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Publié par Richard

"Repentir(s)" de Richard Ste-Marie

Richard Ste-Marie est un auteur qui prend une place de plus en plus importante dans le paysage du polar québécois. Son personnage de flic philosophe, Francis Pagliaro, ce policier honnête, sans histoire, amoureux de sa femme et cultivé comme un professeur de CEGEP, charme de plus en plus, les nombreux lecteurs qui ont la chance de le rencontrer, au cours de ses enquêtes.

J’avais beaucoup aimé « L’Inaveu » et je me suis régalé en lisant les deux versions de « Un ménage rouge » ! Cet exercice, pas du tout désagréable m’avait permis de sentir l’évolution du style et de l’écriture de l’auteur. « Repentir(s) », son dernier roman qui sort cette semaine chez votre libraire préféré, confirme le tout : Richard Ste-Marie est maintenant un incontournable de la littérature québécoise.

Dans « Repentir(s) », l’auteur nous fait découvrir le milieu des arts et des galeristes. Au fil de l’enquête, en même temps que Pagliaro, le lecteur arpente les méandres de ce milieu un peu hermétique mais tellement fascinant. Et ce, sous le thème des « Repentir(s) » ! Au pluriel pour souligner ces moments de vie que l’on veut effacer, que l’on cache sous une nouvelle couche d’images ou de souvenirs, que l’on voudrait bien masquer mais qui ressortent au simple regard d’un œil averti.

Tout cela commence par un double meurtre à la galerie Arts Visuels Actuels. Le galeriste Gaston « Faby » Lessard (aucun lien avec le Victor de Martin Michaud !) et le lieutenant de police, Frédéric Fortier, sont retrouvés assassinés. Aucun lien ne semble rattacher les deux victimes. Dans la galerie, une série de tableaux sont accrochés. Le peintre, Andrew Garisson avait donné à son exposition le titre de Repentir.

L’enquête est confiée à Pagliaro ! Le meurtre d’un policier est toujours une affaire délicate et le sens de la justice de l’enquêteur est une garantie que l’affaire sera bien menée.

Tout en douceur et en nuances, le Spinoza des enquêteurs se rend compte que le marchand d’art possédait un arsenal de méthodes assez peu orthodoxes et qu’il laissait sur son passage beaucoup de frustrations, de haine et d’ennemis potentiels : magouilles de toutes sortes, ventes virtuelles pour faire monter les prix, production de faux et de copies, etc. En bref, son entourage possédait toutes les raisons pour le détester et pour le tuer … avant que la peinture ne sèche ! Et ce qui complique les choses, c’est que contrairement au galeriste véreux, l’enquête ne révèle aucun élément pouvant justifier le meurtre du policier Fortier !

La solution se trouve peut-être à l’hiver 1966 où un jeune garçon découvre, à son lever, une horreur qui le hantera toute sa vie ou quelque part, dans les années 70, où il fait le dur apprentissage de l’adolescence ? Quel lien y-a-t-il avec ces histoires de jeunesse et les meurtres actuels ? Richard Ste-Marie joue brillamment avec toutes les nuances de sa peinture pour nous faire un diptyque tout en émotions, des événements qui relieront les deux époques.

Comme à son habitude, le philosophe-enquêteur base son travail sur la réflexion. Imaginez la scène : Pagliaro, au centre de la galerie, scrutant les toiles de peintre et essayant de percer les mystères qui s’y cachent, faisant parler les objets, les harmonies de couleur, essayant de retrouver le fil de la possible histoire que voulait, peut-être raconter l’artiste. Absolument passionnant ! Et très instructif ! Cette scène revient quelques fois et on l’attend, on la veut et on l’apprécie ! Petite note en passant, j’ai bien aimé la page couverture qui nous donne une idée assez juste de cette scène et qui dégage l’atmosphère du roman de façon très prégnante.

Richard Ste-Marie réussit ici un excellent roman où l’auteur fait appel à l’intelligence du lecteur. Le récit est fluide, l’enquête bien ficelée, Pagliaro est égal à lui-même (presque parfait !) autant comme mari, comme homme et comme policier. Même comme complice et patron, on sent encore toute l’humanité du bonhomme : sa relation avec son adjoint, Martin Lortie en est la preuve.

Comme à son habitude, ce troisième roman de l’auteur est superbement écrit : du style, de l’humour bien dosé, des phrases bien tournées et tout cela, enrichit l’intrigue pour le plus grand plaisir du lecteur. De plus, compte tenu de l’histoire et des personnages qui l’habitent, Richard Ste-Marie réussit le difficile pari de jouer avec différents niveaux de langage. L’auteur manipule la langue d’un ado d’un petit village de campagne aussi bien que celle d’un critique d’art ou d’un policier philosophe avec justesse et sans ostentation. Cet équilibre donne aux personnages toute la crédibilité et la vraisemblance nécessaires à l’intérêt soutenu de lecture. On y croit et ça marche !

Si vous ne connaissez pas encore Richard Ste-Marie, il est grand temps de remédier à cette lacune. Parce que chacune des enquêtes est complète et autonome, vous pouvez commencer par n’importe lequel de ses trois premiers romans. Et ensuite, faire comme la majorité de ses lecteurs, attendez impatiemment, le prochain !

Voici quelques extraits que j’ai plus particulièrement appréciés :

« Il y a toujours dans les chambres des joueurs ou dans les salles de réunion une espèce de climat discernable provoqué par la cohésion ou la solidarité des participants. Il existe alors une harmonie gestuelle perceptible, équivalente à l’unisson à la musique, une rondeur des gesticulations, une fluidité dans les déplacements des personnes et un alignement des sourires qui en dit long. »

« À l’instar de l’auteur, Francis Pagliaro croyait que si les gens, en parlant d’eux-mêmes ou de leur vie, s’entourent de structures qu’ils finissent par croire, les lieux qu’ils habitent disent tout d’eux. »

« Les maisons ne mentent jamais. »

Et ici, juste pour ne pas dévoiler des éléments importants de l’histoire, je vous fais une citation en blanc, sans texte, juste le numéro des pages. Parce que j’ai tellement aimé ces pages que j’ai relues trois fois, juste pour le plaisir de les relire … !

« Cherche avec ce que tu as en main. »

« … page 273 … page 274 … page 275 … page 276 »

À vous de les découvrir !

Et une dernière, que j’ai appréciée de façon très personnelle !!!

« C’est pourquoi les meilleures critiques – elles sont rares, je peux vous le dire – sont celles qui nous apprennent quelque chose à propos de notre propre travail. Quelque chose qui est présent dans l’œuvre, mais que nous n’avons pas vu, qui nous est occulté, par nous-mêmes. C’est l’ordre caché de l’art. »

Et les dernières pages de « Repentir(s) » vous feront frissonner de plaisir et influenceront sûrement les comportements de Francis Pagliaro dans ces prochaines enquêtes. Et je pense que vous l’aimerez encore plus !! Je n’en dis pas plus. Même que j’en ai déjà trop dit …

Bonne lecture !

Repentir(s)

Richard Ste-Marie

Alire

2014

336 pages

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Commenter cet article
A
J'ai peur d'être ferrée, si je commence.....
Répondre
R
Ce sera agréable, Alex !<br /> N'aie pas peur ...
É
J'ai fait une chouette entrevue avec Richard la semaine dernière, qui devrait paraître très bientôt dans mon Placoteux local. Cet atypique Pagliaro me plaît beaucoup plu à moi itou...
Répondre
R
Tu me feras parvenir le lien ! Je ferai ma petite pub !<br /> Bonne journée, chère amie !
F
Un roman passionnant, intelligent et très bien écrit!
Répondre
R
Tout à fait ! Et un auteur qui mérite d'être lu par un &quot;immense&quot; lectorat !