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Publié par Christophe

À la mémoire des enfants maltraités

Une chronique de Christophe Rodriguez

Nous attendions un roman et quelle révélation !

Bien connu pour ses livres jeunesse, l’auteur français Jean-Christophe Tixier exhibe une partie de la mémoire française, qu’il aurait mieux fallu oublier, soit celle des maisons de corrections et bagnes pour enfants. Ayant eu accès à certaines archives et plus particulièrement celle du bagne pour enfants de Vailhauquès dans l’Hérault, il brode en 336 pages, un roman étouffant aux aspects historiques incontestables. Renouant avec la fibre de Marcel Pagnol, Victor Hugo, Albert Londres qui décrivit en son époque, les sévices du bagne de Cayenne. Nous pensons aussi au quotidien satirique : L’assiette au beurre, ancêtre du Canard enchainé qui lança une vaste campagne contre les bagnes pour enfants, et fit plier le gouvernement. 

Mais quelle liberté ?

En 1884, les portes du bagne s’ouvrent. Dans un coin de terre reculée où la méfiance est de mise ainsi que toutes les croyances en dieu et au diable, les enfants qui n’ont connu que les privations, les coups de fouet et les abus de toutes sortes sont libérés. Sous le regard des paysans qui furent à bien des égards, de malfaisants employeurs, cette main-d’œuvre  bon marché qui «  quitte le nid  » n’est pas au gout de tout le monde, l’église en premier.

Quatorze ans plus tard, cette terre toujours aussi aride est l’objet de manifestations étranges. Des meules de foin prennent feu, un troupeau de chèvres est décimé, sans oublier la maladie qui commence à faire des ravages. Sans jamais douter de leurs actions passées, ces paysans accusent le mauvais sort, ou l’âme des enfants qui vient demander son dû. Parce que «les petiots», incarcérés pour de faibles offenses, comme vous pourrez le constater en tête de chapitre, n’ont pas vécu très longtemps.

Au fil des pages, vous allez croiser l’indomptable Blanche qui subit les assauts de son oncle, Jeanne qui sait tout, mais ne dit rien, sauf au prêtre lors de la confession, ce dernier qui fut de mèche avec les surveillants du bagne, la Louise qui se «spécialise» dans le trafic d’enfants issus de l’assistance publique, et le doux Étienne qui perdra vie par amour.

Les mal-aimés est un livre troublant, dur qui ne s’adresse pas aux âmes sensibles. En tout cas, ce fut une révélation !

 

 

 

Les mal-aimés

Jean-Christophe Tixier

Albin Michel,

336 p

 

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