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Publié par Richard

Sam Millar : le roman de sa vie. "On the Brinks"

«Ses mots étaient gluants, comme un escargot coincé en plein soleil.»

«On the Brinks» est un livre puissant. Qui dérange. Et surtout, qui ne vous laissera pas indifférent. Pendant la lecture, parce que nous croyons à l’humanité, parce que nous avons foi en l’homme, on voudrait que «On the Brinks» soit un roman. Et non ! Ce livre est un récit autobiographique, un récit passionnant, une histoire qui s’est passée il n’y a pas si longtemps. Sam Millar n’est pas un personnage de roman: il est romancier et il nous raconte ce qui lui est arrivé !

Présenter le personnage, présenter le romancier, c’est un peu présenter ce livre. Sam Millar est un Irlandais né à Belfast. Son grand-père était protestant et sa grand-mère, catholique. La dispute religieuse s’est arrêtée très rapidement.
« Tous les enfants dont Dieu nous bénira seront tous élevés dans la religion catholique ... Si ça ne te plaît pas, fin de l’histoire.»
Entre un père absent, flemmard et colérique et une mère alcolo, le petit Sam n’a pas eu une enfance heureuse.

Le 30 janvier 1972, son frère ainé l’amène à Derry où il assiste à l’assassinat de treize personnes lors de la manifestation. À 14 ans, le jeune Sam prend alors contact avec la réalité politique et religieuse de son pays. De la violence qui peut en émerger. Il parle de ce moment comme étant le «moment phare de sa vie», une prise de conscience douloureuse de sa réalité de catholique dans une Irlande du Nord en ébullition volcanique.
« Les catholiques sont comme des soucoupes en Irlande du Nord: près de la tasse, mais jamais autorisés à savourer son contenu».

Après une première condamnation pour activités politiques, il retourne à la prison de Long Kesh pour au moins dix ans. Le cauchemar sera intense et violent. L’enfer existe, il est dans cette prison nord-irlandaise.

Commence alors un des récits les plus durs que j’ai lus. Les «blanket man» (ils sont nus, refusant de porter l’uniforme de la prison) subissent une panoplie toujours plus effrayante de tortures physiques et mentales. Ils résistent du mieux qu’ils peuvent au chantage émotif ou carrément à la violence inhumaine des gardes, pervers, sanguinaires et monstrueux. Parfois, un membre de la Rébellion craque. Un son, un bruit annonciateur, un prisonnier reçoit des bottes neuves. Sa démarche lente, les autres prisonniers l’entendent; un léger couinement. Alors, le moral à terre, ils se demandent tous qui sera le prochain à devenir un «squeaky booters» ?

Dans le noir, le froid et la terreur, le jeune Sam Millar résiste et endurcit son corps et son moral.Quand on pense que la limite est atteinte, les matons, pressés par un gouvernement Thatcher qui voudrait bien «régler le problème», inventent une nouvelle fantaisie, une atrocité inimaginable. Je vous laisse deviner ou plutôt lire ce que la créativité perverse de l’humour anglais a imaginé pour peindre les murs de chaque cellule.

Sam Millar nous décrit avec moult détails la façon dont il s’est servi de sa force mentale pour traverser l’horreur de son séjour dans cette prison maléfique. À chaque fois qu’il sortait de sa cellule, son cerveau, d’une façon presque automatique se mettait en mode «déni». Mais les multiples visions d’horreur lui perçaient souvent cette chape d’invisibilité qu’il s’était tissé au fil de ces années de détention.

Puis un jour, huit longues années après son entrée en enfer, Sam est libéré ! Ne pouvant plus supporter l’idée de rester en Irlande, il traverse l’Atlantique pour se rendre à New York où une nouvelle vie l’attend. Une vie de gangster dans le milieu de la pègre new-yorkaise où il apprendra à se faire des contacts et montera dans la hiérarchie de l’organisation.

Puis, c’est le grand coup, le plus grand coup organisé aux États-Unis: un vol de la Brinks qui rapporte à ses auteurs, plus de 7 millions de dollars. Retour à la case départ, c’est-à-dire en prison. Le butin s’est évaporé ! Et la prison devient alors une occasion de prendre la plume et de raconter son histoire.

Sam Millar a écrit deux romans avant de publier son histoire: «Poussière tu seras» et «Redemption Factory». Son écriture est marquée par l’histoire de sa vie. Son style aussi ! Sa plume est acérée presque chirurgicale. Ses images sont souvent frappantes; sa poésie est urbaine, violente ! Sam Millar prend son lecteur par la gorge et lui souffle à l’oreille ses mots, ses phrases. Toujours secoué par la violence de sa prose, on ne sort pas indemne de cette lecture. Et c’est là que fatalement on se pose la question: comment le genre humain peut-il arriver à générer autant d’horreurs?

Je vous recommande grandement ce livre de Sam Millar. Pour savoir ce qui s’est passé, mais aussi, pour apprécier l’écriture de cet auteur un peu spécial.

Bonne lecture !


On the Brinks
Sam Millar
Éditions du Seuil
2013
360 pages

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Commenter cet article

dasola 02/08/2013 07:48

Bonjour Richard, de Sam Millar, j'ai lu "Poussière, tu seras": noir et glauque. Pas pressée de lire "On the brinks" même si je pense que c'est très bien. Bonne journée.

Richard 02/08/2013 12:26

Avec tout ce que nous avons à lire, vaut mieux cueillir le bon livre au bon moment ...quand il est mur, pour nous.
Bonne journée, chère amie !

sam millar 28/07/2013 14:58

Richard. Merci, for taking the time to read my book, and for your very kind words. A beautiful review.

Richard 28/07/2013 16:10

Thank you, Sam ! Merci de votre générosité et du temps que vous avez pris pour commenter mon article.
Au grand plaisir de vous lire !

Collectif Polar 26/07/2013 14:57

Sam Millar est véritablement une voix à part dans le polar anglo saxon et dans le polar tout court d'ailleurs . Ta chronique reflète bien cette différence et j'en suis certaine donnera envie à ceux et celles qui ne connaissent pas encore cet auteur de le découvrir rapidement.
Magnifique papier cher RicharD.

Richard 26/07/2013 15:37

Merci beaucoup, Geneviève,
Ton commentaire me fait énormément plaisir !
Je viens de découvrir cet auteur et je me promets bien de lire ses deux premiers romans.
Au plaisir de te lire !
Amitiés