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Publié par Florence

Chronique rédigée par Florence Meney, collaboratrice à Polar, noir et blanc.

 

Le thriller psychologique, comme le soulignait un critique littéraire québécois que j’admire, est un genre excessivement difficile. La recette pour concocter une histoire qui suscitera l’adhésion complète du lecteur, en équilibre instable entre imaginaire et vraisemblance, entre drame et mesure, est complexe et fragile. Peu la maîtrisent à la perfection. Mais pour ceux qui, comme des Rendell ou des Highsmith, ont élevé le genre à une forme d’art, quelle satisfaction!

Je sens grandir ma  peur est un thriller psychologique réussi… à 80 %. Il faut signaler que c’est le premier roman d’un auteur canadien de non-fiction et qu’il a été salué par la critique. Sur les sites de lecteurs, les opinions sont plus partagées.

Le livre consiste en un opus assez court, 200 pages bien tassées, qui m’a dans un premier temps plu par sa grande originalité, une construction impeccable, la force de l’écriture et surtout par son dépouillement, très propice à l’angoisse. Au fil des pages, l’atmosphère pesante nous leste efficacement. Quelque chose cloche, dans cette histoire en apparence linéaire, on le sent, sans parvenir à mettre le doigt sur le bobo. Le malaise, d’abord léger, s’approfondit en vrille pour virer à la peur, à l’horreur, presque, le tout à travers un long périple dans la campagne déserte et glauque. Beaucoup de temps pour des réflexions philosophiques, voire métaphysiques, souvent intéressantes même si elles sont parfois un peu nébuleuses. Cela c’est le 80 %, et c’est déjà très bien pour un premier roman. Quant au 20 % restant, je le relie au petit arrière-goût d’insatisfaction qui persiste (pour moi) une fois la dernière page refermée; le sentiment d’une fin pas tout à fait à la hauteur du reste de l’ouvrage, un peu en eau de boudin comme on disait chez nous. Mais après tout, je me suis demandé si une proposition aussi entièrement originale pouvait déboucher sur autre chose qu’un anti-climax, avec un deuil pour le lecteur. En fait, pour être tout à fait honnête, je me suis longuement interrogée sur cette légère déception, me demandant même si je n’étais pas simplement passée à côté de l’histoire, et si j’avais mal compris.

En résumé, donc, Je sens grandir ma peur (que je persiste à vouloir appeler, allez savoir pourquoi, Je sens ma peur grandir) est un bon premier roman d’angoisse, qui laisse entrevoir des petits frères plus étoffés et mieux parachevés.

 

L’histoire (Résumé de l’éditeur)

Un garçon et une fille, en couple, roulent dans la campagne pour rejoindre une ferme isolée. Là-bas, la jeune femme devra faire connaissance avec la famille de son petit ami. Seulement, sur la route, la conviction qu’elle devra bientôt interrompre sa relation avec Jack vient perturber sa quiétude. D’autant qu’elle est harcelée par des coups de fil provenant… de son propre numéro. Chez les parents du jeune homme, l’ambiance est lugubre et la maison, glaciale. À table, la mère se plaint d’entendre des voix. Dans la cave, la jeune fille découvre des peintures inquiétantes. Elle insiste pour que Jack et elle repartent aussitôt après le repas. De retour dans la voiture, la neige a commencé à tomber et l’ambiance a viré à l’angoissant. Les deux amants finissent enfermés dans une école abandonnée au bord de la route…

 

 

Je sens grandir ma peur

Iain Reid

Valérie Malfoy (Traducteur)

Presses de la Cité

2018

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