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Publié par Richard

Liquidations à la grecque

«Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s’est passé»

 

Une phrase glanée quelque part entre les méandres de Facebook et les montagnes russes de la twittosphère, une phrase qui m’a fait sourire mais surtout, une phrase qui ne va pas du tout avec l’auteur du roman «Liquidations à la grecque», Petros Markaris. Ce jeune auteur de 75 ans ne perd pas son temps à regarder le passé, au contraire. À l’âge vénérable où chacun aurait tendance à tourner le dos à l’avenir, Petros Markaris jette un regard sur le présent et nous concocte une trilogie.

 

J’adore !

 

Je rêve d’être comme Markaris, Camilleri, d’Ormesson ... et vivre ma vie jusqu’au bout !

 

Bon, revenons à la littérature !

 

Petros Markaris est un auteur grec qui porte un regard acéré et tranchant sur la société dans laquelle il vit. Il fournit à son personnage toutes les occasions de râler et de tempêter contre la circulation, la pollution, l’immigration albanaise et aussi, les travaux exigés par la tenue des Jeux olympiques. Markaris fait de son commissaire un exemple presque parfait d’un policier au mauvais caractère.

 

 

Le commissaire Kostas Charitos a les deux pieds sur le sol d’Athènes et toute sa tête à ses enquêtes. Sans être autant colérique que son collègue sicilien, Charitos ne laisse pas sa place pour faire quelque colères libératrices. Mais Charitos a la chance d’avoir à la maison, une femme qui sait comment le prendre, comment le manipuler (oh !! quel mauvais mot !), comment guider ses choix ...

 

Voyons cela de plus près.

 

Ce sixième roman de la série Charitos commence dans la joie ... ou presque, quelques minutes avant le mariage de Katérina, la fille de Charitos et de Adriani, la femme du commissaire. Phanis (le futur marié) attend à l’église pendant que la mère et la fille scrutent chaque petit détail. Et que le niveau d’ébullition de colère du commissaire monte dangereusement.

 

Dehors, une magnifique Seat Ibiza espagnole, pour ne pas encourager les Allemands, les Asiatiques ou les Français ... pour être solidaire entre pauvres. Elle remplace la vieille Miraflori qui aurait fait les délices du musée Fiat; pas de direction assistée, pas d’air climatisé, pas de tout ou presque ... Pour les habitués de Markaris, la disparition de la vieille automobile de Charitos demeure un moment triste ! Rappelons-nous ses sautes d’humeur, ses colères durant les très très chaudes journées de l’été athénien.

 

Dans cette atmosphère de fête, commence une enquête atypique, placée au centre des problèmes financiers de la Grèce et comme dans une suite du phénomène mondial des Indignés. Des banquiers sont décapités par l’épée (celle de Damoclès ??), les manifestations bloquent les rues d’Athènes, une campagne de tracts immerge la ville de slogans «Ne payez pas vos dettes», «Ne payez pas vos impôts», «Ne remboursez pas les banques». De quoi, énerver grandement les financiers ... et les politiques.

 

Qui se cache derrière cette campagne de publicité ? Quel rapport avec cette série de meurtres? Tous les Grecs ont des raisons de se mettre en colère et dans tout le roman, chaque personnage déballe un mobile possible: perte d’emploi, coupe de salaire, perte de bénéfices marginaux, retraite retardée ou remise aux calendes ... (non, je ne la fais pas, elle est trop facile !!!). Bref, tout un chacun possède une raison de frapper ceux qui ont provoqué un tel pétrin ...

 

L’enquête de Charitos est passionnante. J’adore ce policier qui réfléchit, qui râle, qui peste contre tout ce qui l’empêche d’avancer. Celui qui prend tous les moyens pour arriver à ses fins. Et plaisir sublime, après un bon repas préparé par Adriani ou même, après une bonne dispute sur tout ou sur rien, le repos du guerrier,  se plonger dans son dictionnaire, lieu de savoir, de connaissances mais aussi de réflexion !

 

L’écriture de Petros Markaris est fluide, efficace et toujours teintée d’un humour accrocheur.

« - Tu sais pourquoi tu es le plus intelligent, ici ? lance-t-il en guise de bonjour.

-  Celle-là, je l’entends pour la première fois. Je t’écoute.

-  Parce que tous les autres sont des crétins. Tu es le plus intelligent par élimination.»

 

« ... pour Adriani, la meilleure thérapie, c’est le martyre silencieux.»

 

Sans être didactique et même en étant tout à fait intéressant, Markaris nous présente avec amour, sa Grèce blessée, et dans son économie, et dans sa joie de vivre.

 

Par une analogie avec la bouffe ... qu’il aime tant (surtout les plats d’Adriani ...) ;

«Comme plat de résistance il y a la crise économique et les discussions sans fin avec les dirigeants des partis, les syndicalistes et divers autres spécialistes. Resservi chaque soir, le plat de résistance est devenu soupe populaire. Cependant, le fricot de ce soir évoque plutôt la haute gastronomie.»

 

Ou plus crûment, dans cette triste réalité d’un drame au quotidien ...

«Quand mon mari meurt, sa retraite est supprimée au lieu de m’être reversée. Ce qui veut dire que je vais me coltiner un connard pendant mes quarante années de boulot, me crever la paillasse, lui faire des mômes, il va me gonfler toute ma vie et à sa mort je ne pourrai pas toucher sa retraite comme préjudice moral. C’est ça l’égalité, la justice ?»

 

Je vous recommande grandement la lecture des derniers romans de Petros Markaris. J’avoue que les deux premiers romans de la série sont très moyens mais à partir du troisième, «Le Che s’est suicidé» (son meilleur selon moi ...), vous entrerez dans un imaginaire «à la grecque» qui saura vous charmer. Sous le soleil d’Athènes, pris dans la circulation dense de ses rues, à la table d’Adriani, au commissariat de Charitos  ou en parcourant une page d’un dictionnaire, chaque lecteur y trouvera un petit bonheur de lecture ... hellénique !

 

Bonne lecture !

 

 

Liquidations à la grecque Rue des Libraires

Petros Markaris

Policieurs Seuil

2012

328 pages

 

 Achetez ce livre en ligne sur Rue des Libraires

 

 

Commenter cet article

Malika 08/02/2013 20:35

J'adore la première phrase !!

Richard 09/02/2013 13:49



Je l'aime beaucoup, aussi !!


Merci de ta visite, Malika



Anne 08/02/2013 19:41

C'est bien, j'ai justement Le Che s'est suicidé dans ma PAL ! Je l'aime bien aussi, Charitos...

Richard 08/02/2013 19:44



Bonjour Anne,


Tu me diras ce que tu en as pensé !!


Bonne lecture !



Violette 08/02/2013 19:00

il a bien raison, l'auteur, de ne pas se laisser bouffer par le temps. N'empêche que la phrase initiale est bien vraie...

Richard 08/02/2013 19:29



Merci Violette,


Alors gardons notre coeur jeune !!!



Gwenaelle 08/02/2013 18:17

J'ai prévu de le lire, bien sûr. Je suis fan! Il y a beaucoup à dire sur ce qui se passe en Grèce depuis quelques mois. Je pense que Markaris aura encore de nombreux sujets d'inspiration! Bonne fin
de semaine Richard!

Richard 08/02/2013 18:31



Oui et j'ai l'impression que ce qui se passe te touche de fort près ...


Bonne lecture Gwenaelle


 



La petite souris 08/02/2013 17:59

j'ai découvert l'auteur avec ce roman il y a quelques temps. L'actualité vue de l’intérieur, vécue au quotidien, sans pathos, juste une description acerbe d'une réalité à nos portes.Et une affaire
criminelle qui plonge ses racines dans la plongée en enfer de peuple offert en sacrifice sur l'autel de la finance. Bel exercice, plein d'humanité et d'humilité. j'en redemande

Richard 08/02/2013 18:31



Bonjour chère petite souris,


Et comme ce roman est le premier d'une trilogie, notre appétit sera comblé !!


Salut vieux "chum" !!



Cécile 08/02/2013 15:45

Coucou Richard !
Bravo pour ce billet !!!
Je dois te dire que, même de l'autre côté de l'océan, cette citation qui est le début de ton analyse, me donne l'impression de te ressembler beaucoup ...
Tes billets sont décidément enthousiastes, jubilatoires, bref donnent vraiment envie de découvrir l'univers dont tu nous parles !
A bientôt !

Richard 08/02/2013 18:29



Merci Cécile,


J'essaie vraiment de faire partager le plaisir que j'ai à lire certains auteurs qui me charment. Markaris est un de ceux-là. Et Je suis content que mes chroniques te touchent.


Bonne lecture et bonne découverte !



Attila 08/02/2013 14:05

ce que je préfère "à la grecque" ... ce sont les champignons .... oui, je sais, c'est pas terrible .. mais j'ai pas pu m'empêcher !

Richard 08/02/2013 14:33



Et moi, la moussaka !!!


Amitiés !



Alex-Mot-à-Mots 08/02/2013 11:31

Je note "Le Che" alors.

Richard 08/02/2013 14:33



Tu va adorer !!!



Pichenette 08/02/2013 11:19

Comme toi, cette phrase accroche mon esprit et me frappe par sa justesse.
Et comme Pyrausta, j'aime bien les extraits que tu as choisis.

Richard 08/02/2013 14:32



Merci Pichenette,


Choisir des extraits, c'est comme emprunter à l'auteur les mots pour dire ce que l'on pense ...


Amitiés



Sophie 08/02/2013 07:21

Bonjour Richard, quelques similitudes en effet avec le Montalbano de Camilleri...qui, dans sa toute dernière aventure, affronte l "âge du doute"...Doute dont tu parais vouloir t'affranchir, avec
succès semble-t-il!Tu es le plus jeune homme de la blogosphère, twittosphère, facebooksphère (??)et réalitésphère (!!!) réunies...Alors, à quoi bon lutter, mon cher Richard?... :)

Richard 08/02/2013 14:31



Bonjour Sophie,


Merci pour ce commentaire digne de la Fontaine (pas la fable ...) de Jouvence ... Et comme l'a déjà dit un philosophe célèbre dont je ne me rappelle plus le nom et dont je ne suis pas certain
même de son existence ... "Je ne suis pas vieux, je suis juste jeune depuis plus longtemps ...".


Bonne journée ... je retourne me bercer ...!



Pyrausta 07/02/2013 23:39

Tu me tentais jusqu'à ce que tu dises que les deux premiers ne t'ont pas emballé, qu'il t'a fallu attendre le 3eme et maintenant celui là..Du coup je suis réticente...Pourtant les extraits choisis
m'ont fait sourire...Et toi aussi, avec ta verve coutumière

Richard 08/02/2013 04:41



Bonjour Pyrausta,


Je te conseille "Le Che s'est suicidé" ... C'est une excellente introduction au monde du commissaire Kostas Charitos ...


Bonne lecture !