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Publié par Sylvie Langlois

Papillon de nuit de R. J. Ellory

D’emblée, je dois vous dire une chose, R.J. Ellory est mon auteur préféré. Il demeure celui dont j’ai lu tous les romans et dont j’attends toujours le suivant avec impatience. Ouvrir un livre d’Ellory, c’est s’aventurer au cœur d`une histoire qui vous prend aux tripes et ne vous laisse jamais indifférent. Sa prose est telle une broderie, un travail d’aiguille tout en finesse, méticuleuse dans les moindres détails. Faire connaissance avec l’un de ses personnages, ce n’est pas seulement entrer dans sa vie, mais plutôt plonger avec ardeur au plus profond de son âme.

Il n’est pas facile, du moins pour moi, d’écrire une chronique sur un roman d’Ellory, dans ce cas-ci ``Papillon de nuit`` tellement l’histoire est riche et dense, peuplée de passages qui vous bousculent, vous brassent les émotions.

Je vais donc débuter par un extrait :

« Bon fils, tu t’es foutu dans un sacré merdier...

T’en as plus pour longtemps, c’est un fait...

Regarde bien tout ce qui s’est passé, et essaie de comprendre par toi-même, comment t’en es arrivé là...

Fais le maintenant, fils, fais-le et tire un sens de tout ca avant de devoir en répondre devant moi... »

Caroline du sud, 1982. Daniel Ford, 36 ans, attend son exécution dans le couloir de la mort pour avoir assassiné son meilleur ami, Nathan Verney.

Daniel est blanc, Nathan noir. Ils se connaissent depuis qu’ils ont six ans. Ils ne se sont jamais quittés depuis ce jour de 1952 où ils ont partagé ensemble au bord d’un lac un sandwich au jambon cuit. Alors pourquoi Daniel a-t-il tué son indéfectible ami? Que s’est-il réellement passé? Mais tout n’est pas si simple qu’il n’y paraît, la marche sera longue et ardue pour en arriver au matin de son jugement. Nathan connaît la vérité, plus que tout autre, mais il ne se trouve plus là et il n’aurait jamais voulu que ça finisse ainsi.

A quelques jours de sa sentence, Daniel fera la connaissance du père John Rousseau qui viendra entendre sa confession. Assis tous les deux dans une petite pièce, avec pour seul témoin une vieille bible et un petit enregistreur, le prêtre écoutera le long récit de Daniel. Au travers quelques flash-back (Ellory maîtrise tout à fait ce style) nous retournerons avec eux, main dans la main, dans les années 60 au cœur même de la toile dont furent tissés ses sinistres événements. L’Amérique traverse une crise, tout n’est que bouleversement au pays de l’oncle Sam. La société est devenue irascible. L’assassinat de Kennedy, la guerre du Vietnam, la menace de la conscription, le Ku Klux Klan, la ségrégation raciale, la lutte de Martin Luther King pour les droits civiques des noirs, les complots politiques, le Watergate... C’est dans cette spirale d’événements tragiques et cette folie collective que nos deux amis se laisseront lentement dériver.

Coincés entre des gardiens parfois compassionnels et parfois cruels dont certains nourrissent leur sadisme à même la peur et la souffrance de Daniel, nous cheminerons avec lui dans ce récit dur, noir et très poignant de sa destinée. De sa cavale à travers les États-Unis pour fuir la réalité, ses amours, ses folies, ses rêves et ses désillusions, nous assisterons à sa longue et rude descente aux enfers.

Voilà il difficile de vous en dévoiler plus... Je vous invite donc à faire ce fabuleux retour dans le passé des sixties raconté magnifiquement, avec maints détails, comme seul Ellory peut le faire de manière si touchante et si bouleversante. Vous serez assis avec Daniel Ford dans sa cellule de condamné et deviendrez les oreilles du confident. Vous cheminerez jusqu’au dénouement qui n’en est que plus renversant!

J’ai refermé la dernière page avec un sentiment de plénitude, mais aussi de grand vide à la fois. Et tout comme moi, je suis certaine que vous de regarderez plus jamais un papillon de nuit de la même façon. Je vous recommande fortement cette lecture.

Monsieur Ellory vous êtes un grand !

Quelques extraits :

  • "Il y a la vision biologique de la vie, et puis il y a tout le reste. Le papillon est fier d’être si coloré et gracieux, de développer ses ailes au soleil. Le papillon de nuit, en revanche, son parent le plus proche, est une créature nocturne. Il n’a pas la beauté du papillon, mais il ne le voit pas....et surtout, les gens ne le voient pas parce que c’est un animal essentiellement nocturne. Et les papillons de nuit sont attirés par la lumière, car ils veulent êtres vus, ils veulent que leur propre beauté magique soit reconnue."
  • "Le papillon de nuit, un animal qui faisait tout son possible pour être autre chose et qui, échouant à reconnaître sa propre valeur, continuait d’essayer jusqu’à en mourir."
  • "Tu vois tout a changé après novembre 1963. Le monde entier a changé. L’Amérique a commencé à se casser la gueule. La qualité de vie s’est détériorée."
  • "L’Amérique s’est aperçue que ceux qui pouvaient tuer son président en plein jour pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient. Il n’y avait plus un homme seul, le meneur de la nation, mais une fraternité invisible non élue."

  • Une goutte de sueur froide s’échappant de mon front et coulant le long de mon nez. Cette sensation...peut-être la dernière que j’éprouverais. Jusqu’à ce qu’arrive la douleur. Comme la foudre. Comme le feu traversant mon corps. Comme un couteau si immense qu’il peut vous transpercer le crâne et perforer votre charpente jusqu’à ce que vous soyez suspendu comme une marionnette.

Papillon de nuit

R. J. Ellory

Sonatine

516 pages

Chronique rédigée par Sylvie Langlois

Collaboratrice sur Polar, noir et blanc.

L'auteur nous présente son roman ...

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A
Une sacrée déclaration à cet auteur !
Répondre
S
Si....et je m'assume, j' écris ce que je ressens et ce sans censure.
R
Bien sentie !
É
Je te rejoins tout à fait dans ton appréciation du talent d'Ellory. Depuis que je l'ai découvert avec Les Anonymes, chaque livre de lui a été un pur moment de bonheur. Papillon de nuit est sur ma liste!
Aujourd'hui, on remet les Saint-Pacôme, et tu ne seras pas là... on pensera à toi!
Répondre
R
Et moi, je penserai à vous ! Et je vous suivrai par le biais du téléphone de Morgane ! Bonne soirée !!