Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Sylvie

Candyland n’est pas un conte.

Candyland n’est pas un conte où les personnages qui peuplent l’histoire, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Candyland, décombres de ferrailles abandonnées et d’êtres broyés par leurs multiples fêlures.

Candyland est ce parc d’attractions où les sucreries ont désormais un goût âcre et caustique.

Bienvenue à Candyland.

 

Cane, petit bled paumé, ancienne ville minière de Pennsylvanie, nichée au pied des Appalaches. Surnommée le cœur sucré de l’Amérique, ville prospère des années soixante, grâce à son charbon et son fameux parc d’attractions. Désormais en ruine, cette ancienne gloire aux bonbons, est devenue le laboratoire d’une confiserie particulière dirigée par des montagnards. On y fabrique des friandises dévastatrices ; la méthamphétanime. Tout près, lovée dans les champs, Vinegar, comté voisin, une petite communauté amish y vit en autosuffisance.

C’est à Cane que vit Sadie Gingerish, ancienne amish, seule propriétaire d’une confiserie et William Braxton, flic de cette bourgade rurale. Le jour où Thomas, le fils de Sadie, est retrouvé assassiné par sa petite amie Allison, commencera la descente vertigineuse vers les abysses d’une histoire alambiquée.

Entre William, qui mènera l’enquête à quelques jours de la retraite et Sadie, il y a Danny le cousin de William, ex-taulard condamné pour meurtre, Ruby, et ses deux frères qui vivent reclus dans les hauteurs, Allison fille de Danny accro à la meth, Deb la perfide et Ruth la bienveillante amish, sœur de Sadie. Leurs lourds passés, leurs espoirs, leurs blessures se dévoileront au fur et à mesure que se déroule l’enquête sur le meurtre de Thomas.

 

Composé de cinq parties, quatre saisons, plus un dernier hiver, Jax Miller nous livre un concerto d’émotions troubles et poignantes. Entre passé, 1982 et présent, à travers cette flopée de personnages torturés, aussi bien rongés par la drogue, la gnole de contrebande que par leurs origines viciées, Jax Miller entrelace leurs destins tragiques. L’auteur nous dépeint des êtres forts, intenses, cyniques dont l’avenir glisse inexorablement sur une pente abrupte.

C’est sombre, violent, déchaîné, c’est noir entre les noirs....Certains passages sont d’une brutalité à vous chambarder l’intérieur. Âme sensible, s’abstenir, ici on ne carbure pas à l’eau de rose. Au travers toute cette obscurité, cette cruauté, il y a une lueur qui s’infiltre, qui vient illuminer cette intrigue finement construite. Jax Miller à une plume particulière, une façon bien à elle de mettre en lumière un récit aussi sombre. Elle nous guide lentement dans son histoire, semant de petites graines sur ce parcours sinueux pour nous laisser pantois au chapitre suivant. Ouf ! Bluffé !

Pour son deuxième roman, son précédent « Les infâmes » publié en 2015, Jax Miller, frappe fort et confirme son talent pour l’écriture sombre.

Nul besoin de préciser que j’ai un faible pour les romans noirs américains. J’ai adoré les bouquins de Brian Panowich « Bull mountain » et d’Alex Taylor «Le verger de marbre» qui se déroule aussi dans des petits patelins isolés de notre chère Amérique. Je fus donc doublement conquise par la plume de Jax Miller. Une lecture marquante, poignante. Un incontournable !

Je n’oublierai pas de sitôt, l’histoire de Sadie et William. Car au travers la perversion et la férocité du lien qui les rattache, un sentiment demeure : l’amour qui peut-être aussi ravageur que la haine. Comme Stephen King l’a si bien dit “L’amour à des dents et ses morsures ne guérissent jamais.”

Là, dans le cœur sucré de l’Amérique.

William et Sadie.

Une histoire qui laissera une empreinte indélébile. On n’oublie pas Candyland.

Ainsi débute l’histoire....

"Dans l’hiver tétanique de 1982, une famille amish du comté de Vinegar faisait place autour du placenta abandonné sur le pas de leur porte. Le souffle tiède des narines des chevaux renforçait l’atmosphère, et un vent tranchant comme une lame de rasoir fendait leurs yeux écarquillés".

 

Candyland

Jax Miller

Ombres noires

572 pages

2017

 

Chronique rédigée par Sylvie Langlois, collaboratrice à Polar, noir et blanc.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Violette 25/11/2017 10:07

ouh laa! Je note pour quand j'aurai envie de très noir alors mais pas maintenant!

Richard 26/11/2017 00:15

C'est bien de prévoir ... Bonne lecture, Violette !