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Publié par Richard


Quand la mort s’invite à une première
est le deuxième roman de Bernard Gilbert (merci pour la précision, monsieur Spehner !!!!). Mais ce roman est lui-même une première ... et fait assez rare, ici au Québec, un polar, historique, politique ...  qui parle des années de la Grande Noirceur (Pour mes amis européens, la Grande Noirceur couvre la période où régnait sur la «Province de Québec», un premier ministre despotique, contrôlant l’ensemble des leviers politiques, économiques et religieux, au nom particulier de Maurice le Noblet Duplessis !!!).

Le roman commence le soir de la Première de la pièce "Zone" de Marcel Dubé, un de nos plus grands dramaturges. Un des acteurs meurt sur la scène ... et quelques minutes plus tard, le régisseur tombe lui aussi. Deux morts foudroyantes !!!

L’inspecteur Marmet est chargé de l’enquête. Policier aux tendances de gauche dans un monde envahi par la droite politique, religieuse et policière, lecteur de Camus et impliqué dans le mouvement syndical, Marmet aura bien de la difficulté à naviguer dans cette atmosphère de corruption, de trafic d’influence, de conspiration ( est-ce que j’ai dit historique ????), dans un environnement inspirant des interventions de groupes révolutionnaires encore peu violents et mal organisés.

Tout au long de cette enquête, nous découvrirons les sales dessous de la politique de ce temps (historiques ???), l’intolérance envers l’homosexualité et les liens pas toujours sains entre le politique et le clergé, et tout cela pimenté de «prostitution de filles et de garçons, (de) détournement de fonds publics ... de trafics d’influence, (de) chantages ...».

Il est évident que pour apprécier pleinement ce roman, la connaissance de la société québécoise des années cinquante est grandement utile. Cependant, en faisant abstraction des noms de politiciens, hommes de clergé et des intellectuels présents dans le roman, on peut, avec un peu d’imagination, changer les noms de ces personnages historiques et en accoler de plus  actuels ... que l’on soit Québécois ou Français.

Un aspect amusant ... le choix des noms de personnages: Hermine Hérésie l’actrice vedette du Théâtre municipal, Jeannette Mance l’habilleuse, Jobidon le chef de police, Bastide Ganglion le député, Edmond Granteuil un des morts. Un roman historique avec des références culturelles qui nous arrachent un sourire !!!

J’ai bien aimé ce roman, surtout pour le choix du sujet et de l’époque. L’ère du duplessisme a été un élément marquant de l’Histoire du Québec et a provoqué, après sa mort, la montée de la Révolution tranquille et de l’indépendantisme.

Cependant, j‘ai eu quelques difficultés avec le développement du récit et le rythme du roman. Il me semble qu’un travail d’édition aurait dû être fait pour accentuer le mouvement et tenir ainsi l’intérêt du lecteur. Cependant, malgré ces quelques moments de longueur, jamais au cours de ma lecture, j’ai songé à quitter «le bateau», le sujet même étant porteur d’intérêt.

Par ailleurs, j’ai bien aimé le style de l’auteur et les quelques trouvailles suivantes montrent bien tout le talent de Bernard Gilbert:

«Chacun des éléments, immobile, compose une métaphore saisissante de la peur.»
Quand-la-mort-s'invite-à-la-première
En entrant à l’Archevêché  «Pas besoin d’un nez exercé pour déceler l’odeur du pouvoir.»

« ... le scandale lèvera tel le sexe de bien des curés devant un jeune élève.»

«Son cerveau tourne comme un derviche en transe.»

En parlant de prostituées: « ... des jeunes filles triées sur le volet pour leur connaissance des choses de la vie.»

« ... le vernis de la foi ne résiste pas toujours aux obligations du règne des apparences.»

En parlant de la politique: «à cet égard, s’en tenir à la vérité devient, de facto, le seul scénario à proscrire.» (J’ai bien dit «roman historique» ???)

En tenant compte du fait que le thème du roman Quand la mort s’invite à la première  n’était pas  simple à développer, j’applaudis quand même à cette production pour en souligner l’audace, le sujet, le choix de l’époque et le traitement historique. Tous les liens, voulus ou non avec notre actualité contemporaine, nous permettent de nous rappeler qu’il faut  apprendre l’histoire pour comprendre le monde dans lequel on vit.

Malgré ces quelques difficultés dans le développement de l’intrigue, je vous recommande quand même ce livre. Je crois que ce  roman est un prélude intéressant à une production qui pourrait marquer le paysage littéraire québécois. Les romans historiques sont souvent difficiles à écrire et demandent tant de recherche, qu’on en retrouve peu sur les tablettes de nos librairies. Mais, quand, en plus, un auteur à la témérité et la fougue pour en faire un bon polar; alors moi, je dis oui ... nous en voulons d’autres !!!

 

Quand la mort s’invite à la première
Bernard Gilbert
Québec Amérique
2010
333 pages

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Commenter cet article

l'or des chambres 04/05/2010 16:57


Oh super... J'ai hâte de venir lire cela alors !
Bonne soirée Richard


Richard 04/05/2010 17:09



Je devrais déposer la première demain matin ...


Il me reste à relire, corriger et à publier ...


Mais le travail m'appelle !!! Il faut bien gagner sa vie !!!


À bientôt



l'or des chambres 04/05/2010 13:24


Je t'avouerais que, pour l'instant, je ne suis pas trop tentée par des polars, surtout si à cela se rajoute de la politique !!! Mais ton billet est très complet, une parfaite analyse de ce bouquin
!
A bientôt


Richard 04/05/2010 13:28



Lis bien mes deux prochaines chroniques ... Pas de polars, pas de politique, pas de meurtres et pas d'enquêtes ... Deux livres d'émotion et de plaisirs !!!!


Tu m'en reparleras !!!


Amitiés



Catherine 03/05/2010 22:14


Non, pas lu la trilogie berlinoise.


Richard 03/05/2010 22:28



Je te le conseille grandement... Tu peux aller voir sur mon blogue ... C'était ma 2e chronique, seulement !!!


Bonnes lectures !!!



Catherine 03/05/2010 18:05


Mais au fait, c'est quelle année environ ? Années 30 ?


Richard 03/05/2010 18:07



Tout le roman se passe au milieu des années 1950, à Québec ... une des plus belles villes de l'Amérique du Nord, si non la plus belle !!!!


 



Catherine 03/05/2010 18:03


Je vois que toi aussi, tu viens de lire un roman policier historique et politique !


Richard 03/05/2010 18:05



Et oui ... et j'adore ce genre !!!!


Tu as lu "La trilogie berlinoise" ????



Fleur de soleil 03/05/2010 11:41


et on lit les livres en buvant du vin...
bonne journée


Richard 03/05/2010 13:12



Excellente idée, Fleur de soleil !!!!


Bonne journée et bonnes lectures !!!



Pichenette 03/05/2010 10:37


Bonjour Richard. Ne connaissant pas l'histoire du Canada, cela semble un livre intéressant qui allie histoire et suspense. Je le recommande grâce à toi à ma fille qui habite Toronto....Merci


Richard 03/05/2010 13:14



Tu lui diras de se documenter, un peu, sur Internet ... pour comprendre l'atmosphère politique de cette époque !!!


Et après, elle pourra pleinement profiter de sa lecture !!!


Bonne journée et bonne lecture !!!



Fleur de soleil 02/05/2010 21:15


re coucou Richard, je viens de parcourir ton blog,tout ces livres... il faudra que je revienne pour approfondir ma lecture, ce soir mes yeux réclament du repos, ça fait un moment que je suis devant
mon ordinateur.
A très bientôt
mais j'en ai quand même profité pour m'abonner, pas folle la guêpe !


Richard 02/05/2010 21:19



Bonjour Fleur de soleil,


Je suis bien content d'avoir une nouvelle abonnée !!!!


On fera de beaux échanges ... je te conseille des livres, tu me conseilles des vins !!!!


Au plaisir de te lire et de te parler de mes lectures !!!


Bienvenue et à bientôt



Mimi des Plaisirs 02/05/2010 19:53


Le duplessisme, quelle découverte pour une ignorante en matière d'Histoire du Québec! Décidément, j'en apprends à lire tes commentaires...Je ne lirai certainement pas Bernard Gilbert, mais j'ai
apprécié le florilège des citations que tu proposes pour nous allécher...


Richard 02/05/2010 20:04



Merci Mimi,


Tu sais, une grande partie des Québécois ne connaissent pas bien leur "Histoire nationale". Cette période, pas si lointaine (un peu plus de 50 ans ....!!!!) a tellement marqué notre évolution !!!


C'est toujours un plaisir de te lire !!!


Amitiés



callophrys 01/05/2010 23:53


surtout quand tu attaques des sujets aussi brulants que la politique,le clergé,la prostitution...le lecteur aura les références historiques anciennes mais ne pourra pas s'empêcher de penser au
présent et de faire des corrélations...
cela dit un roman historique ,si l'auteur est sérieux,est encore plus difficile qu'un autre car il se doit d'être bien documenté..J'en ai helas lus (pas des policiers)qui ne disaient que des
aneries historiques..Alors l'intrigue peut etre bien menee mais c'est lassant de relever sans cesse des erreurs.
Là il n'y a que des Quebecquois qui pourront savoir si les faits historiques sont reels.Ou alors il faut s'interesser de pres au Quebec et vouloir le connaitre sous toutes ses formes.
Ce livre peut donner le declic à quelqu'un de se renseigner sur cette epoque digne de Dumas..LOL..
les phrases que tu as choisies montrent un talent prometteur en tout cas.

Pour comprendre notre temps ,notre monde et notre histoire il faut que nos jeunes aient connaissance de l'Histoire...Peut etre ainsi pourraient ils eviter de refaire certaines erreurs..Mais l'etre
humain etant ce qu'il est..meme avec des connaissances approfondies,je ne suis pas certaine de cela.la cupidite,l'attrait du pouvoir sont des moteurs bien plus puissants quelles qu'en soient les
consequences pour un pays.
Bonne fin de journee


Richard 02/05/2010 00:01



Bonjour Callophrys,


Tu as tout à fait compris le sens de mon propos. Tu fais une bonne analyse de la difficulté d'allier roman, histoire, réel, politique et polar !!!


Mais quand on rencontre une oeuvre qui en allie toutes les qualités ... alors là, chapeau à l'auteur !!!


Bonnes lectures !!!


Amitiés