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Publié par Richard

Rencontre de James EllroyJamesEllroy.jpg
Librairie Monet

Montréal

Jeudi 3 juin 2010


Il est entré dans la salle. Immense ! Une présence ! Un monstre sacré !

Une trentaine de personnes subjuguées par le personnage, appréhendant ce qui allait se passer, ne sachant trop comment l’auteur aborderait cette présentation.

Il s’est dirigé vers la table, devant la salle, refusant de s’asseoir. Il est resté debout, du haut de son 1 mètre 87, imposant, regardant la salle avec des yeux perçants, le regard inquiétant, le sourire absent ! Il s’est adossé au mur, comme si il ne voulait rien derrière lui, il a plié le genou, remonté son soulier le long du mur et nerveusement, il a attendu.

L’animateur a fait la présentation de sa biographie, en français. Évidemment, il n’a pas compris mais à certains mots, il détournait son regard qui scrutait la salle, regardait l’animateur et esquissait un sourire, non, plutôt une grimace, une amorce de rictus!

Puis, il a dit quelques mots, nous disant qu’il était content d’être ici et qu’il allait nous lire un passage de son roman, "Underworld USA". Par la suite, il dédicacerait tous les volumes qu’on lui présenterait.

Et là !!! Il a pris les quatre pages photocopiées de son roman entre ses mains, il a jeté un regard circulaire sur son auditoire, il s’est penché vers nous, courbant le dos et ouvrant grand les yeux de son regard intimidant et il a crié fort le mot:


"AMERICA !"

Le premier mot de son roman.

 

La salle figée, chaque spectateur surpris, peut-être même terrorisé par la puissance et la force de ce mot, dit par ce personnage, qui à ce moment précis, était  plus grand que son oeuvre.

 

Il a commencé sa lecture et parfois, il déclamait plus qu’il lisait; il a poursuivi sa lecture théâtrale, d’une voix puissante, gesticulant, parlant avec toute l’expression de son corps, haussant le ton et puis baissant la voix, un véritable comédien qui vit pleinement son texte.

Underworld-USA-copie-1.jpg


Les personnes présentes étaient captivées, même ceux qui ne comprenaient pas l’anglais semblaient hypnotisés par le spectacle de cet auteur nous livrant sa prose, dure, noire et frappante.

Comment ne pas être fasciné par cet être  mythique qui vient nous faire une lecture si prenante. Comment ne pas penser à la tribu, entourant son chaman, invoquant les démons du récit funèbre et dur des dessous de l’histoire de la société américain

e...!, Et nous entourions ce sorcier des mots, juste pour le plaisir de se faire raconter une histoire ... Et le méchant, non, le créateur du méchant, du serial killer, du politicien véreux, du policier ripoux, du parrain de la pègre, le créateur de ces personnages fascinants, était là, devant nous, nous racontant avec verve, l’histoire qu’il nous avait écrite. À cet instant précis, il l’avait imaginée juste pour nous, uniquement pour nous.

 

Par la suite, monsieur Ellroy a répondu aux quelques questions que la salle lui a posées.

Je lui ai d’abord fait la remarque que je ne pourrais plus jamais lire un de ses livres sans m’imaginer le voir et l’entendre me raconter l’histoire, avec toute sa théâtrale éloquence. Et là, il a souri !!!

Par la suite, il a évoqué sa façon d’écrire, premièrement en récitant son histoire dans une petite enregistreuse, en lisant à haute voix les dialogues, en recopiant ce texte et surtout, au départ, en se donnant un synopsis très détaillé. Et chose surprenante, il écrit à la main ... pas d’ordinateur, pas de téléphone portable, pas d’internet ... rien que l’information dont il a besoin pour écrire ses livres.

Une réponse étonnante quand un participant lui a demandé si il était satisfait des adaptations cinématographiques faites à partir de ses romans. Réponse claire, précise, sans équivoque: mon roman est terminé, je suis satisfait de mon travail.

 

Pour le cinéma, je vends mon oeuvre pour de l’argent. Le reste, je m’en fous, ce qu’ils en font, aussi !!!

 

Comme la salle était composée à majorité d’hommes ( peu fréquent dans ce genre de rencontres), à la question s’il écrivait une littérature d’hommes ... Il a répondu avec un sourire carnassier !!!! Non, j’écris pour plaire aux femmes !!!

Une curiosité ! Toute proportion gardée, il vend plus de livres en traduction française qu’en version originale américaine. Et la dessus, il faut remercier François Guérif son ami et éditeur chez Rivages pour la qualité de la traduction.

 

Un moment où il m’est devenu très sympathique, et où il m’a résolument  conquis, à la fin de la période de questions, il a dit, avec un élan du coeur: «I want to meet you, guys !» C’était le temps de serrer la main de ce diable d’homme !!! Et de lui dire un mot ou deux.

 

Juste une petite déception ... la dédicace très très sommaire ! Le prénom du lecteur... et sa signature ou plutôt le gribouillis de ses initiales qui lui sert de signature !!!

 

En conclusion, on peut affirmer que cette rencontre aura laissé des traces, autant dans la mémoire des lecteurs présents que sur le mur de la librairie !


Je termine ce billet en remerciant chaleureusement Anne-Pascale Lizotte et la librairie Monet pour l’organisation de ces rencontres. Quelle belle façon de jouer son véritable rôle de passeur culturel. Merci !!!



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pichenette 19/06/2010 09:55


Tu as éveillé ma curiosité. Merci Richard.


Richard 19/06/2010 12:42



Oui, c'est un auteur à découvrir ... mais il n'est pas facile à maitriser, pas facile d'accès. Il faut être en forme pour se taper ses livres, son écriture et son style. mais il est unique !


Aux plaisirs



pichenette 19/06/2010 00:45


Bonsoir Richard. Je dois avouer que je n'ai rien lu de Ellroy. J'ai donc lu ton billet sans aucune idée préconçue. Tu sembles avoir été impressionné par sa présence d'une part , et son "show"
d'autre part. Si je dis "show", c'est exprès, certains auteurs ont un discours très rodé pour leurs rencontres avec le public. Une personnalité forte. Un homme peu conciliant. Et un auteur...
comment?


Richard 19/06/2010 01:57



Un auteur très particulier avec des livres très noirs, des thrillers politiques !!!


Passionnant mais pas faciles d'accès !!! Lectures de vacances quand on est reposé !


Amitiés



Tietie007 13/06/2010 12:06


Underworld USA est-il écrit dans le langange télégraphique de White Jazz ?


Richard 13/06/2010 12:09



Non, pas du tout ! Mais quand même, une écriture nerveuse qui peut parfois étonner !!


Bienvenue sur mon blogue ! Au plaisir de lire tes commentaires !



Fleur de soleil 07/06/2010 13:43


Je n'y étais pas, mais j'ai presque l'impression de l'avoir rencontré. Merci Richard. Ton compte rendu est très vivant.
Ce monsieur a une sacré réputation, et apparement il s'en ai montré digne. Du coup je suis encore plus curieuse de le lire.
Amitiés


Richard 07/06/2010 14:06



Merci Fleur de soleil,


Et oui, toute une réputation et il fait ce qu'il faut pour la maintenir !


Cependant il faut lire ce diable d'homme, en vacances ... bien reposé !!!


À très bientôt


Amitiés



Jean-Marc Laherrère 07/06/2010 09:47


A propos de la rencontre à Paris (où je n'étais malheureusement pas), la majorité du public a été soufflée par la lecture. Le problème c'est qu'ensuite la rencontre était mal préparée, dans le sens
où on a laissé la parole au public (oui, je sais, c'est pas bien de dire ça, mais une rencontre avec un auteur ça se prépare, au minimum en lisant ses bouquins ...)

Et le public était en partie venu voir le monstre, pas l'écrivain, et lui a posé des questions cons du style "c'est vrai eu vous êtes un méchant de droite ?", et là, il fait ce que les média
attendent de lui ...

D'où certaines "déceptions" je crois.


Richard 07/06/2010 11:55



C'est vrai que Ellroy donne tout un spectacle et que par ce fait, certains viennent le voir pour ce coté "monstre public". Même les véritables lecteurs de noirs et les "fans" d'Ellroy se laisse
prendre au jeu !


Et avec plaisir, je crois !


Et je t'avoue, Jean-Marc, que c'est quand même, toute une expérience !


Amitiés



Mic 06/06/2010 19:08


Bonjour Richard,

Je viens de lire avec intérêt ton billet concernant James Ellroy.
Personnellement,iIl me semble que ses dernières parutions sont difficilement "accessible" au simple lecteur que je suis.
Je préférais ses premières parutions comme par exemple l'excellent "Un tueur sur la route". Mais dis-moi Richard, je serais curieux de savoir comment les Américains reçoivent ses bouquins, car
"Underworld USA" est bourré de références concernant la société américaine, et il n'est pas évident pour un lecteur moyen de maîtriser tout cela. En tout cas quel veinard! d'avoir rencontrer ce
grand écrivain ... A bientôt Richard, amitiés MIC.


Richard 06/06/2010 19:27



Bonjour Mic,


Tu as tout à fait raison. Ce monsieur ne fait pas dans la facilité et il faut une bonne dose de patience pour se rendre au bout de ses écrits. Je me garde la lecture de son dernier ouvrage pour
les vacances ... là où j'aurai le temps et l'énergie pour lire intensivement (souvent une condition pour certaines lectures !).


Concernant ta question, bien j'ai été surpris d'apprendre que toutes proportions gardées, il se vendait plus de livres traduits en français que dans sa version originale américaine. je pense que
même pour les américains la lecture ne doit pas être facile ... et en plus, ils ne sont pas très férus de leur histoire contemporaine. Auraient-ils un peu honte de ce qu'ils ont vécu depuis le
règne de monsieur Bush ??? Et Ellroy, sans gants blancs, leur remet en pleine figure.


Voilà !!! C'est une modeste opinion ... d'un Québécois qui jette un regard critique sur un pays voisin !!!


À bientôt Mic !


Amitiés



Lilibook 06/06/2010 13:21


ça c'est une belle rencontre !


Richard 06/06/2010 13:47



En effet !!!


Et nous en voulons d'autres !!!



La ruelle bleue 05/06/2010 18:35


Rencontre avec un monstre sacré ! Le personnage a l'air particulier : je me souviens d'une interview donnée sur une station de radio française de service public - un peu trop dans le mode
vénération à mon goût.

Je n'ai malheureusement pas accroché à la seule lecture que j'ai faite (le dahlia noir). Aurais-tu un autre titre à conseiller à une réfractaire ?


Richard 05/06/2010 18:47



J'ai lu Le dahlia noir et America Tabloid .... C'est vrai qu'il n'est pas facile à lire !!! Mais American Tabloid était un petit peu plus abordable (une petite touche de plus ... ou de moins ...)


Je me garde UNDERWORLD USA pour les vacances. Je crois que c'est le genre d'auteur que l'on doit lire intensivement ... sans trop d'arrêt et pas 30 minutes par soir avant de se coucher !!!


Si tu veux et si tu viens sur mon blogue régulièrement, tu verras surement ma critique vers le mois de juillet !!!


Et tu sais, il y a tellement de bons auteurs de polars (va voir la carte de mes auteurs préférés), on est pas obligé d'aimer James Ellroy ... J'en connais des plus géniaux qui méritent grandement
notre lecture.


Mais on ne peut pas dire que ce n'est pas un personnage !!!


Au plaisir de parler livres !!!


Amicalement



Ys 05/06/2010 11:10


Je crois que pas mal de gens ont été déçus par le peu de consistance des questions du journaliste en face et surtout par l'ironie étrange de Ellroy (il y a un singe à la Maison blanche
parait-il...).


Richard 05/06/2010 13:00



Oui, en effet !!!


En personne, Ellroy est assez impressionnant ! Et si tu ajoutes l'ironie ... et un rictus, un peu démoniaque ! Ça devient assez peu rassurant !!!


Bonnes lectures !



Katia Canciani 04/06/2010 23:59


Vois-tu mon sourire ? Il est radieux.


Richard 05/06/2010 01:05



Et c'est tant mieux !Et bien mérité !!!


Merci Katia !


Amitiés



Katia Canciani 04/06/2010 23:32


J'ai de mon côté eu la chance d'assister à une conférence et de discuter pendant long moment avec Michel Conte, en 2007, lors d'un salon du livre où nous étions tous deux invités. (je ne le
connaissais alors pas... Aveu quelque peu gênant !) C'est une rencontre qui m'a marquée. Une certaine aura se dégageait de son être, une grande douceur, une force tranquille, en marche. Mais des
opinions arrêtées et une verve, il ne faut pas s'y méprendre ! Peu de temps après, il s'éteignait.
Ah ! beaux moments de vie, n'est-ce pas !


Richard 04/06/2010 23:44



Qu'est-ce que ça te dit maintenant d'avoir cet impact sur les autres ? De pouvoir marquer quelqu'un par ton écriture, tes mots, tes idées ! Et en plus, tu peux le faire pour un adulte comme moi
(avec la Lettre à St-Ex) et avec les enfants, quand ils te rencontrent dans les écoles .


Quel geste gratifiant quand on peut avoir une influence positive sur le déroulement de la vie d'une autre personne, juste par le fruit de notre travail !


Quelle chance !!!


 



Katia Canciani 04/06/2010 23:07


Quel récit ! J'étais rivée à ton texte. Et quand ce sourire s'est dessiné sur le visage de Ellroy, alors, je me suis dit : moment-chocolat ! Oui, formidable moment-chocolat pour Richard !
J'ai vu Nancy Huston "performer" un texte au Festival Frye à Moncton en 2007. C'était éblouissant. On ne peut plus jamais lire leur œuvre sans entendre leur voix, pas la suite.
Merci d'avoir partagé ce moment avec nous.


Richard 04/06/2010 23:17



Merci Katia,


Je suis très content que cette chronique t'aie plue ! Quel plaisir de recevoir tes commentaires !


Il y a quelques années, j'avais assisté à une lecture de Robertson Davies (tu connais ???); il est mort quelques mois après ... C'était un personnage extraordinaire ! Il a été finaliste au Prix
Nobel de la littérature. J'avais été charmé par cet homme, plus grand que nature. Sa mort m'avait atterré.


Et comme il s'est mis à l'écriture très tard, à plus de 55 ans, on fait rapidement le tour de son oeuvre. Si cet auteur te tente, dis-le moi, je t'en reparle !!!


Bonne fin de semaine, Katia


Amitiés



constance93 04/06/2010 19:37


oh là là, cette lecture t'a totalement transporté ! je crois que je n'ai jamais assisté à une lecture réalisée par l'auteur lui-même de mon côté. j'imagine que cela donne une autre dimension à la
lecture puisque l'auteur vit son oeuvre en la lisant.
James Ellroy a beaucoup de succès en France également mais je ne l'ai pas encore lu. à vrai dire, je ne suis pas très tentée, même après avoir lu des critiques enthousiastes :(


Richard 04/06/2010 19:51



Bonjour Constance,


J'ai assisté à beaucoup de conférences et de lectures comme celle-ci ... et ça toujours été une xpérience extraordinaire !! Deux m'ont carrément jeté par terre: celle d'hier avec James Ellroy et,
il y a quelques années, une lecture de Robertson Davies (selon moi, le meilleur auteur canadien depuis toujours. Queles mois plus tard, ce grand monsieur de 84 ans mourrait !!!! J'avais été
tellement impressionné par cet homme à la grande barbe blanche qui m'a fait, pour une dernière fois, croire que le Père Noël existait et qu'il était devant moi ! À plus de 40 ans, c'est quand
même merveilleux !!!


Bonne journée Constance


Amitiés



Ys 04/06/2010 17:51


Une rencontre certainement mémorable ! Il est venu à Paris en janvier, il est passé par le théâtre du Rond-Point où il a lu des extraits de son roman aussi mais si je me souviens bien des billets
lus à cette occasion, les spectateurs ont été plutôt déçus.


Richard 04/06/2010 19:43



Bonjour Ys,


Est-ce que tu te rappelles pourquoi les spectateurs étaient déçus ???


J'imagine que cet homme a un fichu de caractère ... et si il était dans une de ses mauvaises journées ! D'ailleurs, ici, en conférence de presse, il a engueulé une journaliste reconnue comme du
poisson pourri parce qu'elle avait osé l'interrompre !!!


Tout le milieu littéraire attend d'ailleurs sa chronique qui devrait paraître dans les journaux de la fin de semaine !!


Bonne journée


Amitiés



Pyrausta 04/06/2010 16:01


ça te change de Ken Follett!!! rencontre passionnante sans aucun doute pour le passionne que tu es et qui sait rendre l'atmosphere de ce moment.


Richard 04/06/2010 16:02



Et oui !!! Aucune commune mesure !!!


Merci !!!