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Publié par Richard

Aujourd'hui, je ne parle pas de livres, ni de polars !!!

 

Mais je vous invite à la rencontre d'une lectrice de "Polar, noir et blanc" qui, participant à un site d'écriture, s'est inspirée de mon blogue pour créer une chute à son texte.

 

Je remercie Asphodèle pour ce cadeau ... Très apprécié !

 

Je vous convie donc à la lecture de ce très bon texte.

 

Profitez donc de l'occasion pour fureter sur cet excellent blogue " Les livres du jardin d'Asphodèle"

 

Au plaisir de la lecture ...


 

FUGUE ET BÉMOLS

Les épaules lourdes de neige et de fatigue, le Québécois s’engouffra sous un porche, la peur au ventre. La faim aussi. Deux jours de cavale, de cache-cache avec ce qui portait képi lui avaient mangé le visage de barbe drue. En se frottant la joue, il pensa à sa petite princesse qui n’aimait pas quand il « piquait ». Des larmes épaisses, qui refusaient de couler restèrent au bord des cils comme la nausée amère qui soulevait sont ventre vide. Tapi dans l’ombre, son chapeau feutre lui descendant jusqu’aux yeux, il se laissa glisser le long du   mur décrépit par une explosion de graffitis plus ou moins réussis. Un squat ! la providence se mettait-elle enfin de son côté ? Un sourire sans joie lui parcourut l’échine. Pourquoi et comment en était-il arrivé là ? Sa chute, telle une spirale ébouriffée lui remettait les yeux en face des trous. Il fallait qu’il avance encore au lieu de regarder derrière, un souvenir toujours coincé sur l’épaule, avec les yeux de sa blonde qui ne lâchaient pas les siens. Il ne put s’empêcher de jeter un oeil à sa montre, rescapée qui le narguait en lui donnant l’heure de son autre vie. Celle qui l’attendait là-bas, dans une rue animée de Montréal où dormait une femme sublime, la sienne.


En entendant vers le fond,  les rires ébréchés des occupants, il se dit que non, il ne pouvait pas s’éterniser, piège souterrain où il finirait par se disloquer complètement. Et le lieu n’était pas vraiment isolé. Bloqué dans ce Paris qu’il connaissait mal, il rêvait de déambulations nocturnes, de verres avalés sur le coin d’un zinc luisant, à refaire le monde avec ceux de la nuit, perdus dans leurs rêves trop grands d’errants désanchantés. Juste assis là, avec eux, sur un tabouret, regarder, participer ou se taire. Il aimait aussi ce qu’on ne disait pas. Les silences où son violon pinçait toutes les larmes et les rires de la terre. Sa dernière tournée à Prague était une aubaine, lui permettant d’anticiper la vie sur une année sans avoir à se préoccuper de ses finances souvent distendues. Sauf que Prague avait été le début des ennuis.


Au moment ou la troupe allait quitter l’hôtel, le Stradivarius du chef d’orchestre avait disparu et ils avaient dû rester un mois de plus pour répondre aux enquêteurs, avides de boucler l’affaire. Le gouvernement tchèque ne voulant pas s’empêtrer dans un fait divers en passe de devenir un incident diplomatique,  puisque  certains droits élémentaires au Québec ne leur étaient ni garantis, ni assurés en Europe. Il se grilla une dernière cigarette avant d’affronter à nouveau la neige et le froid qui venaient de s’abattre sur la plus belle ville du monde. Qu’il eût pu passer pour un voleur, allait encore, tous étaient suspects mais voila que Diva Calistia, la soprano avait été retrouvée morte le lendemain du vol, dans la chambre miteuse de cet hôtel de seconde zone qui les hébergeaient gratuitement. En y repensant, il frissonna de dégoût  : cette vieille peau lubrique, qu’il eût fallu dater au Carbone 14 pour savoir son âge exact lui jouait encore une mauvaise partition. Un excédé du tympan lui avait tranché la gorge et les cordes vocales pour être sûr de ne plus entendre ses stridulations matinales qui vous vrillaient les nerfs dès potron-minet. On avait hélas retrouvé son ADN sur les draps, lui qui s’était pourtant toujours tenu à distance de cet hélicoptère ambulant dont les pales du dernier lifting tournaient dans le vide et les replis du visage laid et fané. Sans réfléchir plus avant, il avait pris le premier avion pour Paris. Et aggravé son cas, tout en ne sachant pas comment il avait échappé aux mailles du filet tendu à l’aéroport.


Sur le trottoir d’en face un restaurant attira sa sympathie, quand il lut le nom sur une enseigne épileptique à force de clignoter : « Le Dromadaire Ailé » ce qui lui rappella cruellement qu’il avait faim, qu’il avait jeté son portable et qu’il lui fallait joindre absolument sa femme et sa fille. Il entra dans un décor des mille et une nuits en stuc et en toc, aussi désert que le Sahel où était né l’animal. Une jolie femme, vêtue d’une longue robe blanche exotique l’accueillit avec une joie non feinte : « Vous désirez Monsieur ? ». Encore étourdi par ce passage brusque à une température clémente, il murmura, comme s’il se sentait épié, qu’il mangerait bien quelquechose. « Pardon ? » A son regard surpris, il comprit que son accent y était pour quelque chose. Il était habitué et son surnom n’était pas usurpé. « La carte s’il vous plaît ». Il regarda brièvement le maigre menu où fleurissaient des noms inconnus. « Je commencerai par une salade de pissenlits, s’il vous plaît » dit-il dans un soupir désolé.


Richie referma les pages de ce mauvais polar, soulagé de voir sa  fille dans l’encadrement de la porte, le pouce dans la bouche et son petit lapin blanc serré contre elle. « Papa, papa, tu viens manger les crêpes au sirop d’érable ? » dit-elle en lui fourrant son lapin sous le nez. Il s’empara de l’animal, sachant qu’elle allait lui courir derrière pour le lui reprendre, c’était leur jeu préféré et elle était têtue… Il embrassa sa blonde à lui pendant que sa princesse gesticulait et se dit que la vie valait parfois mieux que de mauvais livres…

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Amélie 12/07/2011 13:36


Bonjour,
Je découvre ton blog à l'instant, en cherchant celui d'Asphodèle... elle est pas belle, la vie ?
En tout cas, chapeau, je n'ai pas bien compris qui avait écrit quoi (le début du texte est le tien, la fin d'Asphodèle, c'est ça ou alors c'est une réponse à un autre texte ?) mais je retiens
l'adresse de ton blog qui m'a l'air tout à fait intéressant !
Bonne journée,
Amélie


Richard 12/07/2011 14:18



Bonjour Amélie,


Je suis très content de t'accueillir.


Le texte est d'Asphodèle ... moi, je ne suis que l'occasion d'écrire, le prétexte ...


Bienvenue sur mon blogue et ne te gêne pas pour me laisser tes commentaires.


Au plaisir de te lire !


Amicalement



Mamoune 09/05/2011 13:03


bonjour Richard,
me re-voilà avec mes commentaires!!
dès que je plonge dans ton univers, je suis aspirée par cette tornade qui m’engloutis au plus profond du livre!
dommage, je n'ai pas assez de temps pour tout lire, mais de passer sur tes textes me procure un grand plaisir
Amicalement
Mamoune


Richard 09/05/2011 13:06



Bonjour Mamoune,


Ton commentaire est très gentil et me fait bien plaisir.


merci pour tes passages sur mon blogue et bonne lecture.


Au grand plaisir de te lire !



Liliba 08/05/2011 21:40


Génial !!!


Richard 08/05/2011 21:40



En effet !!!



Pascale 08/05/2011 20:08


belle chute, pour un très bon texte, j'ai croisé ce blog prometteur et blagueur, qui je crois fera mouche chez bien des blogueurs. bonne soiré


Richard 08/05/2011 21:03



Merci Pascale,


Au plaisir de te revoir !



Mimi des Plaisirs 07/05/2011 15:31


Sympa, Richie...et l'histoire est bien menée. Bravo à Asphodèle!


Richard 07/05/2011 15:44



Et je la remercie encore !!!!



Pichenette 06/05/2011 21:29


Richie, sa blonde et sa princesse... quelle chute! Bravo Asphodèle


Richard 07/05/2011 11:29



Tout à fait !!


Bonne journée Pichenette !



Asphodèle 06/05/2011 16:35


Ah je m'étouffe là !! Mon agent littéraire, rien que ça !! Je n'en ai pas encore, je pense que tu es un sacré négociateur...je te ferai donc confiance^^Faudrait-y qu'il y ait des livres à vendre,
donc je retourne me cacher...^^


Richard 06/05/2011 17:40



Si tu te caches ... pour écrire ... !



Oncle Paul 06/05/2011 16:27


Bonjour Richard
As-tu penser à demander des droits d'auteur ? Non je blogue, je veux dire je blague. Amitiés à Toi et Asphodèle


Richard 06/05/2011 16:30



Tiens tiens, je n'y avais pas pensé !!


Mais je pense que ça serait plus payant si je devenais son agent littéraire ... !!!



Olivia 06/05/2011 16:24


Mais qui voilà ?
^.^


Richard 06/05/2011 16:27



Et bien oui !!!


^^


 


 



Asphodèle 06/05/2011 16:18


Noooon !! Tu as osé ???? Je suis mortifiée...et puis Fofie fa fuffit d'en rajouter, je ne vais plus passer les portes d'ici la fin de la journée...^^Merci Richard mais je t'en faisais cadeau
personnellement, hein !! Et les gens ne savent pas qu'il y a des mots imposés !! Bon, je cours me cacher. Bises à ta blonde !!^^


Richard 06/05/2011 16:22



Oui, oui, j'ai osé pour mon plus grand plaisir ...


Ne te cache pas, au contraire ... Continue d'écrire ...


Amitiés



sophie 06/05/2011 16:01


ah ah ah! j'adore! Asphodèle est une fée! Bonne journée Richie! :)


Richard 06/05/2011 16:09



Merci Sophie,


Au plaisir de te lire !


Bonne journée !



pyrausta 06/05/2011 15:55


elle a une belle plume notre Asphodele!! elle sait mener une histoire c'est sur! et le clins d’œil qu'elle te fait sont savoureux.
Tu as je crois oublié de dire à quel point c'est aussi une femme délicieuse.


Richard 06/05/2011 16:07



Tout à fait d'accord !!


Merci !