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Publié par Geneviève Hould

Par Geneviève Hould

 

 

La première de couverture de Les filles bleues de l’été, d’un bleu vacances, est la porte d’entrée sur un monde tout aussi poétique que limpide. Des tournures de phrases d’une beauté exquise nous attendent au détour de chaque page. Des phrases d’une beauté toute naturelle, sans maquillage ni artifice.

 

«  Le jour, Clara et lui se baignaient. Ils s’emmêlaient sous l’eau puis se séparaient, se tressaient puis se séparaient. Les algues s’enroulaient autour de leurs pieds. Il racontait des histoires de créatures dans les bas-fonds, et Clara faisait semblant d’être effrayée. Le soleil frappait sur l’eau pour les aveugler. Ils s’embrassaient puis se séparaient, se nouaient puis se séparaient, s’aimaient puis se détestaient. Prenaient peur. »

 

Mikella Nicol maitrise l’art de l’atmosphère. Elle tricote noirceur et candeur, fatalité et espoir.

 

L’histoire

 

Dans Les filles bleues de l’été, on plonge au coeur d’une amitié qu’on pourrait facilement envier de par sa pureté. Clara et Chloé, jeune vingtaine, amies de longue date, comptent sur un été au chalet pour panser leurs blessures respectives. La première, en abandon d’amour, siphonnée par sa souffrance, la seconde, anorexique boulimique qui s’automutile. Ces deux solitudes se retrouvent au chalet d’enfance de Chloé, pensant se guérir à coup de forêt, de lac, de feuilles, de feu et d’étoiles, sans règles ni obligations. Un été pour tout changer.

 

«Si je voyais de nouvelles traces rouges gravées dans sa peau comme des ruisseaux vidés par le soleil, si j’entendais les soubresauts de son estomac recracher la nourriture que je lui servais, je devais la ramener en ville. »

 

« Elle lui disait que le vin l’aidait à oublier, pourtant elle parlait toujours de lui quand elle buvait. »

 

« Entre Chloé et moi, il y avait une absence de bruit, une entente muette et beaucoup d’amour. »

 

Tout au long de ce sublime roman, on frôle l’intimité de ces deux jeunes femmes. Et ces filles bleues de l’été, on voudrait les protéger, prendre une fraction ou deux de leur souffrance, comme une mère le ferait pour son enfant. Clara et Chloé s’adressent directement au lecteur, alternant le rôle de narratrice. Parfois pour se raconter, parfois pour raconter l’autre.

 

Toute jeune auteure, Mikella Nicol a publié ce premier roman en 2014, à l’âge de 22 ans. Libraire, elle détient une maitrise en études littéraires. Elle est la fille de l’auteur Patrick Nicol, ce qui explique peut-être en partie un si grand talent chez une si jeune personne. Une écriture métaphorique sans nécessité de tout nommer.

 

Dernièrement, j’ai été déçue à la lecture de deux romans attendus, d’auteurs reconnus. Peut-être suis-je devenue une lectrice qui refuse de se contenter d’une «bonne histoire» , qui a ce besoin viscéral d’être renversée par les mots… Avec Les filles bleues de l’été, j’ai été servie.

 

Les premières pages, c’est le livre entier qui nous permet de les saisir. Il faut les relire une fois le roman achevé. Rarement une deuxième lecture m’aura autant bouleversée. C’est une oeuvre qu’on savoure lentement, pour en jouir pleinement.

 

Un livre brutal, mais poignant d’amour. Un livre déchirant, mais une écriture tout en finesse. Un livre qui désarme par sa douceur. Un paradoxe entre le fond et la forme. Non, ce n’est pas un livre « hop la vie ». Mais c’est… leur vie. La vie de deux filles qui ne souhaitent plus rien, sinon retourner dans l’été.

 

 

Les filles bleues de l’été

Mikella Nicol

Le cheval d’août

128 pages

2014

 

 

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Commenter cet article
A
Un roman qui a l'air très beau.
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R
Et une chronique tentatrice !!
V
ça a l'air dur mais ton engouement est contagieux!
Répondre
R
Geneviève vous remercie !