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Publié par Richard

D’entrée de jeu, je vous le dis, « Trente deniers » demeure pour moi une énigme.

Pas pour le roman lui-même qui est excellent.

Pas pour la qualité de l’écriture, car il est superbement bien écrit.

Pas pour le sujet, car je l’avoue, l’histoire est passionnante.

 

Non, ce qui me trouble dans ce roman de Léolane Kemner, c’est l’énorme différence entre les chiffres de vente de ce roman et les romans d’un Dan Brown, par exemple. La question qui me brûle les lèvres après avoir lu cette très bonne histoire : comment se fait-il que ce roman soit vite passé dans l’oubli quand les romans ésotériques des Dan Brown de ce monde sont encore disponibles dans nos librairies ? Ou encore, disons-le autrement: comment une jeune auteure québécoise pourrait-elle au moins rêver à un lectorat semblable à ces auteurs étrangers qui cartonnent à chacune de leurs publications ? À qualité égale ... et parfois, même supérieure.

 

Bon, revenons à l’oeuvre. Parce qu’elle en vaut la peine !

 

Léolane Kemner justifie ce  premier roman en exprimant le besoin d’écrire une histoire sur certains personnages bibliques (Judas Iscariote, Jésus, Marie et Marie-Madeleine), en nous les montrant comme de vrais humains, des personnes qui ont des sentiments, des craintes, des passions. Et de les « humaniser complètement afin que nous puissions nous reconnaitre en elles. »

 

Eh bien, mission accomplie !

 

Au début des années 2000, à Rome, douze cardinaux forment la Congrégation de la Très-Saint-Vérité. Menés par leur leader charismatique, le cardinal Giulio Meda, ils se donnent comme mission « de promouvoir et de protéger la doctrine ». Quel qu’en soit le prix !

 

Pendant ce temps, à Paris, Andrew Attridge, historien de l’art, est invité par son ami Joachim Montrognon de Salvert, à assister à une importante conférence de la National Geographic Society. On y présente une découverte majeure: l’évangile de Judas.

 

À la suite de cette conférence, les deux amis et une jeune journaliste, Lisa Schramm, sont impliqués dans une quête où tous les coups seront permis. De Paris à Genève, jusqu’au Caire en passant par les corridors mystérieux du Vatican, le professeur Attridge se voit contraint de partir à la recherche de cet Évangile bien compromettant. Il doit  s’engager dans cette enquête pour  sauver un ami sous le joug d’un descendant improbable de Tomas de Torquemada, confesseur des souverains d’Espagne et Grand Inquisiteur.

 

La bataille sera féroce !

 

En parallèle de cette enquête, l’auteure nous transporte à Jérusalem et nous introduit dans le cercle intime de Jésus, de ses proches et de ses disciples. Habilement, elle nous raconte avec sa vision très humaine, les événements qui ont mené à la crucifixion et à la résurrection de Jésus. Même si nous connaissons l’histoire, Léolane Kemner réussit à nous intéresser à ces personnages en nous les montrant dans leur quotidien, décrivant leur côté humain avec leurs défauts et leurs qualités. Par la magie de la littérature, ils émergent des images si souvent vues pour nous montrer toute leur humanité. Nous percevons rapidement qu’ils sont des hommes et des femmes à qui nous pouvons nous identifier. Avec leurs émotions, leurs craintes et leurs doutes.

 

Le portrait que l’auteure nous trace de Marie-Madeleine est particulièrement touchant. Femme forte et de caractère, elle semble être la pierre d’assise de la Passion. Point central, un véritable pilier sur lequel le Christ peut compter. Et attendez-vous à voir Judas sous un jour nouveau ! Passionnant !

 

Ce roman est une véritable réussite. Toujours un peu sceptique face à ces romans ésotériques, j’ai été convaincu dès les premières pages. Le style de l’auteure, cette construction presque journalistique où nous pouvons suivre les événements presque à la minute près. Tout est mis en place pour passer un bon moment de lecture. Moments de détente, mais aussi moments d’apprentissage. Le suspense monte en vigueur, le roman historique devient peu à peu thriller.

 

Dernière remarque ! N’ayez aucune crainte, l’auteure dose très bien les informations historiques et les notions théologiques qui alimentent l’histoire. Ici, aucun didactisme: le récit est superbement complété par des doses équilibrées d’informations passionnantes.

 

Alors, comme je le disais en début de chronique, les amateurs de romans historiques devraient se procurer «Trente deniers » et en apprécier la qualité !

 

Moi, je le recommande, car la littérature d’ici, même méconnue, vaut largement le détour.

 

Quelques extraits :

 

« Recroquevillé dans un coin de sa cellule, grelottant, fiévreux, seul et vêtu de son pantalon crasseux et de sa chemise humide et sale, le professeur s’imposait depuis la pire des tortures : le remords. Ce sentiment dont les griffes à la morsure plus terrible encore que celle du fouet n’arrêteraient jamais de lacérer les chairs de sa conscience. »

 

« Crapuleux et perfide, il va s’en dire ... dans ce marché « parallèle », la crapulerie était la soeur incestueuse du succès. »

 

Et pour terminer, une citation sur notre relation à l’histoire :

 

« Je suis de ceux qui embrassent l’histoire, qui la considèrent au lieu de la dominer et de s’en enorgueillir ! Vous nous traitez de démagogues lorsque nous avançons des théories que vous appelez « sensationnalistes », alors que nous sommes les seuls capables de voir autre chose que ces putains de vers d’oreille qu’on nous met déjà tout petits. L’histoire qu’on nous enseigne dans les écoles, dans les universités, est la machine de propagande la mieux huilée et la plus perfectionnée de tous les temps. »

 

 

Bonne lecture !

 

 

Trente deniers

Léolane Kemner

Les Éditions Goélette

2015

377 pages

 

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