Stanké

2019

333 pages

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Commenter cet article

Réjean Goudreault 24/10/2019 15:15

Superbe chronique écrite par un critique qui en a vu d'autres et qui sait de quoi il parle

Richard 29/11/2019 14:13

Merci Réjean !