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Publié par France

Les aventuriers francophones du Nouveau Monde

Une chronique de France Lapierre

 

Sortons des sentiers battus et parcourons de vastes espaces, en compagnie de valeureux explorateurs dont l’histoire officielle a gommé l’existence ! C’est l’invitation que nous lance Gilles Havard dans son ouvrage, L’Amérique fantôme. Les aventuriers francophones du Nouveau Monde. (Montréal, Flammarion/Québec, 2019.)  655 pages.

 

Plus qu’un livre d’aventures, l’essai ressuscite les hommes qui ont sillonné l’Amérique, de 1550 à 1850, à partir de la région de Montréal ou de Trois-Rivières, vers l’ouest, jusqu’aux montagnes Rocheuses et vers le sud, jusqu’en Floride. Et qui ont été oubliés. Certes, nous connaissons Radisson, Étienne Brûlé et les frères de La Vérendrye, mais qu’en est-il des Nicolas Perrot, Jean-Baptiste Truteau, Toussaint Charbonneau, Étienne Provost, Pierre Gambie, Lalondette, Amiotte et Pierre Beauchamp ?

 

Pourquoi ne connaissons-nous pas ces hommes? Pourquoi ne sont-ils pas dans les manuels d’histoire?

 

Havard soutient que cette absence, pour ne pas dire cette occultation, est motivée par deux facteurs. En premier lieu, pour des questions morales, on ne peut encenser ces aventuriers déraisonnables et ensauvagés, qui ne cultivent pas la terre et n’érigent pas de clôtures sur des territoires qui ne leur appartiennent pas. Ils sont inaptes au peuplement et à la colonisation. De plus, ces «hommes, y compris dans les Grandes Plaines et les montagnes Rocheuses, parlaient majoritairement la langue de Molière.»  En cela, cette particularité linguistique contredit le schéma narratif américain des colons audacieux qui ne pouvaient qu’être qu’anglophones!

 

En plus d’être solidement documenté par un glossaire de sept pages sur les peuples autochtones et soixante-treize pages de notes, en fin de volume, qui accompagnent le texte pour l’enrichir, le commenter ou poursuivre la recherche, Havard propose une bibliographie de trente-huit pages. Un index alphabétique permet au lecteur curieux de vérifier rapidement si son patronyme est cité par l’auteur.  De quoi explorer ces trois siècles d’histoire où l’Amérique était francophone!

 

L’ouvrage est enrichi de nombreuses cartes géographiques, gravures et illustrations d’époque. Tente-deux pages en couleur, sur papier glacé sont insérées au centre de l’ouvrage.

 

Gilles Havard nous révèle une Amérique insoupçonnée, engloutie dans la Grande Histoire et dans le puissant imaginaire des westerns. Il nous incite à apprécier l’expertise reconnue de ces hommes qui ont une capacité singulière à jouer un rôle d’intermédiaire entre la société coloniale et le monde autochtone. Il nous permet de prendre connaissance des mondes coloniaux façonnés par la mobilité.

 

Enfin, le fil directeur de cette galerie de personnages nous permet de mesurer l’importance de la langue française en Amérique.  

 

 « Ce livre aspire à être un témoignage sur l’histoire souvent oubliée d’un continent où l’on parlait français. » p. 500.

 

Peuple sans histoire, écrivait Lord Durham en parlant des Canadiens français. Et pourtant…

 

Si vous êtes intéressés par l’histoire, je vous recommande fortement la lecture de cet essai, dont le style fluide et imagé nous entraîne dans l’expédition de Clark et Lewis, nous fait voyager en compagnie du naturaliste Audubon. Vous aurez même l’occasion de rencontrer un authentique prince allemand qui hébergera le fils de Toussaint Charbonneau.

 

Bonne lecture !

 

L’Amérique fantôme.

Les aventuriers francophones du Nouveau Monde.

Gilles Havard

Flammarion/Québec,

2019

655 pages.

 

 

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