Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Archives

Publié par Richard

"Wildwood" de Johanne Seymour

Sortir des sentiers battus, ouvrir des portes différentes aux lecteurs et surtout, continuer à les charmer, à leur raconter joliment une bonne histoire, tout en laissant son personnage fétiche au placard, voilà le défi que Johanne Seymour s’est donné avec « Wildwood ». Et qu’elle a réussi haut la main.

« Wildwood » est un excellent roman d’apprentissage, un récit où l’atmosphère de la fin des années 60 embaume de musique et d’odeurs de pizza et de hot dogs grillés, où l’auteure nous fait vibrer à travers les réflexions d’une jeune adolescente de 16 ans, vivant le dur passage de l’adolescence vers un monde que l’on dit adulte. De plus, le naturel revenant au galop, elle ne délaisse pas sa plume d’écrivaine de polars pour nous tisser une intrigue passionnante qui enrichit le récit et accroche l’attention du lecteur. Sans lui laisser de pause ! Une journée et j’avais terminé le roman !

« Wildwood » est une réussite sur toute la ligne. Dans ce roman, le talent de Johanne Seymour s’exprime à travers la tendresse et la naïveté de son personnage, immergée dans un monde en folie où la violence de la guerre du Vietnam s’exprime dans les journaux, à la télévision, mais aussi, dans un lieu habituellement consacré aux vacances. Tout au long du récit, on ne peut que se laisser porter par Michelle, cette adolescente qui rêve d’un amour d’été avec un beau life-guard américain, entourée par un père silencieux et une mère qui parle trop. Et un couple d’amis, Denise et Ben, souffrant eux-mêmes de ce monde en mutation, d’un pays en guerre au Vietnam. Choc post-traumatique, angoisse d’un éventuel départ, amère découverte d’un monde qui teinte ce passage obligé vers l’âge adulte et qui jette un nuage noir sur une période qui devrait se vivre dans l’insouciance.

Comme à chaque année, Michelle, fille unique de Rose-Anne et de Rolly Trudel, part avec ses parents, pour un séjour de trois semaines à Wildwood. Cette année-là, à 16 ans, elle a décidé qu’elle en profiterait pour passer à une autre étape de sa vie : quitter l’adolescence et devenir une femme. Évidemment, cela passe par l’amour ! Toute une commande pour une jeune fille rangée, avec un sens du devoir indéfectible et une culpabilité à fleur de peau, exacerbée par une éducation religieuse tricotée serrée.

Elle rencontre Tom, Thomas Riley, un bel Américain charmant et ténébreux, un life-guard autour duquel, tournent les plus jolies filles de la plage. Comment ce gars-là peut l’aimer, elle qui a si peu à offrir, pas belle, peut-être jolie, et sans formes aguichantes ? Qu’est-ce qui se cache derrière ces yeux un peu tristes qui regardent l’horizon, au-dessus de la mer, du haut de son siège surélevé ?

Et le drame survient !

Michelle et ses amis découvrent le corps d’une jeune fille sous le quai. L’enquête est confiée à Sam Garcia, un policier local qui agira avec Michelle comme un père protecteur. Dès ce moment, l’enquête sur la mort de la jeune fille et l’histoire d’amour de Michelle se croiseront et s’entremêleront pour former un récit touchant, sensible et haletant. Mélange parfait pour tout amateur de littérature.

Johanne Seymour a fait le choix de se mettre dans le « cœur » de cette adolescente de 16 ans ; probablement parce qu’elle s’y retrouvait quand même un peu … Un roman écrit au « je » est toujours plus difficile à réaliser. Une auteure adulte, avec une certaine expérience de vie, qui doit se mettre dans la peau d’une adolescente, exprimer ses pensées et ses réflexions, avec son langage particulier et ce, sans laisser de côté son style d’écriture, voilà le pari que l’auteure a surmonté ! Même si parfois, on se demande si la grande maturité du personnage n’est pas un peu exagérée.

Cette incursion dans un passé pas si lointain nous transporte dans une de ces petites villes de la côte est américaine où chaque été, des histoires d’amour se créent et se terminent aussi rapidement qu’une descente dans les montagnes russes. On se prend d’affection pour les personnages, on y reconnaît certains traits de nos parents et on se rappelle ces vacances qui nous ont laissé quelques souvenirs agréables … ou pas.

Un conseil pour compléter le portrait : lisez le roman et tenez votre tablette ou votre téléphone intelligent pas très loin de vous. Tout au long du roman, Johanne Seymour parsème son récit de chansons des années 60 et qui font remonter à l’esprit, des airs, des paroles et un rythme bien particulier de cette époque. Beach Boys, Beatles, Robert Charlebois, Neil Diamond, nous revivons notre jeunesse dans les yeux et les oreilles de ces jeunes. Et pour les plus jeunes, voilà l’occasion d’alimenter votre IPhone de chansons qui vous feront du bien.

« Wildwood » est un excellent roman d’atmosphère où vous assisterez aux hauts et aux bas d’une jeunesse qui apprend à devenir adulte dans un climat qui ne favorise pas nécessairement les apprentissages. À travers les yeux de Michelle, parfois scintillants de bonheur ou à d’autres moments noyés dans une peine aussi immense qu’une ado peut la ressentir, l’auteure vous charmera par cette histoire d’amour d’été doublée d’une enquête sur la mort d’une jeune fille.

Pas un moment où l’on s’ennuie ! Une fois le roman terminé, quand les émotions s’estompent graduellement et que nous nous retrouvons à l’automne 2014, assis dans notre chaise de lecture, on applaudit le défi réussi de l’auteure … Et on en redemande. Sans oublier, évidemment, le plaisir anticipé de retrouver son personnage d’enquêteure fétiche !

Quelques extraits pour vous mettre l’eau (de mer) à la bouche !

« Moi, j’avais seize ans et je n’avais qu’un désir : quitter l’adolescence qui me pourrissait l’existence. »

« Mes parents vivent en vase clos. Parfois, j’ai l’impression de les regarder de l’extérieur du bocal. »

Existe-t-il une personne, n’ayant jamais eu ce genre de réflexion. J’avoue l’avoir vécu comme ado … mais aussi comme parent !!! Ah misère !

« Je maudis l’adolescence. Ce purgatoire par lequel on doit nécessairement passer pour devenir adulte, mais pour lequel il n’existe aucun manuel nous indiquant comment en sortir. Je me demande même si la vie adulte n’est pas un mythe. Si il y a vraiment un « après-adolescence » … »

Bonne lecture !

Wildwood

Johanne Seymour

Libre Expression

2014

245 pages

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
K
Ah oui, ça donne très très envie, ça!<br /> Bien noté!
Répondre
R
Tu m'en donneras des nouvelles !<br /> Bonne lecture !
A
A lire avec la musique qui va avec.
Répondre
R
Tout à fait, Alex ! Ça double le plaisir !