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Publié par Richard

"Le Cruciverbiste" de Claire Cooke

Horizontal et vertical. À quoi pensez-vous ? En général, dans les polars, le mot horizontal est souvent illustré par les bureaux froids et nauséabonds des salles d’autopsie où le cadavre est à l’horizontale. Fabio Mitchelli, lui, s’est spécialisé dans les titres comme « La verticale du fou », « La verticale du mal » ou même « À la verticale des enfers ».

Claire Cooke, dans un premier roman tout à fait réussi, nous offre les deux possibilités, à l’horizontale et à la verticale. En effet, elle nous plonge dans l’univers des mots croisés où « Le cruciverbiste » s’avère être le meurtrier. Tous les membres de la confrérie des courtiers en immeuble se sentiront menacés de perdre leur verticalité pour se trouver à l’horizontale, sur le billard d’acier de la morgue.

Mai 2010, un article du journal L’Intégral annonce la nomination d’Emma Clarke au poste de lieutenante-détective du service des crimes contre la personne de la Sûreté du Québec. La jeune femme aux origines africaines, brillante, volontaire et ambitieuse, démontre très rapidement ses capacités et ses talents à résoudre les enquêtes les plus complexes.

Un an plus tard, en mai 2011, elle trouve quelque chose de bien étrange, caché dans son journal : une grille de mots croisés et un message incompréhensible l’invitant à un jeu bien particulier. « Destin » est le seul mot inscrit au centre de la grille avec quelques cases noires formant quatre croix d’une parfaite symétrie.

Appelée sur une scène de crime, Emma est confrontée à un pendu. Première hypothèse, évidemment, ça doit être un suicide. Cependant, il devient vite évident que la policière devra résoudre un meurtre. La victime, un courtier immobilier, est un joueur invétéré, endetté auprès de tous ses collègues et surtout, il n’est pas très apprécié par les gens qui l’entourent. D’ailleurs, pendant l’analyse sommaire de la scène de crime, on découvre une carte à jouer (un as de pique !) et un message en latin : « PERSONA NON GRATA ».

Très rapidement, l’enquêtrice en motocyclette fait le lien entre la grille de mots croisés reçue et le meurtre sur lequel elle doit enquêter. Et elle accepte, bien inconsciemment de participer au jeu auquel le meurtrier l’invite : « je t’ai choisie parmi tous pour résoudre cette grille et je te donnerai tous les indices possibles pour me retrouver. »

Entretemps, d’autres courtiers en immobilier sont tués et la situation dégénère. Les es informations glanées par les enquêteurs, les indices semés dans la grille de l’assassin, chacune des analyses, poussent Emma dans un labyrinthe de vocabulaire où le latin et la religion semblent prendre de plus en plus de place. Clients, collègues courtiers, notaires, tous ont des raisons de vouloir la mort de leurs collègues ; Emma doit continuer son enquête en jouant le jeu de ce meurtrier supérieurement intelligent et surtout, très provocateur.

Pour un premier roman, Claire Cooke a pris le pari d’écrire un roman complexe avec une galerie de personnages très élaborée, autant du coté des policiers que de celui des meurtriers potentiels. Même si un nombre plus restreint de personnages aurait simplifié la lecture, le lecteur arrive à bien suivre le développement de l’enquête grâce à une écriture précise sans fioriture inutile ; la trame est complexe mais l’auteure nous tricote quelques filets de sécurité.

Il faut également souligner l’imagination et la créativité de cette nouvelle auteure. Quoi de plus difficile que de sortir des sentiers battus et de créer une intrigue autour d’un élément que l’on voit très peu dans les polars : une grille de mots croisés. L’idée est excellente et cela donne un roman bien construit, haletant et très original !

Finalement, il me semble que son personnage d’Emma Clarke devrait être un personnage récurrent, apprécié par les lecteurs et les lectrices de romans policiers. Son petit côté rebelle, sa personnalité et son obstination devraient bien lui servir. Déjà, au fur et à mesure du roman, Emma prend de la profondeur et devient de plus en plus complexe et attachante. Enfin, si elle nous revient, nous aurons l’occasion de mieux connaître l’équipe qui l’entoure.

Je vous recommande ce premier roman de Claire Cooke. Ce nouveau visage dans le ciel de plus en plus étoilé du polar québécois me semble plein de promesses. Ce premier roman est définitivement une réussite.

Un dernier mot ! J’aimerais féliciter la maison d’édition pour la superbe couverture de ce roman : originale, une symbolique fort pertinente et de l’audace. Parsemer des ouvertures dans la grille représentée en page couverture donne du punch à la présentation de bouquin. Bravo aux Éditions Goélette !

Quelques extraits :

« Redevable depuis bien trop longtemps déjà, l’imposteur n’a eu que ce qu’il méritait. Sa gorge n’aura plus le loisir de raconter, de débiter ou de propager quoi que ce soit.

Favete linguis ! »

« La minuterie sonna dans la cuisine, la délivrant des images obsédantes qui se succédaient derrière ses yeux et qui s’acharnaient à lui empoisonner l’existence. À l’emmurer dans le secret de son secret. »

« … il vit des arbres aussi échevelés que leur propriétaire, des arbustes nécessitant une bonne coupe et des fleurs disparates tentant de se tailler une place dans ce fouillis de verdure. »

Bonne lecture !

Le cruciverbiste

Claire Cooke

Les éditions Goélette

2015

494 pages

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S
Ce n'est pas le cruciverbiste le meurtrier, mais le verbicruciste ......
Répondre
R
Faut le lire ...
L
C'est mon prochain achat. J'ai vraiment hâte de le lire et en plus, j'adore les mots croisés! Bonne journée Richard :-)
Répondre
R
Je suis convaincu que tu vas l'aimer, Lynne !
Bonne lecture et bonne journée à toi aussi !