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Publié par Richard

« Il ne devrait pas être enterré sans nom. C’est comme ça qu’on sème les revenants »

Une chronique de Richard

 

Amateurs de romans historiques, voici une découverte à faire ! Amateurs de polars, vous aussi, vous pourriez apprécier ce roman et ce nouvel auteur. Amateurs de romans suédois, attention … ici, nous sommes loin des polars de Camilla Lackberg.

 

« 1793 » est plutôt dans la lignée des romans de Stephen King, de James Ellroy, de Tim Willocks et des films de Quentin Tarantino. Et en ce qui concerne les descriptions de l’atmosphère du XVIIIe siècle, des quartiers sales avec les égouts à ciel ouvert et les odeurs nauséabondes de la rue et des humains, on se rapproche de Patrick Suskind. Essayer de trouver juste un mot pour décrire ce roman est impossible. Le classer, encore moins.

 

Cependant, après vous avoir mis en garde en ce qui concerne les dangers de la lecture de ce roman, je vais tenter de vous en faire l’éloge, car « 1793 » est un excellent polar historique et parce que son auteur, Niklas Natt och Dag mérite d’être connu (Apprenons rapidement à prononcer ce nom compliqué ... Je crois qu'on entendra beaucoup parler de cet auteur dans les années à venir.)

 

Alors, allons-y avec l’histoire !

 

Comme le dit le titre, nous sommes en 1793; la Suède et sa noblesse voient d’un mauvais œil la Révolution française. La mort du roi Gustav III amplifie ce mouvement : conspirations, espionnage, infiltrations, les élites de Stockholm paranoïent.

 

Jean Michael Cardell, vétéran de la guerre contre la Russie, découvre dans un lac de la ville, le corps d’un homme à qui l’on a enlevé les quatre membres, les yeux, les dents et la langue. Cardell a toute la misère du monde à sortir le corps de l’eau, lui-même ayant perdu son bras gauche à la guerre.

 

Le chef de la police confie l’enquête à Cecil Winge, un jeune policier de 30 ans, tuberculeux, en fin de vie. Malgré sa maladie et à cause de son sens du devoir, Winge accepte de diriger l’enquête et demande que Cardell, celui qui a repêché le corps, l’assiste dans la recherche du coupable. On se retrouve donc avec un étrange duo d’enquêteurs; un policier tuberculeux à la veille de mourir et un ex-soldat handicapé. Un des personnages les décrit comme ceci : « Un avorton maigrichon et un infirme en haillons … ».

 

Ce duo est absolument fascinant, improbable et carrément addictif. Deux êtres complexes, avec un passé riche et un futur limité, ces deux hommes vont exploiter leurs forces d’une façon extraordinaire et compenser leurs faiblesses par une insatiable soif de la vérité.

 

Commence alors une enquête atypique pimentée d’une visite guidée de la capitale suédoise à la fin du XVIIIe siècle. Tractations de couloirs et influences pernicieuses dans la hiérarchie politique de Stockholm incluses. Bienvenue dans les tavernes glauques, les rues puantes, les ruelles macabres, les bordels miteux et la campagne tout aussi lugubre. Pas toujours agréable, cette visite touristique, mais tellement intéressante, révélatrice de la réalité quotidienne de ce temps-là. L’auteur nous trace un portrait sordide de la capitale suédoise. Nous sommes bien loin de la Suède mythique du paradis sur terre et de l’amour libre.

 

En faisant abstraction des descriptions un peu répugnantes, il faut dire que l’histoire est passionnante, l’enquête bien menée et que l’auteur, pour un premier roman, a réussi à maintenir l’intérêt du lecteur durant tout le roman. De plus, la structure choisie par le romancier donne une plus-value à la qualité du roman : quatre parties pour les quatre saisons de l’année 1793. Le retour en arrière des 2e et 3e parties nous déstabilise au début, mais au fur et à mesure de notre lecture, on applaudit à cette entourloupette assez géniale.

 

Ajoutons à cela le sens de l’humour, les descriptions glauques, mais parfois belles et pleines de poésie, les dialogues savoureux et les personnages truculents, tout concorde pour faire de cette histoire, un grand roman. 

 

Un dernier mot, sur la finale … elle est tout à fait géniale, dans son improbabilité. À la hauteur de ce roman qui, je pense, fera époque.

 

Est-ce que je vous le recommande ? Certainement ! Mais comme le dit le vieil adage : « Âmes sensibles s’abstenir ». Mais vous passerez peut-être à côté d’un grand roman. En espérant qu’il y aura d’autres occasions de découvrir cet auteur … On se donne rendez-vous pour son deuxième roman qui en toute logique aura pour titre "1794" !

 

Bonne lecture !

 

Quelques extraits

 

« C’est amusant de voir comment tout un chacun est disposé à aider celui qui ne semble pas avoir besoin d’aide, mais fait un détour pour éviter la détresse qui saute aux yeux. »

 

« N’oublie pas que les qualifications requises pour ce poste sont une loyauté sans faille au régime en place, volontiers agrémentée d’un penchant pour les courbettes et la flatterie. »

 

« Voilà, monsieur, si vous voulez bien me suivre. Voulez-vous laisser votre valet attendre ici ?

Je préfère le garder près de moi, au cas où mon envie de le fouetter deviendrait trop grande. »

 

 

1793

Niklas Natt och Dag

Éditions Sonatine

2019

442 pages

 

Entrevue à Quai du Polar 2019 ... merci à la librairie Mollat ! À écouter jusqu'à la fin, cet auteur est fascinant !

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