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Publié par Richard

Héros, anti-héros, salauds.

 

La littérature nous offre un large spectre de la nature humaine. Parfois attachants, souvent très réels, ils nous ressemblent. Puis, ô grand plaisir, ils sont tellement différents de nous. On les aime, on les hait ; ils ne nous sont pas indifférents. Les personnages des romans sont le miroir du monde qui nous entoure ; nous sommes les «Alice» qui le traverseront avec plaisir.

 

Mais heureusement pour la diversité de nos lectures, les personnages ne sont pas tous auréolés de fantaisie Carrollienne … Et dans le genre, Sandra Martineau nous dessine à grands coups de crayon gras, un diable parfaitement abject aux commandes d’une victime sans défense. Et ça nous donne un roman enlevant au titre très évocateur, "Même le diable a la peau douce".

 

Émélia est une jeune femme tout à fait ordinaire. Jolie sans être un canon de beauté, entourée de quelques amis, elle vit une succession d’échecs amoureux. Puis un jour, elle fait son entrée en enfer, quand elle rencontre Stanislas Delcourt, ce prince des ténèbres à la peau douce. Sans aucune pitié avec une tendresse à dose homéopathique, il tissera une toile maléfique autour d’elle. Victime consentante ? Victime aveugle ? Proie facile ? Tous sont conscients du jeu que joue le bellâtre ; et il n’y a qu’elle qui ne le voit pas. Ou qui probablement, ne veut pas le voir.

 

Alors dans cette atmosphère feutrée du portique des enfers, Émélia basculera graduellement dans un tourbillon infernal dans lequel la chute ne peut qu’être … (non, non, je ne vous révèlerai rien … petits curieux !!!). Et tout au long du roman, grâce à un dialogue intérieur passionnant, nous vivrons ses réflexions, ses doutes, ses peurs et ses angoisses. Ces passages introspectifs sont une grande force du roman.

 

Sandra Martineau nous dépeint de façon convaincante tous les aspects d’un pervers narcissique en pleine action. À aucun moment le mot n’est dit, jamais l’auteure ne nous explique, théoriquement, les caractéristiques et les attributs de ces méprisables personnages. Ici, pas de didactique ou d’enseignement psychologique, Sandra Martineau nous montre la «bête» en plein cœur de sa chasse. Et tirons-en les conclusions !

 

Alors se succèdent les gestes courants des PN : culpabilité inversée, mensonges, négation des évidences, critique et dévalorisation, chantage, menaces à peine voilées, jeu avec les sentiments, isolement et éloignement. La pauvre Émélia s’y laissera entrainer sans trop savoir comment se défendre.

 

Et le lecteur, comme tout bon lecteur de polars, s'efforcera plus que la pauvre victime, pour l’aider à s’en sortir …

 

Je vous l’avoue, j’aime beaucoup l’écriture de Sandra Martineau. J’ai eu la chance de lire ce roman quand il n’était qu’un manuscrit, futur livre en devenir. Aujourd’hui, après une relecture, je l’aime tout autant. L’auteure a le don de nous captiver, de nous présenter un récit prenant, qui nous prend aux tripes et qui nous fait réagit. « Même le diable a la peau douce » est un portrait sans compromis d’une race de personnes que l’on gagne à fuir. En plus de vous divertir, il y a de bonnes chances que cette histoire pourrait vous avertir …

 

Alors, n’hésitez pas à suivre la lente descente aux enfers de cette pauvre Émélia.

 

Bonne lecture !

 

Quelques extraits :

 

« Il m’a trompée, blessée et je lui cherche encore des prétextes. »

 

« Un flot d’émotions contradictoires se mélange dans ma tête. Je suis sa chose et je déteste ce sentiment, il me baise et j’adore ça. À la limite de la compréhension, je ressens également une sorte de jouissance. »

 

 

Même le diable a la peau douce

Sandra Martineau

2018

246 pages

 

P. S. Assez difficile à trouver au Québec, il est disponible sur le site Amazon.ca. 

Pour les lecteurs européens, il est beaucoup plus facile à trouver.

 

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