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Publié par France

Chronique rédigée par France Lapierre, collaboratrice à Polar, noir et blanc.

 

Je ne connaissais pas l’auteure, mais une amie, Stéphanie de Mecquenem, m’en a dit le plus grand bien. J’ai donc rencontré Catherine Bardon et je lui ai parlé. Eh oui, elle était au Festival Saint-Maur en poche, en juin dernier et j’y étais, moi aussi ! Intéressée par le sujet de son roman historique, je l’ai acheté et j’ai même eu droit à une dédicace ! Je lui ai alors promis de lui « reparler » de son roman. Par l’entremise du blogue Polar noir et blanc, c’est ce que je fais aujourd’hui.  D’une pierre, deux coups !

 

Quand l’antisémitisme européen est devenu plus virulent, beaucoup de juifs se sont exilés, en particulier vers « l’Amérique ».  Ce que j’ignorais, toutefois, c’est que certains s’étaient établis en République dominicaine, « invités » par le dictateur de l’époque, Trujillo.

 

Les héros et les péripéties de ce roman sont imaginaires. Cependant, ils s’inspirent de personnes, d’événements et de faits dans un contexte historique réel. L’auteure s’est nourrie de témoignages directs et d’un patient travail de recherche dans les archives, en particulier celles du musée virtuel de Sosua (www.sosuamuseum.org)  et celles de la République dominicaine.

 

Au cours de la première partie, intitulée « Les corbeaux noirs », Catherine Bardon laisse en partie la parole à Wilhelm Rosenheck, né à Vienne en 1906.  Le jeune homme relate sa vie familiale dans un quartier cossu de Vienne. Son père possède une imprimerie florissante et sa jeune sœur rêve de devenir ballerine (1921). Dix ans plus tard, Wilhelm avoue « se prendre pour un membre de l’Intelligentsia, travers dans lequel je tombai avec complaisance. » Il travaille alors comme journaliste culturel et il est très heureux de vivre à Vienne, ville de culture, de musique et d’érudition.  Dès les vingt premières pages, l’auteure nous accroche de belle manière. Elle nous fait ressentir à merveille l’insouciance dans laquelle baignaient les jeunes gens de cette époque.  Puis, Wilhelm tombe amoureux d’Almah Kahn, issue d’une famille bourgeoise. (Un petit clin d’œil : le père d’Almah possède un portrait de sa femme peint par Klimt !) Après l’incarcération de Wilhelm durant une  dizaine de jours, le jeune couple décide d’émigrer aux États-Unis.

 

« Errance », le titre de la deuxième partie indique bien ce que sera le sort de Wilhelm et d’Almah, quand leurs visas s’avéreront des faux. Ils vivront plus d’un an dans un camp de réfugiés, sans espoir. Puis, arrive Solomon Trone qui recrute des colons pour la République dominicaine. En compagnie d’autres juifs, Wilhelm et Almah arrivèrent à Ellis Island en février 1940. Tout en continuant sa narration, l’auteure insère les carnets de Wilhelm dans lesquels il consigne les faits de la vie quotidienne.

 

La troisième partie, intitulée « Inventer le paradis », nous relate l’arrivée des colons. Quand le groupe de déracinés arrive à Sosua, il n’y a RIEN, ainsi que le note Wilhelm dans son carnet. L’objectif du Joint (organisme international d’aide aux Juifs) est de créer une communauté agricole sur le modèle de Degania, le premier kibboutz fondé en Palestine en 1909 (p.309). Les exilés apprivoisent peu à peu leur nouvel univers. On peut imaginer sans peine les obstacles dressés sur la route d’un journaliste culturel (Wilhelm) et d’une dentiste  (Almah) qui partent de zéro pour bâtir des maisons et cultiver des champs.  On s’attache au couple formé par Wilhelm et Almah et aux nombreux amis qui les entourent.

 

 

Une citation de Simone Weil donne le ton  « Il faut se déraciner. Couper l’arbre et en faire une croix, et ensuite la porter tous les jours. » Fresque historique et grande histoire d’amour, Les déracinés raconte l’exil et la reconstruction ardue de gens broyés par l’Histoire

 

Les déracinés

Catherine Bardon

Les escales/Domaine français

2018

608 pages

 

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