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Publié par France

Chronique rédigée par France Lapierre, collaboratrice à Polar, noir et blanc

 

La cognition et l’émotion sont, à mon avis,  les deux manifestations du cerveau les plus intéressantes à observer. En ce qui concerne l’apprentissage, de multiples théories balisent maintenant ses mécanismes. Par contre, dans le domaine des émotions, les spéculations s’entrechoquent, se contredisent et laissent le commun des mortels sans outils pour expliquer des comportements issus de traumatismes vécus durant l’enfance et apparemment oubliés. Et la mémoire peut reprendre ses droits à tout moment et emporter sur son passage, notre identité, nos certitudes et nos valeurs.

 

C’est ce que Florence Meney nous donne à voir et  à ressentir, à travers les yeux de Laure Meurisse, psychologue à l’Institut en santé mentale de Montréal. Celle-ci mène une vie confortable à Longueuil avec son conjoint Danny, professeur de philosophie au Cegep. Elle a quitté sa Bourgogne natale, blessée par une vie familiale chaotique, mais surtout par sa relation dévastatrice avec sa mère, Éva. Au décès de celle-ci, Laure doit cependant retourner en France, pour régler la succession. Pour elle, commence alors un parcours halluciné, en butte à la haine de son oncle maternel et à sa mémoire close qui peu à peu se réveille.

 

Laure est la narratrice omniprésente. À travers son récit ou par ses notes écrites qu’on imagine tirées d’un journal intime ou d’un entretien avec une tierce personne.

Entrelacé à l’histoire de Laure, on lit le témoignage d’un jeune garçon en 1942.

 

« Il aurait  bien voulu que Papa soit là pour l’aider à ôter le gros caillou qui lui écrasait le cœur et pour soigner Maman. Mais Papa était loin. Peut-être que lui aussi était tout raide comme Alphonse, en fait. Et quand il y pensait, le vilain caillou lui écrasait encore plus le cœur. » p.27

 

Grâce aux indices parsemés par l’auteure, on finit par comprendre de qui il s’agit. Toutefois, ce que le lecteur croit avoir compris, il ne l’a pas encore compris…

 

Les descriptions de Florence Meney regorgent de détails qui nous ancrent dans un quotidien bucolique pour mieux nous faire basculer dans les tréfonds de l’esprit de Laure.

 

"J’ai baissé la vitre, humé l’air sucré par les premiers lilas du printemps, retrouvant les effluves de mon enfance, souvenirs plus puissants que n’importe quelle image imprimée dans mon cerveau. La plupart de ces odeurs racontaient la beauté des longues journées oisives et ludiques de l’enfance, les courses folles après les petits moutons dans le pré de la ferme de mon oncle Hubert, l’odeur mate de l’eau du ruisseau tout près de sa maison sur les cailloux rutilants de soleil, celle, poudrée, des étés chargées de pollens et d’odeurs de blé mûrissant. Pourtant, d’autres senteurs, envoyées aux oubliettes, revêtaient des connotations plus sombres. Le laid tuant le beau.

Alors, je me suis recroquevillée sur mon siège." p. 69

 

Le fantôme de Folcoche flotte au-dessus de Sur ta tombe, cette mère détestable qui empoisonnait la vie de Brasse-Bouillon. Mais le personnage de Laure fait trembler encore plus, car elle a su dissimuler de noirs secrets que nous révèle Florence Meney peu à peu, par la voix de ses personnages. Et les révélations sont dantesques. On ne sort pas indemne d’une telle lecture. Y a-t-il un superlatif pour noir ?

 

 

Sur ta tombe

Florence Meney.

Éditions Druide

2018

233 pages

 

 

 

 

 

 

 

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