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Publié par Christophe

Cette chronique a été rédigée par Christophe Rodriguez, collaborateur à Polar, noir et blanc.

 

Le temps des fêtes permet de relaxer un tant soit peu, entre deux pointes de tourtières et un bon ragoût maison. Pour faciliter la digestion, je me suis plongé avec délice, dans le nouveau roman et « best-seller » selon le terme consacré du Britannique Amor Towles. N’ayant pas lu ses précédents, j’arrivais donc, en terrain neutre et quelle fut ma joie de me trouver plonger dans un autre siècle, soit celui des grandes heures de l’ex Union soviétique. Entre le document historique et la prose poétique, Amor Towles réussit un vrai tour de force, contemplatif.

Enfermé dans un hôtel de luxe

En1920, le comte Alexandre Ilitch Rostov, aristocrate pour le moins impénitent est convoqué au tribunal révolutionnaire. Comme «le peuple» a pris le pouvoir, les nobles ont un sort peu enviable. Si certains sont passés de vie à trépas, certains choisiront l’exil, sauf, notre ami Alexandre.

Condamné à vivre en résidence surveillée dans le majestueux hôtel Metropol qui est à quelques lieux du Kremlin, il va traverser les décennies à travers un prisme. Féru de culture et d’art, il est tout sauf nostalgique. Un peu à l’image du Désert des tartares de Dino Buzatti, il attend et observe la révolution en cours. Contrairement aux images d’Épinal, ou celles, véhiculaient par la propagande soviétiques, les hôtels de luxe faisaient le plein d’une nouvelle clientèle, et ce malgré les restrictions.

«Car si incontestable qu’eût pu être leur victoire sur les classes privilégiées au nom du prolétariat, les bolchéviques n’allaient pas tarder à organiser des banquets. Peut-être pas en aussi grand nombre qu’à l’époque des Romanov-fini les bals d’automne ou les jubilés de diamant -, mais il leur faudrait bien fêter quelque chose, que ce soit le centenaire du Capital ou les vingt-cinq ans de la barbe de Lénine. L’apparat est tenace. Et rusé de surcroit ».

Connaissant tout le personnel, le comte Alexandre vous servira de guide, et un peu comme le Fantôme de l’opéra, vengeance en moins, il vous fera découvrir les moindres recoins de ce palace luxueux qui renferme bien des secrets.

Finement brodée, la galerie de personnages va s’étoffer au fil des chapitres, mais c’est Nina qui retiendra notre attention, une toute jeune fille de 9 ans, délurée, avec beaucoup d’esprit qui bouleversera sans contredit la vie de notre hôte. Délicieux et hors du temps, ce gentleman à Moscou est un vibrant hommage à la résilience du peuple russe.

Bonne lecture !

 

Un gentleman à Moscou

Amor Towles

Fayard

2018

572 pages

 

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