8 Février 2017
Le Mexique est un cimetière de secrets.
Une dizaine d’années après « La griffe du chien », Don Winslow nous revient avec la suite de cette histoire culte avec « Cartel », deux romans qui nous transportent au cœur même de la guerre entre les narcotrafiquants du Mexique !
J’avais un peu peur de ne pas m’y retrouver, considérant le fait que ma lecture du premier remontait à sa sortie en livre de poche, il y a quelques années. Pas du tout ! On se retrempe dans l’histoire comme s’il n’y avait pas eu d’interruption et même, je pense que ceux qui n’ont pas lu le premier roman et qui craignent de trouver trop long deux énormes pavés, pourraient se sentir bien à l’aise dans ce deuxième tome.
« Cartel » est un récit violent, à l’image de ces familles de trafiquants de drogue, férus de pouvoir, assoiffés d’argent, prêts à tout pour se gagner un bout de territoire ou pour défendre leur commerce. Rien ne les arrête, tous les coups sont permis ! Malgré leur profonde immoralité, pas question de transgresser leur code d’honneur ; le moindre geste de trahison, la plus petite pensée hors du chemin balisé par le grand patron et c’est la balle dans la tête comme punition. Mais attention, la famille est importante, on ne l’attaque pas impunément ! Là aussi, les conséquences sont sanglantes, définitives.
Que dire de la qualité des personnages ! Don Winslow possède cette capacité de nous présenter des hommes et des femmes, criants de vérités …et de mensonges. Il tient le lecteur par la main et lui montre une galerie de portraits absolument incroyables de personnages complexes, ayant une double personnalité, capable d’être le père parfait, doux et aimant et un tueur sanguinaire n’ayant aucune pitié. J’ai été secoué par certains protagonistes, par la description de leurs forces (pas toujours positives) et leurs faiblesses. Je suis encore ébranlé par le chapitre où l’auteur nous présente Jésus le Kid ; tout en sachant que ce genre de personnage doit vraiment exister pour de vrai.
Bien sûr, les Américains sont présents dans cette histoire. Nous nous en doutons bien, ils sont les principaux acheteurs de toutes les drogues produites en Amérique Centrale et le Gouvernement américain voudrait bien faire cesser ce non-traité de libre-échange entre les cartels mexicains et les gangs de revendeurs amerloques (pour que ça rime avec interlope …)
Art Keller est leur agent le plus expérimenté et le plus à même de trouver des solutions à cette guerre intraitable. Pourchassé par les Mexicains, ayant perdu la foi en ses idéaux, retiré dans une abbaye où il s’occupe de ses abeilles. On le surnomme « El Colmenero », l’apiculteur. Il apprend que celui qu’il a fait arrêter Adan Barrera a mis un contrat sur sa tête. Deux millions ! La guerre reprend ! Le soir même, la cellule de l’apiculteur est vide. Il est parti à la rencontre de son pire ennemi, Adan Barrera dit « El Chapo ».
Vous pensez surement : ouais bon, 720 pages de meurtres, de vengeance, de règlements de compte … Non ! Sans que je sois réellement amateur de polars qui dégoulinent de sang, j’ai été happé par l’histoire, par les histoires de ces personnages qui n’ont d’humain que l’apparence et qui ont parfois des regrets, des remords et des moments furtifs de culpabilité.
Évidemment, actualité oblige, on ne peut que faire des liens avec les « trumperies » du nouveau POTUS qui voudrait bien avoir son mur américano-mexicain. La frontière semble bien poreuse entre El Paso américain et la Ciudad Juárez mexicaine et les activités ne sont pas toujours très cordiales. Mais passons sur ces considérations actuelles et revenons à la littérature.
Don Winslow possède une plume efficace, un style acéré à la hache et un talent pour nous maintenir sur le bord de notre chaise, pendant notre lecture. Actions, revirements, rebondissements, tout s’enchaîne, tout se tient et on ne voit pas le temps passer. « Cartel », c’est le genre de romans où on se dit … Encore un autre chapitre, pis après, j’arrête… et se le dire encore et encore. Jusqu’au moment où le réveille-matin sonne la charge !
Un des éléments qui m’a le plus touché dans cette histoire, c’est la difficulté (pour ne pas dire l’impossibilité …) pour les journalistes de pouvoir faire leur travail honnêtement. D’ailleurs, le ton est donné dès le début du roman, où sur deux pages, Winslow dresse une liste de plus de 500 « journalistes assassinés ou « disparus » au Mexique pendant la période que couvre ce roman. Il y en a eu d’autres. »
Je vous conseille donc ce roman pour toutes les raisons que l’on aime un bon gros pavé prenant, bien écrit et qui nous fait passer de très bons moments. Certains pourraient ressentir le besoin de lire le premier tome avant de sauter à pieds joints dans celui-ci, mais si vous n’avez pas lu « La griffe du chien », cela ne vous empêchera pas d’apprécier cette histoire.
Quelques extraits (sur 700 pages, j’ai le choix !!!) :
« La solitude, peut-être : c’est le moment le plus solitaire de la nuit, l’obscurité qui précède l’aube, quand surgissent les pires cauchemars : le lever de soleil semble encore loin et les créatures qui peuplent à la fois le monde réel et les marges sombres de l’inconscient rôdent avec l’impunité des prédateurs qui savent que leur proie est impuissante, seule. »
« Les garçons plus âgés lui apprirent des choses qu’il n’avait jamais eu envie de connaître. »
« Autrefois, il connaissait toutes les réponses. Aujourd’hui, il ne connaît même pas les questions. »
« …la nouvelle provoque l’enthousiasme réservé généralement à une coloscopie. »
Bonne lecture !
Cartel
Don Winslow
Seuil
2016
716 pages
Don Winslow, Biographie Don Winslow, Livres Don Winslow
Don Winslow : Fils d'un marin et d'une bibliothécaire, Don Winslow, né en 1953, a grandi dans une petite ville de l'état de Rhode Island
La page de l'auteur sur le Seuil, sa maison d'édition en français.
Official Website of Author Don Winslow
Don Winslow, NYT bestselling author & Raymond Chandler award recipient. has been published in 28 countries. Author of The Cartel, Kings of Cool and Savages