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Publié par Richard

Une enquête philosophique  Philip Kerr est un auteur qui rebondit et ses romans ont une double vie. Je parle peut-être à travers mon chapeau mais il me semble que ses romans ont plus de succès lors de leur ré-édition. Je ne me rappelle pas l’effet qu’avait eu la sortie de sa série «Berhard Gunther» à l’époque mais la deuxième édition de "La trilogie berlinoise» a quant à elle, connu tout un succès ... comme si on découvrait un nouvel auteur !!

«Une enquête philosophique» connait actuellement le même phénomène: un succès de librairie, 19 ans après sa sortie !! Étrange !! Quelqu’un peut-il expliquer ce mystère écossais, ce «phénomène para-normal» conçu à l’ombre du château d’Édimbourg ?

Quand j’ai terminé ma lecture de «La trilogie berlinoise», il y a deux ans, je me suis mis à la recherche des autres romans de cet auteur qui était peu connu. Je cherchais surtout ce roman au titre étrange, «Une enquête philosophique» avec une  page couverture intrigante et questionnante (une main qui approchait une clé vers un cadenas dans un écran d’ordinateur). Partout, j’ai cherché ce roman, au Québec et en librairie virtuelle européenne et j’ai obtenu la même réponse: ÉPUISÉ !!

Finalement, les Éditions du masque ont décidé de ré-éditer ce roman !! L’attente fut longue mais le plaisir de lire était à la hauteur de mes attentes.

«Une enquête philosophique» est un roman différent, passionnant, étrangement contemporain et surtout, même si il a été écrit il y a presque vingt ans, il vient sûrement de créer une nouvelle mode: le polar philosophique !!! Oui, oui ! Ce n’est pas juste un titre accrocheur mais une véritable trame romanesque basée sur un dialogue philosophique entre une policière misandrique et un tueur en série féru de réflexion existentielle.

Isadora Jakowicz, communément appelée Jake, est inspecteure principale et doit faire sa place dans un milieu d’hommes, pour la plupart sexistes et condescendants. Pourtant elle est très performante, spécialisée dans les gynocides sériels et reconnue comme une sommité, sauf dans son commissariat. Son patron lui confie enfin une affaire dans laquelle elle pourra  faire ses preuves ... mais quelle affaire ! Elle, la spécialiste des meurtres de femmes, on lui confie l’enquête où les victimes sont tous des hommes ... tués par six balles, dans la tête.

«Je leur tire toujours dans la tête. Pas seulement pour être sûr de ne pas les rater. mais aussi parce que c’est la tête, la leur, la mienne, qui est à l’origine de tous nos ennuis: les leurs et les miens»

Notre tueur et toutes ses victimes font partie d’un protocole de recherche, le programme Lombroso, programme qui, à partir d’une analyse du cerveau et du siège des réactions d’agressivité, fait en sorte de suivre et de fournir une thérapie à chaque homme pouvant avoir des tendances à la violence physique. Le dispositif mis en place permet au Gouvernement de suivre de potentiels criminels avant même qu’ils posent des gestes violents.

Habile en informatique autant qu’en dialectique, Wittgenstein (nom de code donné par le programme Lombroso) détruit son dossier dans le réseau informatique du programme et se fait une copie de la liste des participants ... pour nettoyer la planète de ces personnes potentiellement violentes. Comment ne pas apprécier la grandeur d’âme de ce meurtrier quand il décrit son travail de cette manière: « ... guettant l’occasion propice de lui accorder l’immortalité temporelle de l’âme humaine, c’est-à-dire son éternelle survie après la mort, si tant est que pareille chose existe.»

Commence alors un dialogue passionnant entre l’inspecteur Jake et le philosophe Wittgenstein qui, de chapitre en chapitre, nous amène vers la conclusion la plus inattendue mais la plus évidente! Nous suivons la passionnante enquête menée par l’inspectrice principale et en alternance, le tueur en série explique son cheminement, sa version des faits; et ainsi, de chapitre en chapitre, le dialogue s’installe jusqu’à une intimité bien particulière.

Absolument jouissif comme roman !

Quand on sait que ce récit a été écrit au début des années 90, on se demande jusqu’à quel point l’auteur n’a pas une faculté de devin: corruption politique, montée de la droite et répression font partie du paysage social. L’auteur a même inventé (??) une conséquence effrayante, une sentence qui donne froid dans le dos: le coma punitif. Et tant qu’à y être, entrez donc dans le bureau du psychothérapeute Blackwell qui exige de ses patients «une complète nudité pendant l’entretien ...» .

Cependant, attention, si vous avez aimé «La trilogie berlinoise», il ne faut pas vous attendre à l’atmosphère et même à l’humour de Bernie Gunther ... Même si elle possède un certain sens de l’humour, Jake a plutôt tendance à l’analyse savante qu’à l’entourloupette langagière.

De plus, n’ayez aucune crainte quant à la portion philosophique du roman; quelques phrases, quelques idées viennent enrichir grandement le récit et lui donne un climat particulier, presque intellectuel. Pas besoin d’un diplôme en philosophie pour apprécier ce roman. Le style et la qualité des dialogues de Philip Kerr, son sens de la formule et la qualité de ses personnages sauront vous faire apprécier cette lecture. Vous devriez sûrement apprécier un passage où l’auteur nous fait découvrir les similitudes entre l’enquête policière et la philosophie: à lire par tout amateur de polars !

Laissez-vous porter par l’histoire, appréciez le talent de l’auteur pour vous imprégner de moments haletants et prenants et surtout, assistez, probablement au début d’une nouvelle mode, le roman philosophique !

Voici quelques extraits révélateurs:

Réflexion du tueur en série après un de ses meurtres: «Mais au moins, maintenant que l’autre Dickens est mort, le monde sera peut-être un peu plus sûr pour les femmes. Il va de soi qu’elles n’en sauront jamais rien, et c’est bien dommage, mais ce dont on ne peut parler, il faut le taire.»

« ... ce n’était pas que Jake aimait les femmes, mais plutôt qu’elle haïssait les hommes.»

Et une phrase qui m’a bien fait rire, en pensant aux problèmes technologiques que l’on peut rencontrer avec nos ordinateurs: «C’est bien là le problème avec les gens préposés à la sécurité informatique. Ils ont tendance à penser que tout le monde est aussi ignorant qu’eux.»

Une pensée pour vous, amis lecteurs, une pensée de ce tueur en série ... amateur de lecture: «... sans livre, je suis enchainé à la terre, la lecture fait de moi un Prométhée dé-livré.» Et voilà, un tueur en série, dieu de la connaissance !!!

 

Alors n'hésitez pas à lire ce roman durant vos vacances ... même s'il faut le lire avec attention et surtout, beaucoup de réflexion ! Un plaisir pout tout amateur de polars !

 

Bonne lecture !

Une enquête philosophique
Philip Kerr
Éditions du Masque
2011
391 pages

 

Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 06/08/2011 16:50


J'avais bien aimé sa trilogie, alors je note.


Richard 06/08/2011 21:00



Ce roman n'est pas du tout dans le même registre que la trilogie mais je le considère aussi bon, même un peu meilleur ...


À mon humble avis !!


Merci de ta visite, Alex



Pichenette 20/07/2011 23:34


Un lifting réussi et hop! de nouveaux lecteurs succombent! C'est bon de savoir qu'il y a de l'espoir pour les vieux livres...


Richard 20/07/2011 23:40



... et pour les vieux lecteurs !!!! 



Marie 18/07/2011 14:32


Ce polar sort visiblement des sentiers battus ! Cette originalité me tente bien...


Richard 18/07/2011 15:18



Aloes, tu n'a qu'à succomber à la tentation ...


Bonne lecture, Marie


 



Mimi des Plaisirs 17/07/2011 23:35


J'aime beaucoup le "Prométhée dé-livré"! et le reste aussi a l'air assez captivant, pas trop prise de tête.
Merci pour ce partage contagieux, Richard.
Bonne semaine au soleil!


Richard 18/07/2011 03:01



Merci Mimi !!


Au plaisir de lire !!!


Amitiés !



La Ruelle bleue 17/07/2011 18:17


Tu crois qu'il a été aussi visionnaire quand il a imaginé des "thérapies à poils" ? ;)


Richard 17/07/2011 19:47



Visionnaire ou ... voyeur ???



norbert spehner 17/07/2011 15:47


Précisions à propos de la "trilogie" berlinoise (il faudra bien lui trouver un autre nom un jour...): la série compte maintenant sept titres dont deux ne sont pas traduits: If the Dead Rise not
(2010) et Field Grey (2010). Les deux sont aussi bons que les autres...Un huitième titre Prague fatale est annoncé pour 2011. A conseiller aussi, un roman historique et d'espionnage du même auteur:
La Paix des Dupes (Hitler's Peace) : brillant ! Bref, avec ce Philip, pas question de dire Who Kerr's ? (j'ai honte !)


Richard 17/07/2011 19:44



N'ayez pas honte cher ami !!! En ces temps de canicule, un sourire, ça rafraîchit !!!


Et merci pour l'information.


Amitiés, cher Gourou !!!



Asphodèle 17/07/2011 12:08


hou la la Richard ! Là, tu me donnes vraiment vraiment envie !! Où vais-je le caser celui-ci ? Il est noté en tout cas et j'espère que la médiathèque l'aura !! J'ai déjà lu cet auteur mais je ne me
souviens plus du titre (?), c'est la référence à Bernie et son humour qui m'ont fait tilter !! Je ne viens plus chez toi, tu es un diable "tentationnel" !! ;)


Richard 17/07/2011 12:38



Ne me fais pas cela !!


Je promets ... de ne plus ... !!


Non je ne peux pas !!!


Je vais recommencer ... pour ton plus grand plaisir


Amitiés



Gwenaelle 16/07/2011 16:02


Tu me donnes très envie de le lire! Tu sais qu'il y a encore deux romans mettant en scène Bernie, après Une douce flamme. Ils ne sont pas encore traduits je crois mais ça ne devrait pas tarder... A
bientôt Richard!


Richard 16/07/2011 20:54



Je surveillerai sûrement ces éditions; j'aime tellement l'humour de Bernie et les plongeons dans l'Histoire que nous offre Philip Kerr.


Merci pour l'info !


Bonne journée Gwenaëlle



Emeraude 16/07/2011 11:50


Je l'ai lu tout récemment aussi et comme toi, j'ai beaucoup apprécié ma lecture !


Richard 16/07/2011 13:34



Oui, je sais ! Et j'ai bien aimé l'originalité de ta chronique ! Apprécier un livre à partir de sa 4e de couverture.


Tu as très bien réussi l'exercice.


Tiens, pour mes lecteurs curieux, je mets le lien vers ta chronique:


http://laouleslivressontchezeux.wordpress.com/2011/07/09/une-enquete-philosophique-philip-kerr/


 


Bonne journée et bonne lecture !



Oncle Paul 16/07/2011 11:33


Bonjour Richard
Alors il va falloir que je ressorte ce livre de ma bibliothèque. Je l'avais dédaigné quelque peu lors de sa parution, pourquoi je n'en sais trop rien. Mais j'ai lu de ci de là bon nombre d'éloges
qui m'incitent à le lire ou relire, je ne sais plus trop.
Amitiés


Richard 16/07/2011 13:25



Est-ce à dire que tu possèdes l'édition originale ??? Ou le livre de poche ... que j'ai cherché pendant deux ans !!!


En effet, Paul, ressors-le et tu auras un bon moment de lecture !


Bonne journée



Mamoune.marie 16/07/2011 09:47


bonjour Richard, inintéressant, mais que de réflexions, j'aimerai bien ce genre de livre,attrayant, à noter !!merci Richard et bonne journée..bises Mamoune


Richard 16/07/2011 13:22



Je te le recommande, chère amie ! Tu devrais apprécier !


Bonne journée et bonne lecture !



Pierre FAVEROLLE 16/07/2011 08:58


Salut Richard, je viens de le finir. C'est assez hallucinant, plein d'érudition, et super original. A part certains passages un peu longuets, ce fut une lecture passionnante dans un contexte
rébarbatif (je n'ai jamais aimé la philosophie). Par moments, je me disais que Umberto Eco aurait pu écrire ce roman, c'est dire la somme de ses qualités. Pourvu que plein de gens le lisent !
Amitiés


Richard 16/07/2011 13:22



Tout à fait d'accord avec toi, Pierre ! Et l'analogie avec Eco n'est pas mauvaise, surtout quand on vient de lire, juste avant, Le cimetière de Prague.


Kerr est cependant plus facile d'accès !!


Bonne journée !



Bruno 16/07/2011 08:43


bonjour richard ! très belle enquête effectivement! un roman qui change de ce que l'on peut lire habituellement. Pour ma part je n'ai pas encore lu la trilogie berlinoise, ce qui fait que je
n'avais aucun a priori, aucune attente particulière vis à vis de ce roman quand je l'ai commencé.La découverte n'en fut que plus grande! Reste pour moi à me faire surprendre par ses autres romans,
mais pas pour tout de suite, je ne vois plus le sommet de ma pile, la haut dans les nuages! Amitiés


Richard 16/07/2011 13:18



Bonjour Bruno !


Les éditions du Masque ont publié une dizaine de romans de Philip Kerr depuis 1992. À part La trilogie berlinoise et ses suites ... je ne connais pas les autres ! Je ne sais même pas si ils sont
encore disponibles. Alors, moi ausiis, je donnerai un répit à ma pile à lire et j'attendrai les ré-éditions.


Bonne journée, cher ami !



Yan 16/07/2011 08:33


Décidément, Richard, il va falloir que je me mette à Kerr dont la trilogie berlinoise végète depuis deux ans dans ma pile de livres...


Richard 16/07/2011 13:14



En effet, Yan, je t'y encourage ! Tu feras toute une découverte en lisant le Philip Kerr auteur de romans policiers historiques ou l'auteur de roman policier philosophique.


Bonne lecture !



martine 16/07/2011 00:00


J'ai beaucoup aimé ce roman aussi, particulièrement le jeu de chat et de souris entre le tueur et Jake. On oublie très rapidement qu'il s'agit d'un roman d'anticipation pour plonger uniquement dans
l'enquête, trouves-tu? Bon été!


Richard 16/07/2011 04:28



Bonjour Martine,


Tu as tout à fait raison. On oublie facilement que ce roman a été écrit il y a près de 20 ans, tellement il est actuel !! J'aimerais voir comment réagirait un lecteur qui ne saurait pas que ce
roman n'a pas été écrit dans  les années 2010 !


Bon été à toi aussi.


Au grand plaisir de te lire.