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Publié par Richard

Pike«So deep in the dark»

Cette phrase d’un journaliste américain pour qualifier l’oeuvre romanesque et cinématographique de David Goodis m’est revenue à l’esprit en lisant le premier roman de Benjamin Whitmer, «Pike». Amateurs de romans noirs, passionnés par les atmosphères de Cormack MacCarthy ou de Jim Thompson, vous apprécierez sûrement ce nouveau venu. Pour les autres, passez votre chemin ou encore, essayez donc cette lecture qui ne vous laissera pas une seconde de repos.

Sans être aussi forte qu’au moment où j’avais lu «Sukkwan Island» de David Vann, j’ai ressenti une sensation particulière en lisant les tribulations infernales de ce Douglas Pike, une impression de commencer une aventure romanesque très intense. À la fin de ma lecture, un peu sonné, la seule question qui me restait: à quand le prochain ?

Mais commençons par raconter l’histoire !

Douglas Pike est un ancien truand qui ne rêve qu’à la retraite. Sa réputation le devance partout où il passe: on le craint. Son passé lui colle à la peau comme une vieille gomme à mâcher sous la semelle. De retour dans sa ville natale de Cincinnati, (pas dans les quartiers chics ...), il vivote de petits boulots avec son meilleur ami, Rory, qui aspire à la gloire et à une carrière de boxeur.

Puis, un jour, une prostituée lui apporte une mauvaise nouvelle et un joli cadeau. Elle lui apprend que sa propre fille, Sarah, est morte d’une overdose ... et qu’elle avait une enfant de douze ans, Wendy. En quelques secondes, Pike apprend la mort de son ex-femme (morte des suites d’un cancer), celle de sa fille et il devient grand-père d’une adolescente. Le long apprentissage de la vie commune commence avec ce papi atypique et cette ado habituée aux lupanars poussiéreux et glauques.

À l’autre bout de la ville, dans un quartier encore plus noir et plus sale, le policier Derrick Krieger fait la leçon à un jeune dealer qui n’a pas respecté les règles. Ses règles à lui, ses règles de policier pourri à l’os. Donc, ici, pas de pensum ni de coups sur les doigts ! Une balle en plein visage achève l’apprentissage ! Krieger ne fait pas dans la dentelle; il vit (et ne dort pas) au rythme de son pacemaker déréglé, autant dysfonctionnel que sa morale et son humanité.

Pike apprend que Krieger manifeste un certain intérêt pour sa petite-fille. Commence alors un chassé-croisé entre un Pike voulant connaitre la vérité sur la mort suspecte de sa fille et un Krieger qui remonte cette filière malsaine vers Pike, Rory et Wendy.

Le lecteur est alors entrainé dans les quartiers les plus noirs de Cincinnati: squats miteux, bordels sales et déprimants, piqueries mortelles, ruelles noires et dangereuses et relais routiers non-fréquentables. Tout porte à croire que ça ne peut que finir dans l’horreur ...

Certains me demanderont: mais alors, pourquoi lire ce genre de romans ? Parce que c’est excellent ! Dépaysement assuré ! Et surtout, quand l’horreur est bien décrite, cette littérature dégage une poésie extraordinairement belle. À cela s’ajoute aussi la qualité de la construction des personnages. Whitmer réussit à nous faire aimer ses pauvres humains qui ont tous un fond de méchanceté même s’ils sont sur la voie de la rédemption. On croit même à son méchant, son très méchant policier, qui aurait pu devenir une caricature. On arrive à se sentir en confiance avec Pike, le vilain, dévoreur de livres que personne ne lit; à apprécier Rory, l’apprenti boxeur qui fantasme sur un avenir meilleur; à éprouver de la tendresse pour Wendy, trainant toujours un chaton dans son corsage et tenant un livre à la main.

Voilà donc des humains pris dans l’étau de leur pauvreté, enveloppés dans leur souffrance et dont l’humanité perce difficilement au travers du bitume fissuré de leur existence. Aimer, est-ce possible dans ce monde ? «Je l’ai toujours aimé autant que j’en étais capable. mais je n’étais pas quelqu’un de très capable.»

Je l’avoue, j’aime cette poésie urbaine, noire, cette poésie de ruelles, cachée derrière des poubelles pleines de détritus, éclairée par une lumière filtrée par la poussière de la ville et le sang séché. Et Benjamin Whitmer s’avère un poète plein de promesses. Réussira-t-il à maintenir ce souffle, lancinant et fascinant ? Pourra-t-il séduire une deuxième fois ses lecteurs exigeants et avides de sensations troublantes ? Je le souhaite grandement.

J’ai beaucoup aimé cette lecture dérangeante qui parfois nous laisse un goût amer dans la bouche. Je serais incapable de ne lire que ce genre de romans mais parfois, juste pour le plaisir du pire et du trop, il est bon de se promener dans ce monde noir et opaque sans aucune nuance de gris (et non de Grey !!!).

Coeurs sensibles, abstenez-vous ! Mais si vous avez le goût de lire du différent, tentez l’expérience, laissez-vous séduire par l’expression colorée d’un monde lugubre et obscur. Amateurs de romans noirs, découvrez ce premier roman qui je l’espère est le premier d’une longue série ...

Je ne peux faire autrement que vous citer quelques extraits qui m’ont particulièrement touché:

«Il n’est pas difficile d’identifier Dana. Elle entre par la porte, le pelvis graisseux en avant, vêtue d’un manteau rose qui semble être passé sous un camion poubelle.»

«Enculé de ta race ! hurle Bogey, tout excité d’avoir trouvé quelqu’un de plus bas que lui dans la chaine alimentaire.»

«Putain de quartier, dit Rory en regardant un chien pelé renifler un coin de neige merdeuse au pied d’une longue rangée de maisons en briques en voie de désintégration qui penchent chacune dangereusement selon un angle de ruine différent.»

«Il est possible de tellement s’éloigner du lieu d’où l’on vient que tout retour est impossible. Tout vrai retour. On peut briser tous les ponts avec le passé, il suffit d’être prêt à s’amputer d’un bout de soi-même que l’on ne craindra pas de regretter le reste de sa vie.»

«Quand je te regarde, je vois un homme à qui un peu plus d’amour pendant l’enfance aurait pu faire du bien.»

Bonne lecture !

Pike
Benjamin
Gallmeister
2012
264 pages

 

La page de Benjamin Whitmer sur le site de Gallmeister.

 

 


 

 

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Commenter cet article

Joelaindien 02/11/2012 10:37

Hello !
un passage et un petit coucou pour te signaler que suite à l'ouragan Sandy,
et les debâts sur les conséquences du réchauffement climatique
j'ai fait une carte des catastrophes naturelles dans le monde depuis 2008,
très instructif sur certains points !
@+

Richard 04/11/2012 13:31



Merci !


Je vais aller y jeter un coup d'oeil.


Au plaisir de te lire !



Mimi des Plaisirs 01/11/2012 15:26

Tu finirais par me convaincre tant tu y mets de fougue et de force ... mais décidément, non, je résiste encore!
Bonne fin de semaine, ami.

Richard 02/11/2012 01:24



Un jour, chère Mimi, je trouverai "LE" roman qui te convaincra !!!


En toute amitié !!



Pierre-Olivier 30/10/2012 02:20

Wow, le livre semble vraiment intéressant. J'avoue que je me laisserais bien tenter. Je n'ai pas beaucoup lu de livre noir et celui là me semble bien pour rentrer dans le genre.
Sinon avant lui, vous aviez mis dans la section Je lis présentement un livre où il y a le logo d'Esso sur la couverture. J'essaye de retrouver le titre du livre, mais je n'y arrive pas!
De plus, j'ai hâte de lire votre billet sur le dernier de Mario Bolduc. La série semble intéressante!

Richard 30/10/2012 03:41



Bonjour Pierre-Olivier,


Oui effectivement, ce roman est une bonne intro au roman noir.


Le roman avec le logo d'Esso est "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" de Joël Dicker. J'ai eu la chance de lire ce roman même si il n'est pas encore sorti au Québec (en France, il est sorti
depuis au moins un mois !). Je publierai une chronique dès sa sortie.


Oui, j,ai adoré les seux premiers romans de Mario Bolduc et j'espère retrouver le même plaisir avec son troisième.


Bonne lecture !



gridou 29/10/2012 20:59

Hum !! ça me tente bien ça...J'aime bien les extraits choisis :)

Richard 29/10/2012 21:04



Je pense que ça devrait te plaire, Gridou !


Bonne soirée et bonne lecture !



Alex-Mot-à-Mots 29/10/2012 20:06

Tu as frissonné de plaisir.

Richard 29/10/2012 20:29



Tout à fait !!!



keisha 29/10/2012 19:47

Mon commentaire était ambigu : je pensais à ce passage de ton billet
sans aucune nuance de gris (et non de Grey !!!).
et non pas un roman de David Vann, bien sûr!

Richard 29/10/2012 20:10



Ahhhhh !!!!!


Je comprends mieux !!! J'avais oublié que j'avais fait une blague sur ce livre ... !


Bonne soirée


 



pichentte 29/10/2012 19:14

Cela semble très tentant, j'aime bien le début de l'intrigue. Et puis, excellent mais noir et opaque alors, ce sera pas pour l'instant! Je note...

Richard 29/10/2012 20:09



Et oui Pichenette, il faut être en forme pour lire ce genre de roman.


Et ça vaut le déplacement !!


Bonne lecture ... quand tu seras prête !!!


Bonne lecture



La petite souris 29/10/2012 19:03

Salut Richard ! Alors voilà,"Pike" est incontestablement le genre de roman que j'aime lire. J'aime ce qui noir, très noir. Celui ci est sur mon étagère et je piaffe d'impatience de le lire mais
j'ai d'autres titres à chroniquer avant alors je le laisse murir comme un bon vin. Les avis sont unanimes, et ton excellent billet ( on sent bien que tu t'es vraiment régalé à le lire!) ne fait que
confirmer la chose. Quand je l'aurai lu à mon tour, je ne manquerai pas de revenir vers toi. En attendant, quand un bouquin fait l’unanimité comme celui ci,j'aime bien aussi trouvé des avis
discordants. Histoire de savoir ce que je n'aurai peut être pas vu, ou mal compris.J'en ai trouvé un qui donne à réfléchir, je t'en donne le lien si d'aventure tu ne connaissais pas le
site.Entendons nous bien, ma démarche n'est pas de jouer les rabats-joie , bien au contraire! juste nourrir une reflexion autour d'un bouquin que tu as aimé, et que je vais sans doute adoré à mon
tour ! Amitiés

http://www.polars.org/spip.php?article430

Richard 29/10/2012 20:07



Bonjour mon ami,


Je suis allé voir cette chroniaue et il q pqrtielle,ent rqison: Cependqny on ne peut comparer un auteur à son premier roman à des icônes de roman noir. Il faut laisser du temps ...a talent de se
développer.


Mais ça ne change rien à mon ressenti. "Pike" est un très bon roman noir et Benjamin Whitmer, un auteur qui possède un grand talent.


Bonne lecture



Éliane 29/10/2012 15:13

Tu as raison Richard, une petite dose de désespoir une fois de temps en temps, ça remet les pendules à l'heure! Pas trop toutefois... la nuit de lâme, c'est contagieux.

Pour ma part, je suis dans le Michaud nouveau, ouf! Chapitres courts, rythme soutenu, ben dur d'arrêter de tourner les pages!

Richard 29/10/2012 15:41



Bonjour Éliane,


Oui, c,est excellent pour la santé mentale, cette petite dose de noir foncé !!!


Ah le Martin Michaud !!! On en prendrait un par semaine de ce genre de romans et de cette qualité !!!


Bonne lecture mon amie !!!



Catherine 29/10/2012 14:10

Un seul mot : noté !
Bonne journée Richard ;-)

Richard 29/10/2012 15:39



Deux seuls mots: bonne lecture !!!


Bonne lecture, Catherine



zazy 29/10/2012 13:58

Toujours aussi délicieux tes commentaires

Richard 29/10/2012 15:37



Merci beaucoup Zazy !!!


Et ils sont bons pour la santé !!!!


Bonne lecture



Sophie 29/10/2012 13:25

Superbe chronique Richard! Tu écris de mieux en mieux, j'ose le dire, oui, je l'affirme, je le confirme, et je le maintiens!
ça donnerait presqu'envie de lire le livre...mais non...pas mon truc en ce moment...je préfère trouver le "plaisir du pire et du trop" ailleurs!
Bonne semaine cher ami!

Richard 29/10/2012 15:36



Merci Sophie,


Si un jour, je mets sur pied un fan club, tu en seras sûrement la présidente !!! (hi hi hi !!!)


En attendant ce moment, j'espère que cet ailleurs est moins noir que ce roman ?


Bonne semaine et bonne lecture, chère amie !



Oncle Paul 29/10/2012 13:21

Bonjour Richard
Je n'ai encore lu aucun ouvrage paru chez Galmeister, va falloir que je m'intéresse au catalogue.
Amitiés

Richard 29/10/2012 15:32



Bonjour oncle Paul,


Il y a de supers bons titres dans cette collection. Je fais partie des inconditionnels ... ou presque !!!


Jamais été déçu jusqu'ici !!!


Bonne journée mon ami



keisha 29/10/2012 13:20

Un peu brut et noir, c'est sur... Mais sûrement plus intéressant que l'autre roman auquel tu fais allusion... ^_^

Richard 29/10/2012 15:31



Question de goût, Keisha !!!


Moi, j'avais adoré ... malgré tout ...



Attila 29/10/2012 12:10

ah Cher Richard !!! inutile d'en dire plus, trois mots suffisent : Gallmeister + Vann + Mac Carthy = OUI !!!!!

je me jette dessus à la première occasion.

quant au dernier extrait : je me tue à le dire sur tous les tons .... et on m'entend rarement ...

Richard 29/10/2012 15:29



Ma chère Attila,


Je suis certain que tu ne seras pas déçu ! Juste secouée, sûrement, par la profondeur de l'abime où se trouve ces personnages.


Et je comprends, par ton métier, comme dans le mien également, le besoin de répéter sans cesse ce genre de phrase !!!


Bonne lecture mon amie