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Publié par France

Une chronique de France Lapierre

 

Que peut-il arriver à quatre femmes habitant la même maison, à des époques différentes? Laissez Katia Gagnon vous raconter leur drame dans Rang de la croix (Boréal, 2019).

 

Ces quatre femmes, Thérèse (1994), Michèle (1974), Marjolaine (1964) et Élizabeth (1934) vivent dans la résidence construite par Chrysostome Beaulieu et sa femme Élizabeth dans la région du Témiscouata.

 

Thérèse est âgée et elle est une patiente de la maison de retraite La Maison bleue. Pierre, désabusé par son travail à Montréal ira s’y établir et il fera basculer le destin de Thérèse. Une finale qui frappe en plein plexus solaire.

 

Serge, le conjoint de Michèle, décide d’acheter la maison pour la rénover et y fonder une famille. Michèle traine de lourds souvenirs d’enfance, ravivés par le comportement de Serge, qui est sous l’emprise maléfique de la maison de mémère Beaulieu, l’épouse de Chrysostome. Michèle apprendra les épisodes tragiques qui entachent la famille Beaulieu. Son couple n’y survivra pas.

 

Marjolaine retourne chez elle, dans la maison du Rang de la Croix pour assister son père Chrysostome, agonisant. C’est la première fois qu’elle retourne à la maison familiale, après son entrée au couvent. Son histoire de jeune fille campagnarde violée est peut-être plus courante qu’on le croit; toutefois, sa vengeance devrait faire réfléchir tous les agresseurs de ce monde!

 

Épouse de Chrysostome Beaulieu, Élizabeth éprouve pour son fils Antonin une admiration sans borne ni raison. Celui-ci est joueur, buveur et mauvais coucheur. Il épouse Thérèse pour profiter de sa dot. Criblé de dettes, Antonin accepte de revenir habiter chez ses parents avec femme et enfants. Une récompense pour Élizabeth, mais un calvaire pour Thérèse. N’y tenant plus, Thérèse mènera Élizabeth à la folie par la révélation inouïe qu’elle lui fera. Elle posera aussi un geste irréparable…

 

À la toute fin, Katia Gagnon nous sert un habile retournement qui éclaire toute cette noirceur.

 

La construction du roman est efficace, chaque femme reliée l’une à l’autre, par cette maison maléfique. La présence de bruits inexpliqués et de visions fantômes ajoutent à la lourdeur de l’atmosphère, tout comme les commentaires en italique dont on ignore la provenance au début du récit. Le destin de chaque femme est réparti en chapitres identifiés par des couleurs, des matières, des heures canoniales et enfin, les sept péchés capitaux.

 

Si vous aimez les histoires solides, bien ficelées, bien écrites et qui vous plongent dans les abîmes de la maladie mentale et de la vengeance, lisez Rang de la Croix.

 

Bonne lecture !

 

Un extrait:

 

"Elle lui avait mis son manteau bleu. Ils allaient faire une promenade au bord de l’eau. Il pourrait lancer des cailloux. Il adorait ça. Sur le bord, il en avait lancé plusieurs. Puis, maman avait sorti quelque chose de sa poche. Un bout de corde jaune. - Viens, on va aller retrouver tes cailloux dans l’eau, avait-elle dit. C’était une bonne idée, avait-il pensé. Elle avait attaché la corde autour de son poignet, elle avait serré fort, le nœud lui avait mordu la peau, ça faisait mal, il tirait, mais le nœud de se défaisait pas. L’eau était verdâtre. Il ne voyait pas le fond. Elle était froide. Il ne voulait plus y aller, mais maman ne l’entendait pas. Elle continuait d’avancer. Il sentait l’eau toucher son cou."

 

 

Rang de la Croix

Katia Gagnon

Éditions Boréal

2019

360 pages

 

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