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11 Janvier 2015
Sylvain Meunier possède toujours, dissimulé dans sa petite poche de côté, l’énorme talent de surprendre son lecteur. Et son dernier roman, "L'empire du scorpion" en est la dernière preuve. Quel plaisir !
Percival Imbert (J’adore ce nom !) accompagne sa femme au centre commercial de son quartier. Tout un pensum pour ce linguiste devenu réviseur par choix et par amour de la langue, de se traîner dans cet autel commercial qui rend hommage à la consommation, en plein mois de décembre … juste avant Noël.
Assis sur un banc, au centre de l’allée, regardant passer cette faune besogneuse, il pense, commente et s’inquiète ! Que fait-elle ? Il me semble qu’elle devrait être revenue. Depuis longtemps. Paniqué, il se rend au bureau d’information pour que la préposée fasse un appel général. Pas de réponse ! Il ne lui reste qu’une alternative, la police.
Et l’évidence le devient de plus en plus, Marie Doucet, sa femme, a disparu !
Commence alors une enquête qui nous conduira bien plus loin que l’on pense. Mais bien sûr, il faut poser des questions qui peuvent faire mal. Est-ce une fuite ou un départ précipité d’une future ex-amoureuse ? Un enlèvement ? Un meurtre ? Le ciel de Percival Imbert se remplit des doutes et des suspicions des gens qui l’entourent. Surtout au moment où il cherche le passeport de sa femme et ne le trouve nulle part dans la maison. Encore plus grave, la penderie et les tiroirs des meubles de madame sont vides. Tout témoigne de « la présence de l’absence » de sa douce moitié.
Très rapidement, toutes les questions tournent autour de : mais qui sont ces deux personnages, Percival Imbert et Marie Doucet ? Malgré les doutes et les jugements, contre vents et marées, seule Jacynthe Lemay soutiendra la quête de Percival, à la recherche de sa femme disparue. L’étrange Percival et l’entêtée enquêtrice découvriront des événements et des personnes mais aussi, une révélation qui les surprendra (et le lecteur aussi !).
Voilà tout le talent de Sylvain Meunier ! Une banale histoire d’une femme disparue dans un centre d’achats se transforme en une saga familiale, une histoire d’espionnage, tout en y ajoutant quelques faits politiques, en passant par Ottawa et Tracadie, tout en mêlant la signification d’un lazaretto avec un plat italien. Absolument passionnant !
Sylvain Meunier est un raconteur extraordinaire. Le lecteur est accroché dès le début, et par l’histoire, par son développement et la qualité de ses personnages. Percival Imbert possède tous les ingrédients d’un personnage inoubliable, attachant et complexe. On le découvre avec ravissement !
Le style de l’auteur est fluide, concis et surtout, truffé de petites pointes d’humour et de clins d’œil moqueurs. On se laisse transporter en conservant tout l’intérêt de l’enquête ; pas de temps mort, pas de phrase inutile. Et plaisir ultime, Meunier nous offre une finale à l’avenant. On referme le roman, content et satisfait d’avoir passé un bien beau moment de lecture.
Alors, pour le plaisir, n’hésitez pas à lire « L’empire du scorpion » ! Et en prime, vous pourrez comprendre la signification de ce titre étrange … et surprenant !
Quelques extraits :
« Elle s’était cloitrée dans un couvent intérieur, elle s’était interdit d’aimer. »
« … à l’impossible, nul n’est tenu, et au possible non plus, si le nul en question travaille au gouvernement ! »
Cette superbe phrase décrivant un paysage de chez nous : « … ils roulent en terrain vallonneux, avec tantôt le fleuve qui se déploie par intermittence sur la gauche, sans prévenir, large à s’y perdre, avec des collines à droite, qui défilent comme un troupeau désordonné de bêtes blanches, et devant, toujours, des courbes en points d’interrogation inachevés, jamais suivis de réponses, l’inconnu perpétuel, en somme, c’est un terrible tourment. »
« Si le mal triomphe si souvent, c’est qu’il va toujours au-delà de ce que peuvent imaginer les gens de bien. »
Bonne lecture !
L’empire du scorpion
Sylvain Meunier
Guy Saint-Jean éditeur
2014
482 pages
La page de l'auteur sur le site de sa maison d'édition
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