21 Novembre 2018
Chronique rédigée par France Lapierre, collaboratrice à Polar, noir et blanc.
Motivés par l’appât du gain, des promoteurs immobiliers sans scrupules mutilent le paysage urbain et souvent, déracinent des personnes vulnérables qui n’arriveront pas à reconstruire leur vie saccagée dans un autre ailleurs. Jacob Lebleu[1] est l’une de ces personnes traumatisées par les expropriations des années 1970 à Hull[2].
Dans La ville allumette (VLB éditeur, 2018), Judith Allison, sergente-détective à la police régionale d’Arthabaska séjourne en Outaouais pour assister à une formation sur le contre-terrorisme donnée par la GRC. Elle sera alors entrainée malgré elle, à participer à une enquête sur des actes de terrorisme commis à Hull (Gatineau). On soupçonne Lebleu et des complices. Un lien ténu se façonne avec un meurtre au Nunavik. Judith s’envole donc pour le Grand Nord, commissionnée par la GRC. Trafic de drogue, violence conjugale, désespoir social des Premières Nations, meurtres et terrorisme tissent une toile serrée autour de Judith.
L’auteure nous montre la réalité des enfants nés hors mariage et leur ostracisme. Elle aborde les conditions de vie des Inuits et l’exploitation des gagne-petit par les hommes d’affaires véreux.
Chacune des quatre parties du roman contribue à la construction d’une intrigue complexe, riche de nombreuses informations historiques. Saviez-vous que les allumetières, ces femmes qui composaient à 90% le personnel de l’usine de fabrication des allumettes s’exposaient à la nécrose maxillaire, en raison des émanations toxiques du phosphore blanc ? Ce « cancer des os de la mâchoire » entrainait une mort atroce. Il ne fut interdit qu’en 1915.
L’écriture de Maureen Martineau est efficace et si elle met en scène des meurtres spectaculaires, elle possède également le don de pousser à la réflexion.
« Plus que tout, le geste de l’enfant l’ébranle. L’immense détresse du Nord crie par sa bouche. » p. 199
« Démolition après démolition, on s’acharne à effacer le tableau de l’histoire de Hull pour tout réécrire dans la langue de l’argent et de ses gratte-ciel. » p.232
Un roman policier qui surprend par le contexte dans lequel il est ancré, par la conscience sociale qu’il révèle et par la tendresse entre Judith Allison et son fils Loïc. Allez faire un tour du côté de Hull !
La ville allumette
Maureen Martineau
VLB Éditeur
2018
384 pages
[1] Personnage créé par Maureen Martineau dans L’Activiste, son précédent roman.
[2] Surnommée la ville allumette, Hull était à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, productrice de 90% des allumettes vendues au Canada. La compagnie d’E.B. Eddy vendait son produit dans des boîtes coulissantes cartonnées aux rayures bleu et blanc.
Le site perso de l'auteure
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Maureen Martineau [Héliotrope]
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