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Publié par Richard

"La grande liquidation" de Patrick Senécal

Je viens de terminer la lecture du quatrième volet de la série Malphas, « La grande liquidation ».

Ces personnages, tous irréels dans leur réalité, avec un brin de folie, une dose de fantastique et ce petit frisson de peur qui nous surveille pour mieux nous surprendre (comme des corbeaux diaboliques !!!) ; Et ils me manquent déjà ! Oui, je m’en ennuie déjà !

Nicolas Sarkozy, professeur passionné, courageux devant l’adversité, mais si faible devant un soutien-gorge bien garni. Et tellement sympathique ! Ce chevalier des temps modernes qui veut résoudre l’énigme de la cave désenchantée, détruire ce château maléfique, et conquérir la belle Rachel. Tout en découvrant, de plus en plus, une amitié indéfectible avec son Sancho Pança au langage si particulier et au journalisme lyrique comme un rapport de police.

Parlons-en de ce Simon Gracq, fidèle ami, prêt à tout et au pire pour supporter Sarkozy ( et aussi Hollande …). Comme je vais m’ennuyer de ses phrases alambiquées, de sa poésie urbaine et de ses réflexions drôles mais constructives. Ah que j’aime ce personnage ! Tellement plaisant à lire que l’on ne pense pas à la difficulté que doit connaître Patrick Senécal à écrire ces textes !! N’essayez pas ça à la maison, Senécal est un professionnel !!!

Et quel plaisir prend-on à haïr ces affreux Archlax, père et fils, qui ont conçu ce projet maléfique grâce à leurs alliances sardoniques. Ne nous gênons pas pour mettre dans le même panier leurs sous-fifres, pleutres et veules, le médecin Durencroix, le policier Garganruel et le toujours présent garde de sécurité, Fork. Une équipe soumise à la terreur du vieux Archlax, obnubilé par son projet diabolique.

Je réserve un paragraphe spécial aux deux sorcières Fudd : la très vivante Mélusine aux talents limités par ses excès éthyliques et sa mère, Médusa, assise sur le divan depuis sa mort et qui jette un regard vide mais pertinent sur ce qui se passe autour d’elle.

N’oublions pas ces enseignants de la salle de profs, si particuliers mais criants de vérité, cette sympathique Zoé Zazz, ce Davidas qui ne comprend jamais rien, Valaire, le poing dressé, prête à tous les combats et surtout, l’exubérant Mortafer aux désirs sexuels incontrôlables. Et les classeurs qui s’ouvrent tout seuls, difficiles à oublier ! Et au milieu de ce local, la très belle Rachel, intrigante et mystérieuse, mue par un objectif qui nous est insaisissable jusqu’à la fin du roman.

Et enfin, dans une atmosphère de printemps érable marqué par l’affrontement entre les étudiants au carré rouge et ceux qui voudraient franchir les piquets de grève, sous le plancher du rez-de-chaussée, dans cette cave au bout de l’ascenseur au code secret, se vit un drame, dans cette petite société particulière marquée au sceau des difformités et des handicaps mais aux forts accents d’humanité.

Oui, ils vont me manquer mais ils m’auront laissé une bonne histoire, bien racontée où le lecteur accepte de jouer le jeu et de donner toute la crédibilité à ce qui se passe dans ce CEGEP, au centre de la très célèbre ville de Saint-Trailouin. Si on se rappelle, à la fin du 3e tome, Julien Sarkozy quittait Malphas sous la menace des Archlax de s’en prendre à son fils, s ‘il continuait l’enquête. On le retrouve donc à Drummondville, libraire dans un commerce de livres usagés. Le départ de son fils pour l’Europe, réveille en lui le désir de l’intention de vouloir (Simon Grack sort de mon ordinateur !!!) retourner à Malphas pour enfin, reprendre son enquête et arrêter les agissements des Archlax.

Grâce à la magie de Mélusine Fudd et à l’aide précieuse de Simon, il pourra enseigner au CEGEP sans qu’il soit reconnu et peut-être, faire mentir la prédiction que tout se terminera dans les pleurs, son sexe en érection et les mains ensanglantées.

Évidemment, quand on connaît Patrick Senécal, la fin ne pouvait être banale. Je dirais même que ça frôle le grandiose, l’affreux et l’horrible, décrit avec la maestria du maître de l’horreur, sans tomber dans la facilité et le morbide. C’est presque beau ! Et le dernier chapitre !!! Tout en tendresse et en optimisme … mais en nous laissant une petite touche d’amertume et de scepticisme ! Une fin magistrale !

Oui, je vais m’ennuyer des personnages de Malphas, mais aussi de l’humour de l’auteur, des phrases alambiquées de Simon et de ses comparaisons parfois caustiques mais toujours drôles. La série des Malphas est terminée mais heureusement, Patrick Senécal écrira encore ! Et nous fera longtemps profiter de son imaginaire bien à lui !

Pour faire durer le plaisir, voici quelques extraits de ce 4e Malphas :

« N’ayons pas peur des mots : je suis bouleversé. Je ne croyais plus me retrouver devant une classe un jour, alors imaginez. Et même si c’est à Malphas, face à des jeunes qui sont aux étudiants ce que la musique rap est au féminisme, je ne peux m’empêcher d’éprouver le même sentiment proustien que ressent le républicain chez un armurier. »

Celle-là, pour me faire plaisir : « Je crois comprendre où il veut en venir et je le considère avec le même scepticisme que si j’entendais le gouvernement annoncer un investissement majeur en éducation. »

Un clin d’œil de l’écrivain : « Bon, OK, j’avoue que ma comparaison de tout à l’heure provenait de Gracq, mais je ne suis pas le premier écrivain qui pique les phrases de son entourage. »

Du bon Simon Grack : « … mais il a tellement insisté ses acharnements que j’ai fini la conclusion en accédant à l’acceptation. »

Et pour terminer, du grand Simon Grack : « En direction de l’avant, camarade ! On a un blind date avec un rendez-vous de l’Histoire ! »

Bonne lecture !

La grande liquidation

Malphas, tome 4

Patrick Senécal

Alire

2014

587 pages

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A
Bonjour M. Richard,<br /> <br /> Vous vous surpassez, dans cette critique. Vous êtes toujours très intéressant à lire mais là, c'est magique. Vous nous donnez tellement le goût de le lire! Remarquez, je ne suis pas difficile à vendre, avec Patrick Senécal, je l'adore aussi. Merci pour cette magnifique critique.
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R
Bonjour Annie,<br /> C'est très gentil de votre part !<br /> Il est vrai que certains auteurs que l'on aime plus particulièrement, nous inspirent et nous permettent d'écrire des chroniques qui ont de l'allure ... !<br /> Merci de votre gentillesse et au grand plaisir de lire vos commentaires !
É
Je suis jalouse!<br /> <br /> Je n'ai pas encore lu le dernier Malphas mais les trois autres m'on fait une furieuse impression! Cette façon qu'il a de glisser une critique sociale vigoureuse dans une histoire hautement improbable et rigolote, la profonde québécitude de son récit, les gags songés, ce Senécal est un de nos grands...
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R
Le Malphas 4 répond à toutes tes attentes !<br /> Du grand Senécal ! L'unique !