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Publié par France

Chronique rédigée par France Lapierre

 

Oui, au début du XXe siècle, le patriarcat pèse de tout son poids sur la société québécoise. Oui, la corruption gangrène les institutions. Oui, l’Église catholique condamne quiconque manifeste une volonté de s’émanciper de son carcan. Et c’est ce qu’illustre, de manière convaincante, Claire Bergeron dans son huitième roman, Le Crime de sœur Marie-Hosanna (Druide, 2019).

 

De plus, ajoutons que le style alerte et efficace de l’autrice est au service d’une habile construction narrative qui tient le lecteur en haleine tout le long du récit. Le prologue, daté 30 novembre 1910, présente toute l’horreur à laquelle est soumise la jeune Ophélie (15 ans), par un père despote, le juge Aristide Martel : elle est cloîtrée au monastère des Augustines de Québec pour un crime dont on ne connait pas encore la teneur.

 

À partir de 1905, l’autrice relate des incidents, présente des personnages qui tous tiendront un rôle dans la vie d’Ophélie. Les personnages sont esquissés et étoffés au fur et à mesure de leur action dans la vie d’Ophélie. Ils acquièrent ainsi beaucoup de vraisemblance et s’insèrent dans l’action avec justesse.

 

Grâce à son parrain, le frère de son père, elle jouera dans une pièce de théâtre. Toutefois, son père lui interdira de participer et ses actions seront de plus en plus vexatoires. Puis, la mère d’Ophélie disparait, son parrain part à la guerre. Nulle personne amie ne peut l’aider au moment où son père la raye de la vie familiale.

 

Enfermée au couvent, Ophélie devient infirmière, ce qui allège un peu son malheur. Elle rencontrera à l’hôpital géré par les religieuses, une patiente assez particulière avec qui elle tentera de changer sa vie. Les nombreux retournements de situation, plus inattendus les uns que les autres, tiennent le lecteur en haleine jusqu’à la toute fin de l’histoire, car le destin d’Ophélie basculera encore plusieurs fois.  Claire Bergeron manie l’art de nous surprendre à tout moment.  On lit Le Crime de sœur Marie-Hosanna comme un thriller des plus efficaces.

 

Les menus détails qui parsèment le roman immergent le lecteur dans cette époque et lui confèrent encore plus de crédibilité :

 

« De plus, je me charge de venir la chercher et de la ramener, vous habitez seulement à quelques milles du théâtre. » p. 37.

« Quinze minutes plus tard, tous grimpèrent allègrement dans le cabriolet de Rémi, et Charlotte, la fringante petite jument, prit en trottinant la direction de l’est. » p. 99

 

Les personnages révèlent leur caractère grâce à des phrases remplies de sens :

 

Sœur Marie-des-Anges :

« Les femmes recevaient peu de considération dans cette société patriarcale dont elles étaient pourtant les mères, qui n’existerait pas sans elles. » p. 157

 

Agnès, la mère d’Ophélie, au sujet de son mari :

« Avec cet homme, bien qu’il fût son mari, jamais elle ne se sentait complètement à l’aise. Même pour lui plaire et pour conquérir son cœur, maître Aristide Martel n’était pas descendu de son piédestal : il l’avait aimé de haut, sans tendresse. »  p.51

 

Et les conceptions du juge au sujet d’une épouse :

« Ce qu’un homme souhaite c’est que son épouse soit belle et complaisante, pour susciter l’admiration chez ses collègues…et qu’elle se taise. Une pie n’est jamais bien vue en société. » p.110

 

 

En bref, Claire Bergeron est une autrice québécoise à fréquenter et son plus récent roman, Le Crime de sœur Marie-Hosanna est rempli de secrets, de vengeances, de rêves déçus et d’espoir !

 

Bonne lecture

 

 

Le Crime de sœur Marie-Hosanna

Claire Bergeron

Éditions Druide

2019

464 pages

 

 

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