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Publié par Richard

BizangoCertains romans nous passionnent, d’autres nous jettent par terre et certains autres nous angoissent ou nous font peur. Et bien, «Bizango» de Stanley Péan m’a tout simplement charmé. Un style tout en nuances, une histoire magnifiquement racontée, des personnages attachants et la découverte d’une communauté bien particulière dans un Montréal multi-ethnique et très contemporain. Un très bon moment de lecture.

Mais avant de vous parler de ce roman, j’aimerais vous présenter ce personnage qu’est Stanley Péan. Dans la dédicace qu’il m’a gentiment écrite lors du lancement de son roman, il présente «Bizango» comme les mille visages du suspense; et bien, à la lecture de la courte biographie que je vais vous offrir, vous verrez quels sont les mille visages de cet homme, qui s’est déjà défini comme un type peu fréquentable !

Stanley Péan est né à Port-au-Prince et a été élevé à Jonquière, dans la région du Saguenay-Lac-St-Jean. Homme aux multiples talents, je n’oserais me prononcer sur son occupation principale: auteur pour la jeunesse, écrivain pour adultes,  nouvelliste, musicien et auteur de chansons, passionné de jazz, journaliste, chroniqueur littéraire, animateur de radio, co-fondateur de nombreuses revues dont l’excellente «Alibis». Pendant très longtemps, président de l’Union des écrivains du Québec, il réussit à peu près tout ce qu’il touche.

«Zombi blues» était le dernier roman pour adultes qu’il avait publié en 1996. Après 15 ans d’attente (on espère que le prochain sera publié plus rapidement), Stanley Péan nous offre un roman qui sort des sentiers battus, indéfinissable, inclassable mais tellement intéressant ! «Bizango» est un peu un roman policier, mais il est aussi un récit fantastique. De plus, l’auteur nous présente quelques facettes de cette communauté haïtienne de Montréal, dans un véritable voyage ethnologique au travers sa population, son histoire récente, ses croyances, les gens qui réussissent et ceux qui ne peuvent pas, les criminels et petits pégreux et aussi et surtout, le langage. Durant toute la lecture, le lecteur sera enveloppé par le soleil du langage créole ... et surpris par la violence de certaines phrases !

Parlons donc maintenant de l’histoire !

Gemme, de son véritable prénom Domino, a quitté son île, remplie d’espoir, pour se trouver une nouvelle vie, pour se donner une chance; à onze ans, sa mère l’a confiée à une famille aisée de Montréal. Au lieu de l’accueillir comme une fille, le père et le fils de la famille, s’en sont plutôt servi, comme bonne et comme objet sexuel. Puis, de famille d’accueil en famille d’accueil, elle s’est retrouvée amoureuse d’un proxénète qui l’a bientôt «mis en service». «Toute sa vie, elle s’était sentie prisonnière des quatre volontés de ceux qui décidaient pour elle ...»

Depuis quelques temps, un être bizarre se promène dans Montréal; il est doté d’un pouvoir spécial, d’une faculté étrange. On ne sait pas s’il est bon ou méchant, tout dépend de la circonstance où il utilise ce pouvoir particulier. Cet «homme» qu’on appelle le «Bizango» se lie d’amitié avec cette superbe prostituée. Poursuivie par son souteneur, elle sera protégée par son étrange compagnon .

Alors, commence une chasse terrible où les proies seront poursuivies par des «prédateurs» aux multiples intentions:

  • Venel Jean-Paul dit Chill-O, patron d’une bande de la petit pègre haïtienne qui vit de la prostitution, de plus ou moins gros larcins et de vente de drogues; Gemme est sa «pute préférée» et sa fuite le met en rogne;
  • Andréa Belviso, journaliste dans un quotidien de Montréal, affectée «aux chiens écrasés» mais qui se passionne pour cet étrange personnage qu’elle pense avoir rencontré à  New-York, lors de l’attaque terroriste du World Trade Center;
  • Lorenzo Appolon, policier haïtien, inconfortable dans ses rapports avec les membres de sa communauté et le sergent détective Carole-Anne Leclerc.


Pendant cette «chasse à la femme», l’auteur met sur leur route des personnages fabuleux qui nous racontent, chacun à leur manière, l’esprit haïtien en exil. Tout d’abord, le très doux Papy Boko, grand prêtre de la religion Vaudou et reconnu comme le maître spirituel de toute la communauté haïtienne de Montréal. La cartomancienne Mado Lafortune, ancienne partenaire d’arnaques avec le «Bizango». Marie-Marthe, la femme de Lorenzo Appolon, propriétaire d’un restaurant où aura lieu un événement marquant de l’histoire. Et finalement, Jeremy Shelley Wells, personnage énigmatique chez qui se réfugient Domino et le Bizango; le vieil homme, malgré sa cécité, est capable de voir et de sentir les événements qui se dessinent autour de lui.

Le roman de Stanley Péan possède toutes les qualités que l’on recherche dans une lecture de polar. Une valeur ajoutée vient augmenter notre plaisir de lire: ce voyage dans la culture haïtienne, ce bain dans le langage créole donne une saveur poétique à l’histoire, même si parfois les mots sont durs.

Certains amateurs de romans noirs, purs et durs, pourraient être dérangés par le côté fantastique du personnage principal. En ce qui me concerne, cet «aspect magique» du Bizango que vous découvrirez en lisant le roman, se trouve complètement justifié. Dans l’esprit et le climat du récit et dans le développement de l’histoire, cet envoutement, cette malédiction nous apparait comme étant tout à fait naturels. Voilà le tour de force que l’auteur a réussi !

J’ai aimé ce roman qui devrait plaire à tous. Je vous le recommande pour le plaisir de découvrir cette communauté par les yeux d’un auteur de talent. Je vous le recommande aussi car quelque part, «Bizango» est le roman d’un Montréal actuel, d’un Montréal multi-ethnique, avec ses difficultés d’intégration et parfois ses moments tendres de mixité culturelle. Je vous le recommande également pour ce qu’il est aussi: une très belle histoire d’amour !

Et pour vous mettre l’eau à la bouche, pour vous faire goûter à toute la poésie de la langue créole, je vous offre, au nom de l’auteur, ces quelques extraits:

«Fuckin’ bouzen, pa kwè ou ka fuck avè m, non.»

«Mèt, men gen yon lot nan pitit ou ki tounen Men Domino, wi.»

Et une superbe berceuse, que la plupart des petits Québécois connaissent:
«Dodo, tipiti manman
Dodo, tipitit papa
Si w pa dodo, krab la pral manje w
Si w pa dodo, krab la pral manje w.»


Ah oui, vous voulez la traduction? ... Aucun problème, en lisant ce très bon roman, chaque phrase écrite en créole est traduite par l’auteur; vous n’aurez donc aucune difficulté à bien comprendre les quelques phrases en créole du roman. Et, en plus, la lecture de cette histoire, vous permettra de vraiment savoir, ce qu’est un Bizango.

Et afin que vous ne m’en vouliez pas trop, je vous laisse avec le lien pour entendre la très belle chanson écrite par Stanley Péan, chanson qui accompagne très bien la lecture de ce roman.

http://www.stanleypean.com/?page_id=574


Bonne lecture !

Bizango *
Stanley Péan
Les Allusifs
2011
295 pages

 

* Disponible également en France

 

Le site de l'auteur:
http://www.stanleypean.com/

Commenter cet article

Marie 06/06/2011 15:11


Pffttt... Je ne sais pas ! L'héroïne a l'air un peu déprimante avec toute cette quantité de malheur qui s'abat constamment sur elle...


Richard 06/06/2011 15:36



Non, ce n'est pas si pire que ça !!! On arrive à sortir de ce roman sans trop déprimer !


Bonne lecture.


Amicalement !



Venise 03/06/2011 01:44


Ça fait 2 fois que l'on m'en parle en bien en 2 jours. Ça commence à peser, surtout que je le connais pas ses articles seulement.


Richard 03/06/2011 04:17



Et bien, je te le conseille deux fois plutôt qu'une !! Un excellent roman que tu pourras sûrement apprécié !


Bonne lecture !



Catherine 02/06/2011 16:18


Ben, par mail tout simplement ! Ou par le formulaire 'Contact' d'OB. Bon weekend et à bientôt !


Richard 02/06/2011 21:31



Parfait !!! Je le fais tout de suite.


Merci !


À très bientôt



Catherine 02/06/2011 15:05


C'est donc un polar créole, dommage que tu ne le présentes pas dans le défi Littérature policière sur les 5 continents (il n'y a aucun polar créole). Bon weekend !


Richard 02/06/2011 15:25



Mais pourquoi pas !!!


J'ai négligé mes devoirs sur le Défi ... Je m'en excuse !!!


Je ne me rappelle plus comment faire mais je vais essayer de l'envoyer.


Au plaisir, Catherine !


Merci de ta visite



Mamoune 01/06/2011 20:10


bonsoir Richard,
tu nous mets l'eau à la bouche, c'est vrai que cette histoire semble passionnante, pauvre femme, elle n'a surement pas dû être heureuse !!!
merci pour ton passage sur mon blog.
j'ai pris cette photo il y a 1mois 1/2 environ , un matin où je partais marcher, c'est à 100m de chez moi.
belle fin de soirée, Amitiés
Mamoune


Richard 01/06/2011 21:39



Merci Mamoune,


Au plaisir de te lire !


Amitiés



Asphodèle 01/06/2011 18:42


Oui, enfin, je ne pense pas t'n parler de sitôt hein ?? Entre le moment où je le note dans mon petit carnet, où je l'achète et enfin je le lis, il peut se passer...du temps !! D'autant que
j'attends souvent la version poche, moins onéreuse !! Vil tentateur va !! :D


Richard 01/06/2011 18:44



Ah !!! Si tu savais comme je suis patient ...  



Asphodèle 01/06/2011 18:00


Très beau billet Richard, qui se calque sur la musique et les paroles de Dolorès... De la violence mais aussi un brin de nostalgie, peut-être, pour ce peuple haïtien qui avance d'exil en exil ? Je
le note. En pplus "Les Allusifs" est je crois une bonne amison d'édition... ;)
Amitiés :D


Richard 01/06/2011 18:32



Bonjour Asphodèle,


Je suis convaincu que tu vas apprécier ce roman ... Tu m'en reparleras ...


Aux plaisirs de la lecture ...


Amitiés


 



Mimi des Plaisirs 31/05/2011 18:18


Je suis d'autant plus intéressée par ce livre que je viens de lire un livre d'Ernest Pépin qui se passe à Haïti et que j'ai été séduite par la langue très imagée et par le climat un peu magique de
l'histoire. J'ai publié l'article cet après-midi; donc, si tu es curieux...
Par ailleurs, à l'occasion d'un défi (le 56) j'ai écrit une nouvelle très courte: elle est dans le blog depuis hier. Veux-tu me donner ton avis par mail ?
Amitiés de Mimi.


Richard 31/05/2011 19:23



Bonjour Mimi,


"Bizango" est quand même un polar avec une certaine dose de violence ... mais c'est vrai, que la langue peut apaiser cette violence ... mais aussi elle peut l'amplifier.


Demain, je suis en congé et je lirai ta nouvelle avec plaisir. Et le commentaire suivra ... Évidemment !


Amitiés


 



Claude Le Nocher 31/05/2011 18:03


Salut ami Richard...
Tu as aimé autant que moi cet excellent roman, je n'en suis pas surpris, et ça me fait bien plaisir. Tu as raison de souligner le style car, outre le contexte et l'histoire, c'est diablement bien
écrit.
Amitiés.
[Post-Scriptum : Louise P.est désormais en France]


Richard 31/05/2011 19:19



Bonjour ami Claude,


On semble avoir les mêmes goûts littéraires !!! D'ici le début du week-end, je publierai une chronique sur un autre auteur québécois que tu pourrais grandement apprécier ...


À suivre !!!


Amitiés



sophie 31/05/2011 16:38


La chanson est belle et les paroles donnent envie de découvrir cet auteur...


Richard 31/05/2011 17:18



Et je me permets d'ajouter que le climat de la chanson est très révélateur de l'atmosphère du roman !


Je te souhaite de faire cette très belle découverte ...


Bonne lecture !



Paco 31/05/2011 10:09


Hello. Je viens de te mettre un commentaire d'un moins 50 lignes concernant ton article.. Il n'est pas passé??


Paco 31/05/2011 10:03


Ça a l'air d'une histoire bien sympa.. Très exotique du moins! Je pense que ce bouquin me plairait bien, cette traque, ces proies, sauver sa peau, j aime bien ça. Cet homme mystérieux aussi, j ai
envie de le connaitre.. Merci pour ton commentaire! Je regarderai si ce livre existe ici. Bonne journée


Richard 31/05/2011 12:16



Oui Paco, les Éditions Les Allusifs sont distribués en France. Tu ne devrais pas avoir de difficulté à le trouver ...


Bonne lecture !



gridou 31/05/2011 09:33


J'allais demander s'il y avait la traduction du créole mais j'ai tu l'a précisé 2 lignes plus tard...Plus de question donc ;)


Richard 31/05/2011 12:15



Et oui, l'auteur a pensé à ses lecteurs ... Mais tu verras, je suis certain que tu vas apprécier cette langue si colorée !



pyrausta 31/05/2011 08:42


il est dans ma PAL...


Richard 31/05/2011 12:14



Tu vas adorer, j'en suis certain !


Bonne lecture !



LAURA 31/05/2011 06:49


Encore un qui donne envie, surtout pour le côté découverte de cette culture haïtienne... Merci cher Richard !


Richard 31/05/2011 12:13



Bonne lecture Laura,


Rien ne sert de résister ...!



Lystig 31/05/2011 06:10


Bonjour Cousin


et flûte
re flûte
et re re flûte !

un polar assorti d'un double dépaysement (oui, pour moi, Montréal est exotique... et Haïti à Montréal!), mince, mais quand pourrai-je lire ?

(je t'embrasse, à ce soir)


Richard 31/05/2011 12:19



Re re re flûte !!!



martine 31/05/2011 00:46


J'ai beaucoup aimé ce roman aussi, Richard! Tes critiques sont toujours aussi intéressantes et complètes. C'est un plaisir de te lire!


Richard 31/05/2011 01:02



Merci beaucoup Martine,


C'est très gentil ! Au plaisir de te lire !


Amicalement !