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Publié par Richard

Mon humble hommage à un grand auteur sicilien !

 

Une chronique de Richard

 

Andrea Camilleri est malheureusement décédé en juillet dernier. Cet immense auteur sicilien a popularisé le roman policier en Italie et a réussi à nous faire connaître une langue bien spéciale, le sicilien.

 

Inutile de vous dire que Camilleri, et surtout son personnage de Montalbano sont vite devenus mes préférés. Je l’avoue d’entrée de jeu, j’ai un plaisir fou à lire les enquêtes de ce commissaire au caractère bouillant et à la réprimande facile. Il me faut ma dose annuelle d’air salin de la Méditerranée.

 

Après quelques bons romans noirs, suivis de bonnes enquêtes par des inspecteurs alcooliques ou véreux, après quelques meurtres violents et inhumains et un ou deux thrillers haletants, j’aime m’aventurer à Vigata où je retrouve l’équipe du «dottore» et tous les personnages qui, roman après roman, me sont devenus familiers. Et oui, avec Montalbano, je me sens entre amis, presque en famille.

 

Quand je lis Andrea Camilleri, je suis plus qu’un lecteur de polars; je m’imprègne d’une atmosphère chaleureuse, d’une ambiance sicilienne qui réchauffe mon coeur de nordique. Lire les enquêtes de Montalbano, c’est plus que suivre une enquête, quand même fort bien menée, c’est aussi se laisser charmer par une langue bien spéciale, joliment traduite par Serge Quadruppani.

 

Entrer dans le monde de Montalbano, c’est aussi sentir la pression monter quand l’enquête se corse. C’est aussi accompagner son fidèle collaborateur, l’inspecteur Fazio, efficace et compétent, mais qui possède la malheureuse habitude de décliner l’état civil des suspects et des témoins comme un généalogiste sur les amphétamines.

 

C’est aussi être témoin de la complicité entre Montalbano et de son adjoint Mimi Augello ... quand ça va bien, c’est-à-dire quand ça va au goût du commissaire.

 

Entrer dans le commissariat de Vigata, c’est aussi et surtout, rencontrer l’ineffable Catarella, policier aux fonctions nébuleuses, parfois téléphoniste, quelques fois spécialiste en informatique mais toujours hilarant dans sa capacité à transformer les noms et le contenu des messages. Catarella, c’est l’image même de la «parlure» sicilienne, qui nous fait sourire avec ce langage savoureux, à la syntaxe incertaine et à sa façon de créer la confusion. Comme admirateur, j’élèverais une statue à l’effigie de cet adorable personnage.

 

Passez une journée dans ce commissariat et vous assisterez sûrement à une colère de Montalbano. Et oui, Salvo est colérique, s’emporte pour des riens, fait des tempêtes dans tous les verres d’eau qu’il rencontre, accroche ses crises à des futilités ... surtout quand ça ne fonctionne pas à SON goût. Mais ses hommes l’adorent et lui obéissent au doigt et à l’oeil. La plupart du temps !

 

Suivre les enquêtes de Montalbano, c’est aussi découvrir le charme de ce personnage, malgré son très mauvais caractère. Montalbano possède un charisme certain car beaucoup de femmes succombent à son charme. Que ce soit des jeunes filles à peine sorties de l’adolescence ou des belles d’âge mûr, la gente féminine est sensible aux atouts du commissaire sicilien. Mais Salvo est, la plupart du temps, l’homme d’une seule femme, Livia. Leur amour, en véritables montagnes russes de passions, d’émotions et de disputes, connait des moments doux et charmants; mais aussi, des disputes orageuses et ce, la plupart du temps au téléphone. Car Livia et Salvo ne se voient que deux fois par année, aux vacances d’été et à Noël. Alors, on prend plaisir ( ah oui ?) à assister à ces scènes de ménage titanesques et surtout à vivre dans la tête de notre impétueux commissaire, la montée de la colère, son expression et, dès le moment où il a raccroché l’appareil, l’arrivée de la culpabilité et des regrets. Comme lecteur, on devient alors, le confident intime de son ami Salvo.

 

La pyramide de boue, son dernier ouvrage traduit en français (pas le dernier que nous pourrons lire …) n’est malheureusement pas son meilleur roman. Mais un roman ordinaire de Camilleri, ça se laisse quand même bien lire. Un roman ordinaire de Montalbano, c’est souvent bien meilleur que bien des gros vendeurs.

 

Pour ce roman, Vigata est enseveli sous une avalanche de boue. Il pleut depuis une semaine et le paysage devient glauque. Notre commissaire se rend sur un chantier où on a découvert un corps. Rien de prédispose l’homme à être une victime, un comptable tout ce qu’il y a de plus ordinaire, marié à une femme splendide, sauf peut-être l’endroit où il est retrouvé, un chantier presqu’abandonné.

 

Montalbano n’est pas aussi impliqué que d’habitude dans son enquête. Livia ne va pas bien, et ça perturbe grandement l’enquêteur. Mais, une présence bien particulière vient redonner le sourire à la belle Livia et Montalbano peut enfin consacrer toute sa science à la résolution de cette enquête, qui l’amènera en plein cœur d’une histoire de corruption.

 

Il est vrai que ce plus récent roman du grand maître italien du polar n’est pas son plus éclatant. Cette histoire est noire et aussi glauque que les paysages remplis de boue. Cependant, le lecteur profitera encore du langage coloré des personnages, de l’humour de l’auteur et des colères de l’enquêteur. Heureusement, avec sa maitrise habituelle, Camilleri sait insuffler un peu de légèreté dans son écriture. Et aussi, il sait ouvrir l’appétit du lecteur quand il nous parle de la cuisine d’Adelina, l’ange qui s’occupe de la maison. 

 

On ne peut que conclure avec un « Vive la littérature et la gastronomie italienne ». Et longue vie aux mots de ce grand écrivain que nous regretterons.

 

 

Bonne lecture !

 

 

La pyramide de boue

Andrea Camilleri

Éditions Fleuve noir

2019

229 pages

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Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 03/10/2019 16:03

Des personnages haut en couleur dans le roman également.

Richard 03/10/2019 16:19

Moi je les adore tous !! Mais j'avoue un petit faible pour Catarella.