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Publié par Richard

Andrée A. Michaud vient de remporter le Prix SNCF du polar, prix décerné grâce au vote du grand public. Pour souligner cet événement, je ré-édite la chronique que j'ai rédigée en 2014. 

Félicitations à Andrée !

Une chronique de Richard

 

Andrée A. Michaud m’avait déjà séduit par son roman « Rivière tremblante » et la lecture de « Bondrée » vient me confirmer que cette auteure a un talent fou, qu’elle écrit des romans atypiques et passionnants et qu’à chaque fois, elle prend des risques littéraires énormes et toujours, elle réussit à nous donner d’ excellents romans qui nous laissent bouche bée.

Je vous le dis, sans réserve, il faut lire Andrée A. Michaud pour se plonger dans des polars d’atmosphère où les pensées des personnages vous habitent pendant et après la lecture.

« Bondrée », c’est l’histoire d’un lac et des estivants qui l’entourent.

« Bondrée », c’est « Boundary Pond», lac frontalier où se regroupent, chaque été des familles américaines et des familles québécoises

« Bondrée », c’est le rappel d’une légende, Pierre Landry qui hante les bois entourant le lac depuis les années 40. L’image de ce trappeur qui s’est suicidé à cause d’une femme trop belle qui lui refusait son amour. C’est aussi Little Hawk, cet amérindien qui a connu la violence du débarquement dans Omaha Beach, en Normandie.

« Bondrée », c’est le passé, celui du crime de Esther Conrad et son fameux cœur de pierre.

« Bondrée », c’est aussi le destin de Zaza Mulligan et de Sissy Morgan mais aussi ceux de Andrée Duchamp et de Françoise (Frenchie) Lamar, des jeunes filles innocentes qui jouent à être adolescentes.

« Bondrée », c’est un endroit où on craint la forêt et les pièges qui ressortent de la terre.

Mais avant tout, « Bondrée » est un roman magnifiquement écrit, qui vous prendra aux tripes et qui vous chavirera par les émotions, les peurs et les angoisses qu’il dégage.

Été 1967, tout le Québec vibre pour l’Exposition universelle de Montréal et les jeunes chantent « Lucy in the sky with diamonds ». Les familles arrivent l’une après l’autre et les habitudes reviennent très rapidement.

Le 21 juillet, Zaza revient chez elle à travers bois. La nuit est belle et sa tête tourne sous l’effet de l’alcool. Tout à coup, un craquement dérange la quiétude de la nuit. L’ivresse se transforme en peur. Le surlendemain, on retrouve le corps de la jeune fille, la jambe prise dans un piège à ours rouillé. Accident ou meurtre ?

Stan Michaud, l’inspecteur chargé de l’enquête est américain ; il sera secondé par Cusack, son adjoint. Dès que Michaud apprend les circonstances de la mort de la jeune adolescente, il se rappelle immédiatement le crime, non-résolu, d’Esther Conrad, « … seize ans, l’un des boomerangs qui le frappaient de plein fouet chaque fois qu’un autre était lancé. »

Puis, quelques jours plus tard, Sissy Morgan disparaît à son tour ! Le village est secoué ! On la retrouve dans la même position que son amie, la jambe arrachée à son corps par un autre piège à ours et les cheveux arrachés, scalpée comme au premier temps de la colonie. Ce n’était donc pas un accident ! « Un tueur vivait parmi nous. »

Sans indices, sans mobiles, avec un climat de légende et une violence incompréhensible, l’enquête de Stan Michaud sera difficile.

Andrée A. Michaud nous présente un roman d’une construction très particulière. Comme dans son roman « Rivière tremblante », il n’y a aucun dialogue. Le roman alterne entre un narrateur omniscient et une narration remplie de candeur par la jeune Andrée Duchamp qui pourrait être la prochaine victime. Le lecteur est plongé dans les profondeurs de la psychologie des personnages et envahi par les pensées et réflexions des habitants, des victimes et de l’assassin. En plein jour mais aussi, au milieu de la nuit, fréquentée régulièrement par l’insomnie.

L’auteure nous donne l’impression d’habiter ce bord de lac, de vivre au quotidien l’émoi de ses habitants, tout en assistant au développement progressif de l’enquête des policiers. Tout en nuances et en subtilités, l’écriture de l’auteure nous enchante et les phrases nous charment par leur musicalité et leur tendresse. Au fil des pages, on ressent la douce torpeur des sous-bois, la fraicheur de l’eau sur la plage, l’odeur de la viande qui grésille sur le BBQ et l’inquiétante paranoïa des habitants.

Assis dans la cuisine avec l’homme et la femme, on se doute, plus que les parents, que les enfants écoutent aux portes et participent à la peur collective. Les propos et le point de vue de la jeune adolescente sont rafraichissants, même dans ce climat d’horreur et d’angoisse. À chaque intervention, elle est un peu plus vieille que lors du chapitre précédent ; à chaque chapitre, elle apprend de la vie comment se construire une maturité.

Comment vous dire le plaisir que j’ai eu à lire ce roman ? En vous disant seulement que vous vous devez de le lire !

« Bondrée », c’est aussi un titre incontournable !

Et pour apprécier le style d’Andrée A. Michaud, voici quelques extraits :

« Quand elle prenait cette voix, on entendait le futur qui se précipitait vers nous avec ses gros sabots et on avait envie de se cacher six pieds sous terre, comme si le futur ne savait pas où nous trouver. »

« Ils y avaient tous laissé une part d’eux, un reste de candeur ayant survécu à l’âge adulte, une image, un rêve dans lequel la forêt ne se repliait pas dans une atmosphère d’outre-tombe, dans lequel le monde était encore vivable. Il y avait des lieux maudits et celui-là en était un, qui dissimulait ses pièges depuis des décennies. »

« La mère et la fille n’avaient que leur colère à opposer à la mort et elles se réfugiaient dans une haine sans véritable objet pour éviter de tomber dans le gouffre où vous entraînent les larmes. »

Et enfin, une superbe réflexion de la petite Andrée Duchamp :

« Ça me faisait trop mal de penser que la vieillesse rabotait les matins et laissait des éclisses de bois neuf à l’entrée de votre chambre. »

Bonne lecture !

 

Bondrée

Andrée A. Michaud

Québec Amérique

2014

296 pages

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L
Je suis en train de le lire et je suis bouleversée par l'histoire, mais surtout par la qualité de l'écriture... Rarement lu une histoire si bien racontée. Magnifique! À lire absolument!
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R
Je suis content, chère amie, que tu aimes ce roman. Comme toi, je l'ai adoré ... comme tous les romans de cette extraordinaire auteure. Merci pour ton commentaire !
A
Un roman d'atmosphère ? Là, cela me tente.
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R
Tu vas adorer !
Vas-y Alex !
L
J'ai l'impression qu'il n'est pas sorti en France .... Zut, zut, zut !
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R
Bonjour Laure,
J'ai fait la recherche et le roman est disponible à la librairie du Québec à Paris.
Voici le lien:
http://www.librairieduquebec.fr/livres/bondree-9782764425053.html
Bonne lecture
É
Lazy bird m'avait jetée à terre et Bondrée m'a fait le même effet. Peut-être est-ce dû à cette atmosphère de vacances au bord du lac en 1967. C'est tellement mes propres étés de petite urbaine qui va au chalet qui ressortent à chaque page. Et cette façon de glisser l'angoisse à travers les branches (les vraies branches du vrai bois autour du vrai lac)… Andrée A. Michuad est une vraie, grande écrivaine.
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R
Tout à fait d'accord avec toi, Éliane !
Je suis toujours renversé quand je lis cette auteure qui selon moi, est une des meilleures au Québec ... et même plus ...
Et ce style !
Et cette façon de nous accrocher !
Et ces atmosphères !
Et ces retours vers notre enfance !
J'aimerais tant la recruter pour le deuxième recueil !!!!
Mais ...
Bonne journée, mon amie !