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Publié par Richard

La huitième vibrationQuel étrange roman !

Première vibration pour "La huitième vibration"  de Carlo Lucarelli !

Je vous l’avoue : j’ai pensé arrêter ma lecture de ce livre au moins cinq fois. Quelle erreur j’aurais faite ! C’était seulement une question d’attitude, d’attente ou même de façon de lire. Si je n’avais pas compris l’invitation que me faisait l’auteur, j’aurais passé à côté d’un excellent livre et surtout, je n’aurais pas eu la chance d’apprécier, jusqu’au bout, un romancier qu’il me tarde de mieux connaître.

Commençons donc par mon désenchantement ! La lecture de la 4e de couverture m’avait complètement séduit. Une galerie de personnages tout aussi loufoques les uns que les autres, un petit village africain envahi par des Italiens colonisateurs, des Africains résignés (??), une mi-sorcière et une petite fille qui danse inlassablement dans un climat d’histoires d’amour, de trahison et de préparation d’une guerre, gagnée d’avance. Il n’y avait qu’un pas à faire pour penser se retrouver dans le réalisme magique des sud-américains ... Oh que non !!!

Les premiers chapitres nous plongent dans cette atmosphère chaude et humide de l’Afrique orientale.

Tout le monde sue ... le lecteur, aussi. L’ensemble des personnages nous est présenté à tour de rôle, en action, en histoire ... et en photographie. On arrive difficilement à faire des liens entre les différents chapitres, entre les personnages et l’action qui se déroule. Je cherchais l’histoire, je devais me laisser bercer par les histoires. Plus tard, au courant de notre lecture, on comprend toute l’importance de cette présentation de personnages dans les premières pages du livre.

Page 99 ! Je referme le livre en me disant que j’avais fait tous les efforts; l’auteur m’avait perdu ! Je repose le livre et comme d’habitude: REMORDS.
Je lui laisse une dernière chance.

Page 100 ! Un personnage prend l’autre par la main: «Pour l’amener chez lui, le zaptiè l’avait pris par la main ... puis il s’était rappelé que c’est ainsi qu’on fait à Massaoua, jeunes et vieux marchent dans la rue, doigts emmêlés, comme les enfants ...» Voilà, j’avais trouvé le mode d’emploi de ce roman. me laisser prendre par la main, marcher dans ce village en regardant les gens vivre, en entrant dans les maisons, les salons ... et les chambres, en épiant les militaires préparant cette guerre inévitable, en souriant de l’incompétence, de la désorganisation et de la malhonnêteté de certains dirigeants et même, parfois, en assistant à certains ébats amoureux licites ou illicites.

En me laissant guider par ce plaisir de voyeur, en me promenant, de chapitre en chapitre, en découvrant chaque personnage pour ce qu’il est, en suivant les événements, un par un, sans chercher à faire de liens et même, en me faisant ami avec certains d’entre eux, je me suis laissé porter par un bonheur de lecture bien particulier ... que je recommande sans réserve.

Oui quand même ... pas une réserve mais un avertissement: Commencez votre lecture en vous disant que chaque chaque chapitre, chaque personnage est un roman en soi. Puis, à un moment donné, vous vous rendrez compte qu’il y a un fil conducteur, une trame qui tisse un lien entre chacun ces personnages. Oui, oui, laissez-vous porter par la beauté de Aïcha, les amours de Cristina, l’éloquence des silences de Sciortino, Serra, un carabinier prêt à «tout» pour arrêter un tueur d’enfants, le discours politique de Pasolini qui combat complètement nu pour ne pas s’identifier à l’armée et à la guerre, les rêves économiques de Léo, les préparatifs militaires du lieutenant Amara et du capitaine Branciamore. Et tout cela, dans la chaleur prégnante du village de Massaoua.

Pour ma part, j’ai adoré le personnage de Pasquale Sciortino, soldat, bègue et un peu niais mais qui manifeste une tendresse toute particulière à son petit plan de fèves et à la femme qu’il aime. « ...il fit un rêve érotique comme il en faisait, beaucoup d’imagination et peu de souvenirs, car Sciortino ne l’avait pas encore fait avec personne, jamais, pas même aux pâturages, avec les brebis.»

Évidemment, on connaît la fin de cette histoire mais on s’y laisse amener avec beaucoup de plaisir. L’écriture de Lucarelli est tout à fait spéciale, d’une poésie toute empreinte de sensations. L’auteur décrit l’atmosphère et le climat tellement bien ... que même en hiver, ici au Québec, on se prend avoir chaud ( avec le feu de foyer, j’avoue que ça aide ...).

Je ne connaissais pas du tout, Carlo Lucarelli. Mais j’ai vraiment l’intention de mieux  comprendre cet auteur de romans policiers qui vit à Bologne et qui met en scène des Italiens en Afrique en disant qu’il commençait avec «La huitième vibration», sa deuxième vie d’écrivain. J’explorerai donc ses premiers romans (comme «Almost Blue») avec son personnage fétiche de l’inspectrice Grazia Negra et aussi, j’irai probablement découvrir un polar historique comme «L’Île de l’ange déchu».

Je vous propose certains extraits pouvant illustrer le ton  de ce roman:

«Sa tâche était de faire disparaître la marchandise inexistante au moment du débarquement à Massaoua ... Faire disparaître quelque chose qui existe n’est pas difficile, il suffit de la voler. Mais pour faire disparaître quelque chose qui n’a jamais existé, c’est différent. Il faut la Magie.»

«Mission morale, nous devons apprendre à ces sauvages à porter des chaussures et à ne pas se promener les attributs à l’air ...»

« ... toutes les autres, sont nues, alors qu’elle, au contraire, elle semble déshabillée.»

« ... elle portait sur le visage toutes les années qu’elle n’avait pas encore.»



Au plaisir de la lecture.

La huitième vibration
Carlo Lucarelli
Métailié
2010
414 pages

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Commenter cet article

Marie 16/01/2011 12:54


Ce roman n'est pas pour moi, j'ai peur de ne pas être assez persévérante !


Richard 16/01/2011 13:01



Parfois, on peut se surprendre soi-même ! Tout dépend avec quelle attitude on aborde le roman ...


Bonne journée !



mimi des plaisirs 11/01/2011 20:48


Pas facile sans doute , mais apparemment terriblement séduisant ce roman italien que tu qualifies de "littéraire". Est-ce à cause de sa structure narrative un peu particulière?Merci pour cette
approche d'un de tes rares auteurs "inédits"


Richard 11/01/2011 20:58



Bonjour Mimi,


La structure de ce roman ne commande pas la facilité, le doux bercement d'un roman qui nous coule sur l'âme, qui effleure notre "usine à sentiments" !!!


Comme disait une de mes amis, il faut se battre avec ce roman pour pouvoir l'apprécier ... et, ô suprême plaisir, l'auteur et le lecteur sortent gagnants de ce match littéraire !


Bonne lecture chère amie !



Les bonheurs de Sophie 10/01/2011 12:36


Beau billet Richard !
Je t'admire car si je suis beaucoup moins persévérante.Si je ne suis pas accrochée dans les 50 premières pages je jette l'éponge et sans remords en plus.
Bonne journée !


Richard 10/01/2011 13:40



Merci Sophie,


Et tu fais bien !


Mais j'imagine que ton instinct d'excellente lectrice, te dicte parfois que de continuer pourrait être une bonne décision ?? Ça t'aies sûrement déjà arrivé ...


Bonne journée



Fleur de soleil 10/01/2011 10:19


Je te comprends, moi non plus je n'aime pas abandonner un livre, et souvent je m'obstine jusqu'à la fin, avec des bonnes et des mauvaises surprises, c'est selon. Je crois que le seul que j'ai
vraiment abandonné c'est "L'ile du jour d'avant" de Umberto Eco, là vraiment, malgré tous mes efforts, je n'ai pas pu achever la lecture.
Amitiés


Richard 10/01/2011 12:06



Bonjour Fleur de soleil,


Tu fais preuve d'une tenacité à toute épreuve ... Un livre pas terminé dans toute ta vie de lecteur ...


Mais tu es d'une patience angélique ! Et quel respect pour les auteurs !


Je t'admire !



Pichenette 10/01/2011 09:13


Voilà un lecteur! Un lecteur qui sait que tout livre est une rencontre entre un auteur et un lecteur à un moment donné et que sans elle, un livre n'est rien que du papier et de l'encre. Et que tout
lecteur peut être bien, moins bien ou pas bien disposé. Ne pas poser un livre avant la fin, c'est aussi rendre hommage à son auteur, et quand on lit beaucoup, cela vaut la peine de s'accrocher.
Super chronique!


Richard 10/01/2011 12:03



Merci Pichenette,


Mais c'est trop de compliments ... Je rougis !!! J'ai drôlement l'impression que tu dois être une lectrice de ce genre ... Je me trompe ???



Cécile 09/01/2011 23:26


Tout d'abord, bravo pour ta persévérance !
Ensuite, grand veinard : quelle chance tu as de recevoir des petits mots de Dominique Sylvain !!
Enfin, ta critique est tout en nuance est malgré tes difficultés de départ, tu donnes envie de découvrir l'univers de Carlo Lucarelli : merci !
A très bientôt, bises !


Richard 10/01/2011 04:06



Merci Cécile,


Je te conseille ce livre qui ne se laisse pas lire facilement ... mais qui donne tant de plaisirs !


Amitiés et à très bientôt !



sophie57 09/01/2011 22:57


en tout cas j'aime bien les citations...et je retiens les deux dernières, qui sont vraiment superbes!à bientôt Richard!


Richard 09/01/2011 23:19



En effet ! et elles sont représentatives du style magnifique de cet auteur ... dans ce roman. J'irai découvrir les autres, dans quelques temps !


Bonne semaine Sophie et au plaisir de te lire !



Lystig 09/01/2011 22:36


pas tentée du tout, du tout...
je n'aime pas abandonner les bouquins (excepté "le petit copain", si tu l'as lu, je veux bien savoir la fin)
et pas envie de faire cet effort

@ tout bientôt


Richard 09/01/2011 23:18



Ah!!! Quelque fois, l'effort nous amène vers l'état de ... grâce littéraire !!


Bonne semaine, Lystig !



Pierre FAVEROLLE 09/01/2011 21:43


Impressionnant, non ? Jean Marc Lahérrère de Actu du noir disait que c'est un roman qui se mérite. J'adore Lucarelli, j'en ai lu 5 ou 6, et je te conseille ses premiers dont Phalange armée pour
bien te marrer. Lucarelli a toujours combattu contre les nazillons et autres idiots qui croient que les blancs sont plus forts que les autres. Ce roman est plus littéraire que les autres mais sa
structure montre qu'il est un GRAND auteur. Je suis heureux que tu l'aies fini, je pense que tu n'oublieras pas de sitôt le vacarme des troupes africaines de la fin, ni la poussière brûlée du
désert.


Richard 09/01/2011 22:21



Merci beaucoup Pierre,


Je suis tout à fait d'accord avec toi, ce roman se mérite. Et j,ai reçu un mot de Dominique Sylvain qui m'a fait tant plaisir ... Elle a dit que je me suis bagarré avec ce roman, qu'il fallait
persister pour apprécier les qualités de ce roman "hors norme" et pas facile à lire.


Et voilà  !


Encore une fois, merci pour ton commentaire.


Amitiés



Karine:) 09/01/2011 21:07


Ca me fait quand même un peu peur, ton avis. Je crains d'aimer un peu trop la facilité pour ce genre de roman.


Richard 09/01/2011 21:12



Il n,est pas facile ... c'est vrai !


Mais le plaisir en est décuplé !!!


Bonne lecture, mon amie !



Ys 09/01/2011 17:56


Je n'ai pas été aussi indulgente que toi : j'ai arrêté "L'île de l'ange déchu" à... peut-être cinquante pages de la fin, même pas envie de connaître la fin de ce polar, alors quant à lire un autre
livre de cet auteur...


Richard 09/01/2011 18:28



Bonjour Ys,


Je verrai à ma prochaine lecture ... mais ma persévérance a été profitable !!!


Au plaisir