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Publié par Richard

 

 

Ce livrLe poisson mouillée avait tout pour attirer mon regard: un auteur parfaitement inconnu, un titre qui intriguait et une couverture pleine de mystères. La 4e de couverture annonçait que ce livre était le premier d’une série mettant en scène le commissaire Gereon Rath (J’adore les personnages récurrents que l’on découvre au fil de nos lectures) qui évoluera dans l’époque assez mystérieuse de l’entre-deux guerres, à Berlin. Et voilà, tout pour susciter ma curiosité, tout pour anticiper un véritable petit plaisir de lecture.


Et je n’ai pas été déçu. Ou presque !


On connaît peu de choses de l’auteur. Ce qui est intéressant, cependant, c’est que Kutscher est historien et qu’il a été journaliste pendant un certain temps; habituellement, la recette avec des ingrédients tels que le journalisme et l’histoire, ça peut donner quelque chose d’assez distrayant. Mais disons-le tout de suite, «Le poisson mouillé» n’est pas un «page turner» de type américain où chaque chapitre nous force à lire le prochain ... Non, ce roman est construit comme un excellent roman policier où graduellement, l’intrigue se construit; les indices  sont parcimonieusement semés, tout en douceur, par l’auteur et le foisonnement de détails, de personnages, de rues et d’événements, nous demande comme lecteur, une concentration soutenue. L’esprit du lecteur ne peut vagabonder pendant la lecture parce que bien vite, c’est la confusion qui s’installe.


L’histoire est assez complexe et difficile à résumer. Mentionnons plutôt quelques éléments qui vous aideront à comprendre quelle est l’intrigue de ce roman.


Premièrement, Berlin est un des personnages principaux de cette histoire. Ses rues glauques, ses bars mal famés, la drogue, la prostitution, les pots de vin et le trafic d’influence. Voilà, dans ce livre, vous ne visiterez pas souvent les beaux quartiers de Berlin !


Deuxièmement, vous vous retrouvez dans ce climat politique singulier de l’entre-deux guerres, en Allemagne. Devant vous, se dessine un portrait complexe mais fascinant du paysage socio-politique de cette époque. La social-démocratie, le communisme, la montée du nazisme d’un coté; et de l’autre, le gangstérisme, les trafics d’influence, les policiers pourris et la difficile cohabitation entre les différents corps policiers. Et en plus, vous y rencontrerez une galerie de personnages qui illustrent très bien l’atmosphère de cette époque: policiers plus ou moins honnêtes, politiciens véreux, tenanciers de bar profiteurs, prostituées et pourquoi pas, une comtesse russe, un émule du Docteur Mabuse et un certain Adolf.  Et un trésor caché ! Avouez que le défi est grand pour un premier roman d’assurer l’équilibre dans tout cela et d’éviter le désordre qui pourrait devenir assez dérangeant.


Troisièmement, dès les premières pages du roman, un mort. Et en ce qui me concerne, le premier chapitre de ce roman est une pièce d’anthologie. Si l’auteur avait maintenu ce rythme, ce souffle, cette atmosphère pesante et tellement noire, aucun lecteur n’aurait pu se rendre au bout de ces 566 pages. Oui, le premier chapitre est à lire et à relire.


Quatrièmement, vous y apprendrez ce qu’est «un poisson mouillé». Ah, vous voulez le savoir tout de suite ! Alors, vos désirs, chers amis lecteurs sont des ordres. Et comme la 4e couverture le dévoile, je ne me sens aucune culpabilité de vous révéler qu’un poisson mouillé, c’est une enquête non résolue, une affaire non élucidée que l’on met de coté, parfois pour des raisons obscures et pas nécessairement honnêtes et légales.


Et enfin, probablement, une des grandes forces de ce roman, un commissaire, Gereon Rath, typique des commissaires créés par les auteurs contemporains, avec un passé trouble, un charme certain, un goût pour la divine bouteille et un certain succès auprès des femmes. Ce personnage attirera votre attention car il me semble plein de promesses. Il vient d’être muté à Berlin suite à un incident qui s’est passé à Cologne; un événement assez grave pour qu’il soit réaffecté ailleurs. Il semble avoir la gâchette facile et la morale élastique; jusqu’où l’auteur l’amènera-t-il, quels actes illégaux ou immoraux le commissaire Rath fera-t-il dans les prochains écrits de Kutscher. Ou deviendra-t-il le parfait policier irréprochable et vertueux ?


Un élément important et sûrement une influence marquante dans le développement de ce personnage: son père a une influence politique très grande dont il veut se détacher, même si parfois, il n’hésite pas à en profiter. Cette relation sera sûrement un élément essentiel de développement dans les prochaines enquêtes du commissaire Rath.
Et finalement, une question un peu plus fleur bleue: est-ce que l’amour entre le commissaire et la belle sténo-dactylo (non non, oubliez l’ordinateur, nous sommes en 1929 !) Charlotte Ritter fera partie des prochains romans ?


Comme vous pouvez vous en rendre compte, j’ai beaucoup de questions suite à la lecture de ce premier roman. et c’est bon signe !


Au fil de ma lecture, je me demandais si j’aimais ce livre, je ne sentais pas cet élan qui pousse le lecteur à lire un chapitre de plus, le genre d’élan qui t’amène à la dernière page ... juste au moment où le soleil se lève !!! Mais après, j’ai compris que ce livre n’est pas un thriller et qu’il doit être lu comme un polar à caractère socio-politique, en comprenant les conditions de l’époque, en plaçant les personnages dans cet environnement et en suivant l’enquête, tout en se rappelant que nous sommes dans une période fragile et friable de l’histoire de l’Allemagne. «Le poisson mouillé» est un roman d’atmosphère.
Rappelons-nous que l’auteur est un historien et que, au fil de notre lecture, nous serons immergés dans cette période d’ébullition politique de la montée du nazisme en Allemagne. Et alors, tout prend un sens, tout s’explique et surtout, on comprend la portée politique et sociale des gestes posés par les bons ... et les méchants.


En d’autres termes, je vous recommande grandement ce roman mais je vous conseille, avant la lecture, un petit survol historique du paysage politique de l’Allemagne des années 1920-1930. Ainsi, vous pourrez plus facilement apprécier les grandes qualités de ce premier roman. Et surtout, comme moi, vous serez impatients de lire les prochaines histoires de ce commissaire qui je le pense, continuera à nous surprendre.


Voici quelques phrases qui valent une 2e lecture pour leur sensibilité ou pour le contexte:


La pensée d’un homme qui subit la torture: «Le premier coup était toujours le pire. Ceux qui suivaient ne faisaient que répartir la douleur».


Une description politique: « À ses yeux, les communistes étaient le produit du sous-prolétariat qui habitait dans les grandes villes. Ceux qui naissent dans ce milieu-là avaient le choix entre devenir criminels ou bien communistes. Ou bien les deux. Criminel, communiste: pour beaucoup de policiers, cela revenait au même


Une pensée de l’entre-deux guerres: «Il y a trop de gens dans ce pays qui croient que les armes à feu sont la meilleure solution pour régler leur problème.»


Un dialogue percutant:
«- Berlin accueille pourtant tout le monde à bras ouverts !
Oui, avec les poings prêts à frapper.
»


Et une dernière: «À la façon dont il leva les yeux au ciel, on aurait pu croire qu,ayx yeux de Werner Lanke ces personnes «très haut placées» ne pouvaient être que Dieu en personne.»



Aux plaisirs de la lecture.


 
Le poisson mouillé

Volker Kutscher

Seuil Policiers

2010

566 pages

Commenter cet article

Pyrausta 02/06/2010 09:28


les titres en blanc, tres bien!!!


Richard 02/06/2010 11:34



Merci !



Catherine 01/06/2010 22:09


Ah oui, je ne connaissais pas.
Mais je ne pense pas que Berlin actuel ressemble à Berlin des années 20 !


Richard 01/06/2010 22:34



Bonjour Catherine,


C'est vrai mais quelquefois ça peut être intéressant de comparer ce qui est, maintenant, avec ce qui existait, à l'époque.


Je t'encourage à aller essayer ce logiciel de Google; tu y trouveras peut-être ton voisinage et même ta maison.


Amicalement



Pyrausta 01/06/2010 18:20


he!! changement de look!! juste un petit conseil si tu le permets...change la couleur de ta police dans les titres d'article (recopie à chaque fois les adresses, tu iras sur l'article en question
de chez AnnaK)

(http://lemelimelodepyrostha.over-blog.com/ext/http://annak.over-blog.com/)

et sous les articles(ajouter un commentaire etc...)
(http://lemelimelodepyrostha.over-blog.com/ext/http://annak.over-blog.com/);

(http://lemelimelodepyrostha.over-blog.com/ext/http://annak.over-blog.com/);

(http://lemelimelodepyrostha.over-blog.com/ext/http://annak.over-blog.com/)

on ne voit pas grand chose sinon.. j'espère t'avoir apporté de l'aide...


Richard 01/06/2010 22:30



Merci beaucoup Pyrausta,


Je vais travailler la-dessus, avec mes incompétences en informatique. mais j'y travaille fort.


J'ai fait quelques changements et je pense que j,ai réglé certains problèmes mais pas tous ...


Dès que j'ai un peu de temps, je vais m'y consacrer.


Merci beaucoup !!!



Catherine 01/06/2010 11:52


Tu en parles très bien et je suis d'accord avec toi pour la concentration de lecture ; d'ailleurs j'aurais bien aimé qu'il y ait un plan de Berlin pour qu'on puisse repérer les rues, les places, le
'Château-Fort', les bars, les lieux d'habitation des personnages, etc.


Richard 01/06/2010 12:01



Bonjour Catherine,


C'est une excellente idée !


Tu sais, pour certains romans contemporains, je me sers, maintenant, de "Street View" pour visualiser les endroits où se situe l'action du roman. Il paraît que beaucoup de romancier utilise la
même technique. Je trouve ce logiciel fascinant et très aidant pour un lecteur qui aime visualiser les lieux de ses lectures.


Amitiés, Catherine !


Au plaisir de te lire!



Mimi des Plaisirs 30/05/2010 21:56


Tu te débrouilles toujours aussi bien pour rendre compte des livres que tu lis et en restituer le contexte et l'atmosphère mais celui-ci ne me tente pas trop même si c'est une plongée dans
l'Histoire qui parait intéressante.Et puis il est un peu long pour mon contexte actuel: je me dois aussi au jardin...Amitiés de Mimi


Richard 30/05/2010 22:00



Chère Mimi,


Merci pour le compliment !


Vive le jardin !!!


Amitiés



Mic 30/05/2010 19:24


Bonjour Richard,

Sans avoir lu ce livre, il me semble que la partie historique est plus intéressante que l'intrigue en elle-même, en tout cas c'est ce que j'ai pu sentir dans ton billet. La période de l'entre-deux
guerre en Allemagne est effectivement très intéressante! Je t'invite à lire le très bon billet de Mika (LES POLARS DE MIKA) qui a en gros le même avis que toi sur ce livre. A bientôt, amitiés MIC


Richard 30/05/2010 21:51



Merci beaucoup Mic,


J'irai avec plaisir lire le billet de Mika.


Amitiés


 



Agnès 30/05/2010 12:21


Bonjour Richard
C'est une période de l'histoire qui ne m'attire pas beaucoup, mais vu le billet que tu as fait peut être me laisserais je tenter si je le trouve à la médiathèque.
Je te souhaite une bonne journée


Richard 30/05/2010 12:50



Bonjour Agnès,


C'est vrai que cette période de l'histoire de l'Europe n'est pas très glorieuse ... mais après avoir lu La trilogie berlinoise et ce premier roman de Kutscher, j'ai surtout apprécié les
personnages dans cette période, jeur vécu pendant ces moments pas très gratifiants pour l'humanité, leurs valeurs confrontées avec ce que le monde vivait ! Et cela, c'est passionnant !


Alors je te souhaite de bonnes et de belles lectures ... Il y en a tellement, nous avons le choix.


Au plaisir d'échanger avec toi. Tes commentaires sont toujours intéressants.


Bonne journée



Pyrausta 30/05/2010 11:44


j'ai lu une autre critique de ce livre et j'avoue qu'à vous 2 vous me donnez l'envie de la lire
http://1erchapitre.over-blog.com/article-le-poisson-mouille-50308752.html


Richard 30/05/2010 12:05



Merci Pyrausta!


Connaissant ta culture et ton intérêt pour l'histoire, je pense que tu devrais apprécier ce roman.


Bonnes lectures !



Pichenette 30/05/2010 11:02


Cher Richard. Tu m'apprends que la trilogie berlinoise de Kerr est rééditée. Je me souviens d'avoir lu L'été de cristal, il n'y a pas si longtemps que cela. Je ne me souviens plus des autres
titres. S'agit-il de versions remaniées? Cruauté, cupidité, cynisme, l'ambiance était oppressante et m'avait marquée. Brrr!


Richard 30/05/2010 12:10



Oui ! "La trilogie berlinoise " a été réédité l'été passé et j,ai vu, la semaine dernière qu'elle est maintenant, en poche. L'histoire est passionnante, le personnage est bien campé et surtout,
tout le paysage socio-politique de la montée du nazisme et de son vécu, avant, pendant et aprés la guerre.


Tout simplement passionnant !!! Même si le contenu donne froid dans le dos, je te le conseille grandement.


Bon dimanche ! Amitiés, chère Pichenette !



Pichenette 29/05/2010 19:31


Bonsoir Richard. Voilà un billet alléchant: la période de l'entre- deux guerres à Berlin devait être un monde totalement imprévisible, hors normes. Une enquête policière sur un tel terreau doit la
pimenter!


Richard 29/05/2010 19:36



Bonsoir Pichenette,


Merci pour ce gentil commentaire!


Oui, cette période est assez fascinante et je crois qu'avec la réédition des livres de Philip Kerr, nous aurons peit-être le début d'une mode ... passagère !


Mais, la lecture de ce roman nous en apprend beaucoup sur cette période.


Amitiés



Fleur de soleil 29/05/2010 18:21


Bonjour Richard
Ce n'est pas une période de l'histoire qui m'attire, je te l'avoue, c'est pour ça que, malgré ton plaidoyer, je ne suis pas attirée par le livre, même si j'ai été sensible à tes arguments.
Par contre je suis très souvent attirée, comme toi, par la couverture et les titres un peu mystérieux, même si, après avoir lu le 4e de couverture je renonce à lire le livre.
Amitiés


Richard 29/05/2010 19:00



Bonjour Fleur de soleil,


Tu as entièrement le droit de ne pas aimer cette période de l'histoire. Et comme lectrice, tu as le droit de choisir les livres que tu veux lire. De toute façon, avec le nombre de suggestions de
lectures que nous recevons en une journée, il faudrait lire, au moins, cinq livres par jour ...


En ce qui concerne les titres et les couvertures, j'avoue que moi aussi, j'aime bien ce qui est hors norme, ce qui dérange et ce qui fait que je prenne tel livre pour lire la 4e de couverture et
pas l'autre qui ne m'attire pas. Serions-nous des victimes consentantes du "marketing littéraire" ???


Si c'est pour me faire lire un excellent livre, j'aime bien être manipulé par les griffes de l'étiquetage (branding en bon français !!!!)


Bonne journée, Fleur de soleil


Amitiés