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Publié par Richard

En ce lendemain de l'anniversaire (le 3 juillet 1608) de la fondation de la ville de Québec !

Une chronique de Richard

 

J’aime beaucoup les romans historiques ! Et au Québec, nous avons une grande quantité de romanciers qui nous présentent des sagas familiales me laissant parfois sur mon appétit. Mais certains auteurs comblent mes attentes en nous présentant des romans qui ont une profondeur historique et qui nous apprennent quelque chose sur notre passé, éloigné ou récent. Je pense ici à Maryse Rouy, à Hervé Gagnon, à Marie-Ève Bourassa, à Jacques Côté.

 

Un autre joueur vient d’arriver sur la patinoire des romans historiques, un historien connu et reconnu pour ses interventions dans les médias et son désir de rendre l’Histoire avec un grand H plus accessible. Laurent Turcot, professeur en histoire à l’Université du Québec à Trois-Rivières nous présente « L’homme de l’ombre », un polar historique, un roman policier dans la ville de Québec en 1770.

 

Février, il fait froid. Très froid. Pierre Dubois, un Français, tout juste arrivé à Québec, venant de Montréal, découvre le cadavre d’un homme qui baigne dans son sang. Il demande qu’on aille chercher l’officier britannique responsable. Il examine le cadavre, voit la peur dans le visage figé de la victime, une longue plaie béante tout au long du cou révèle la cause de la mort. Un objet brillant dépasse de son manteau … sans raison, comme dans un réflexe, il le subtilise et le met dans ses poches.

 

Nous sommes en 1770, quelques années après la Conquête. L’enquête est donc confiée à l’officier Peter O’Sullivan, soldat du régiment de l’armée britannique. Comme Dubois est un être étrange pour ne pas dire étranger, les soupçons se tournent vers lui, sans l’accuser, on lui met beaucoup de pression. Il devra donc faire sa propre enquête, trouver lui-même l’assassin. Ce sera la seule façon de se disculper.

 

L’enquête ne sera pas facile, l’armée lui met des bâtons dans les roues. Les rigueurs de l’hiver et de la neige et surtout, la méfiance pour l’étranger, font en sorte que l’enquête piétine. Les élites veulent régler rapidement au détriment de la justice et de la vérité.

 

La recherche de l’assassin amènera Dubois dans les coins les plus sombres de Québec. Bienvenue dans les bordels de la basse-ville, les cafés glauques où se soulent soldats et civils. Marchons dans les rues au coucher du soleil, quand les ombres deviennent menaçantes, entrons dans la prison sale et puante. Puis, ensuite, fréquentons les salons des élites de la ville où sous leurs perruques poudrées, les gens de la haute devisent sur l’avenir de la colonie !

 

Dans la tourmente, Pierre Dubois a bien besoin d’aide et il la trouve dans la générosité de Madelon, la belle prostituée avec qui il développe une complicité essentielle.

 

Laurent Turcot, grâce à son métier d’historien devient un guide passionnant dans cette visite hors du temps.

 

Cependant, il faut noter un petit défaut conséquent à ces informations historiques. Parfois, à quelques occasions, l’historien prend le dessus sur le romancier et nous donne un surplus d’informations, intéressantes mais pas nécessairement utiles pour le développement de l’histoire. Et en y repensant bien, ce petit défaut peut se transformer en qualité quand on pense à la richesse des informations que l’on retire, tout en se délectant d’une bonne histoire, bien racontée et d’une enquête bien ficelée.

 

L’homme de l’ombre, ce premier roman, nous donne un avant-goût du talent de raconteur de Laurent Turcot et de sa capacité à nous informer tout en nous divertissant. Il fait la preuve que l’histoire, ça peut être autre chose qu’une série de dates à apprendre par cœur, mais que ça peut être le réel reflet de la vie au quotidien. Le romancier nous montre que, pendant que l’Histoire avec un grand H s’écrivait, le monde ordinaire existait, vivait dans de plus petites histoires non moins intéressantes.

 

Information pour ceux qui auraient déjà lu ce premier tome, le deuxième roman de la série vient de paraitre sous le titre de « L’invasion de 1775 ».

 

Alors, souhaitons-nous un bon voyage dans ce retour vers le passé. Et une meilleure connaissance de la ville de Québec au XVIIIe siècle.

 

Quelques extraits:

 

"Dubois avait l'impression d'avoir mis l'oreille sur le ventre de la ville."

 

Et cette phrase, aussi vraie en 1770 qu'en 2019 ... :

"Il n'avait ni l'intelligence de la stratégie ni celle de la politique qui consiste à feindre d'ignorer ce que l'on sait et de savoir tout ce qu'on ignore."

 

"Il aimait sa voix un peu cendrée, virevoltante à travers les syllabes et les consonnes, faisant de chaque phrase un petit concerto."

 

Bonne lecture !

 

L’homme de l’ombre

Laurent Turcot

Éditions Hurtubise

2018

326 pages

 

 

 

 

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