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Publié par France

Une chronique de France Lapierre

 

Parmi les cailloux, j’ai trouvé une pépite : le premier roman de Chantale Gingras, La face cachée des cailloux (L’instant même, 2018).

En 72 courts chapitres au style imagé, l’auteure nous fait pénétrer dans l’intimité de trois cellules familiales qui ne se connaissent pas, mais qui se rencontreront lors de circonstances dramatiques. L’action se passe dans la ville de Québec et les protagonistes se promènent dans les quartiers du Vieux-Port, de Saint-Roch, de Saint-Sacrement.

 

L’histoire s’écrit sous nos yeux, sans narration conventionnelle. D’une époque à l’autre,  La face cachée des cailloux met en scène une quinzaine de personnages en interaction avec leur entourage. C’est ainsi que nous apprenons à les connaître et que l’auteure nous livre des bribes de leur vie. Par petites touches, en noir et blanc, les relations se tissent entre les personnages. Plusieurs de ces hommes ou de ces femmes sont des écorchés de la vie, mais jamais le roman ne tombe dans le misérabilisme. L’auteure évite cet écueil.

 

La passion amoureuse est violente, brutale, meurtrière ou au contraire toute en tendresse. L’amour maternel est dépeint dans des couleurs inhabituelles, mais combien prenantes! Les relations entre les frères ne sont pas simples. Et la mort dans la dignité est abordée de telle manière …

 

Le style de Chantale Gingras est singulier : des métaphores poétiques, des remarques légères et des réflexions philosophiques parsèment son œuvre. Des pépites, en voici :

 

Sur Carl, le petit dernier mentionné en quatrième de couverture :

« Ça fait 26 ans qu’il purge une sentence absurde pour un crime dont il n’est pas responsable : être né dans cette famille-là. »

 

Un « arrêt sur image », comme au cinéma :

« Les deux aînés passèrent la porte en demandant, goguenards, si le souper était prêt. Les molécules d’air se remirent aussitôt à bouger dans la cuisine. Carl put enfin déglutir, le père remit le goulot à sa bouche, la mère déposa le torchon sur le bord de l’évier. »

 

Des images :

« Chacun sait qu’instinctivement le corps cherche la caresse. Même le brin d’herbe, l’insignifiant brin d’herbe, fléchit sous les doigts du vent. »

« Mais elle savait au fond d’elle que parfois, la vie, c’est un sucre à la crème qui ne prend pas. »

 

Et retenez bien ces phrases :

« Oui, les humains sont des cailloux : au monde extérieur, ils ne dévoilent qu’une seule face, toujours la même, celle qu’ils offrent au soleil, à la pluie : celle qu’ils offrent aux joies, aux malheurs. L’autre face est un secret que la terre, douce et patiente, apprend lentement à déchiffrer. »

 

Nous sommes tous des cailloux!

 

Bonne rencontre avec l’univers de Chantale Gingras!

 

Bonne lecture !

 

La face cachée des cailloux

Chantale Gingras

Éditions L'Instant M

2018

 

 

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