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Publié par Richard

L'homme inquiet

  Cette chronique, que dis-je, cette déclaration d'amour, a été écrite par Attila, chroniqueure régulière et amie de "Polar, noir et blanc".

 

Vous ne connaissez pas l'enquêteur Kurt Wallander ? Et bien lisez cette chronique puis courez chez votre libraire pour acheter l'intégrale de ses enquêtes.

 

Kurt Wallander vous a charmé ? Henning Mankell est un auteur que vous aimez ? Lisez cette chronique qui vous rappelera d'excellents souvenirs.

 

Je vous l'avoue, j'aurais bien voulu écrire cette chronique !! Je suis jaloux ! Je suis jaloux mais en même temps tellement content de pouvoir lire ce que Attila, mon amie, pense d'un de mes auteurs préférés et de son personnage, si coloré et attachant. Je ne peux que remercier Attila pour cette chronique que je vous offre avec plaisir ... et envie.

 

Merci Attila ! Merci pour ce tour d'horizon, merci pour cette visite du commissariat d'Ystad. Et surtout, merci pour ce partage, pour cette superbe chronique sur le monde de Kurt Wallander.

 

Au grand plaisir de te lire.

 

Richard

 

 

  Les enquêtes de Kurt WALLANDER

 Henning Mankell

 

 

“J’ai mal à la tête et à l’univers” Fernando PESOA – Fragments d’un voyage immobile.

 

Bien sûr tous ceux qui ignorent « ce vice impuni (qu’est) la lecture » et qui ne comptent aucun ami de papier,

 

Tous ceux qui pensent que seuls les jeux vidéos sont créateurs de réalité virtuelle,

 

Tous ceux qui vivent sans savoir qu’un livre est une extension de soi même dans laquelle on peut se promener à vie et à loisir,

 

Tous ceux qui, assis dans la salle d’attente de leur médecin, n’ont jamais conversé avec le personnage d’un livre lu il y a plusieurs années,

 

Tous ceux qui croient qu’on ne dénombre ses amis que sur FaceBook,

 

Tous ceux là ne comprendraient pas qu’en refermant « L’homme inquiet » j’ai pleuré.

 

J’ai pleuré sur cet homme de cellulose qui m’a accompagné depuis longtemps et que j’ai soutenu fébrilement dans tant d’enquêtes et de mauvais pas.

 

J’ai pleuré surtout sur son absence à venir que rien ne pourra consoler, sur l’écran noir de sa mémoire.

 

J’ai pleuré parcequ’ « il n’exist(e) aucun retour, jamais – peu importe le désir naïf qu’(on) en (a) »

 

Car Kurt Wallander est bien plus qu’un commissaire de police suédois.

 

Kurt Wallander c’est la conscience de la Scannie.

 

Un homme devenu policier par idéal, et qui passera sa vie a essayer de le conserver intact dans un monde en profonde mutation ; un monde où « les policiers essaient moins de faire respecter la loi que d’imposer des limites à peu près tolérables à l’illégalité »

 

A ce jour, il semble être le seul homme nordique atteint de saudad.

 

Une souche scandinave de cette douce maladie, probablement…

 

Je l’ai rencontré accroupi à côté du cadavre d’un couple de ruraux âgés, vivants à côté d’Ystad.( Meurtriers sans visage)

 

Sa vie était déjà bien pesante, entre un divorce qu’il était le seul à ne pas avoir vu arriver, et une relation avec sa fille, Linda, placée sous le signe de l’incompréhension.

 

Mais cette vie personnelle désenchantée ne l’empêchait pas de regarder son pays au fond des yeux, et de constater qu’ici aussi l’étranger n’était plus le bienvenu. 

 

Et son mentor, Rydberg, qui se meurt …… il lui faudra tourner encore bien des pages.

 

Lorsqu’il entend aboyer Les Chiens de Riga , Baiba fait son entrée dans sa vie.

 

Mais ce ne sera qu’un soleil d’automne pâle qui peine à réchauffer.

 

Une embellie qui vient trop tard et qui ne peut pas durer.

 

Les Républiques Baltiques se révèleront toujours aussi gangrenées par la corruption malgré l’agonie du régime communiste.

 

Les temps changent mais les hommes demeurent.

 

Des hommes qui, pour certains, n’accepteront jamais que la seule race qui existe est la race humaine.

 

Des hommes qui pourtant, peuvent aimer ce qui ne leur ressemble pas.

 

Mais des hommes dont la violence n’a d’égal que la profondeur du délire racial qui les aveugle.

 

Wallander le constatera par lui-même en croisant La Lionne Blanche.

 

Cette enquête le conduira à une sorte de dégoût de lui-même, qui le plongera dans une profonde dépression.

 

Il a tué un homme et il le devait : c’était cet homme ou lui.

 

Mais cette mort là il l’a voulu …..et il ne supporte pas cette idée de lui-même.

 

Il s’en va hanter les plages de l’Ile de Jylland car il n’a plus la force de faire face à une société suédoise qu’il ne reconnaît plus.

 

Et lorsqu’un vieil ami avocat vient lui demander de l’aide, il refuse. (L’homme qui souriait)

 

Alors, lorsqu’il sera retrouvé mort, Wallander rongé par le remord, plongera à nouveau dans le bain et reprendra son long chemin sur la route du crime.

 

L’arrivée d’une nouvelle recrue au commissariat, Ann-Britt Höglung, lui laissera entrevoir le naufrage de son monde et l’avènement d’un autre ordre politique, social, économique pour la Suède.

 

Tout change mais Wallander demeure hors du temps. 

 

Comme cet adolescent, ce Guerrier solitaire, qui va ensanglanter la Scanie pour venger sa sœur et sauver son frère.

 

Cet ange noir donne à Wallander des envies de hurler sa haine contre une société qui n’a pas su protéger ses enfants, et les a transformés en meurtriers.

 

Alors, parfois,  Wallander s’endort en ruminant l’échec des victimes devenues bourreaux.

 

Mais le plus souvent Kurt ne trouve pas le sommeil.

 

Il pense à son père, retrouvé il y a quelques temps, errant en pyjama dans un champ, en pleine nuit, une valise à la main.

 

Son père, l’éternel peintre des couchers de soleil sur les coqs de bruyère.

 

Son père qui semble n’avoir jamais accepté que Wallander entre dans la police, mais qui ne lui a jamais dit pourquoi.

 

Ce père incompris, incompréhensible et imprévisible qui vit enfermé dans son tableau comme Wallander vit cloîtré dans un monde qui sombre.

 

Pourtant une porte s’ouvre dans ce mur d’incompréhension qui les sépare : ils partent ensemble pour un voyage en Italie.

 

Son père avait toujours rêvé de Rome et Wallander va exaucer ce rêve, sans oser s’avouer que c’est sûrement le dernier.

 

Voir Rome et mourir

 

Au retour en Scanie, La cinquième femme déchirera un pan encore intact de la société suédoise, celui des femmes douces et soumises qui enfantent et élèvent leurs enfants à l’ombre du pater familias

 

Wallander comprendra, et admettra avec difficulté, que des crimes aussi horribles puissent être commis par un représentant du beau sexe.

 

Il faut bien se rendre à l’évidence, les femmes suédoises changent aussi.

 

Désormais, elles ne sont plus uniquement des victimes, elles peuvent aussi être des bourreaux.

 

Contrairement à la société suédoise, la violence n’est pas machiste.

 

Elle se donne aussi aux femmes, tout comme le pouvoir d’ailleurs (les deux vont-ils ensemble ?)

 

Désormais, Wallander enquête aux côtés d’une femme (qui est aussi une mère) mais aussi sous les ordres d’une femme.

 

Ces changements ne sont pas du goût des tous les policiers d’Ystad ….

 

Mais pour Kurt c’est aussi le moment de dire adieu à son père, mort, seul dans son atelier, expirant son dernier souffle dans les vapeurs de térébenthine

 

La fin d’un monde, celui rassurant où on est encore le fils d’un homme vivant.

 

Trop tôt bien sûr.

 

Et trop tard pour s’expliquer. L’homme emporte avec lui bien des secrets et des regrets sans doute.

 

Et ce ne sont pas Les morts de la Saint Jean qui ramèneront la sérénité au cœur de Wallander.

 

Il devra assister au spectacle terrifiant du corps de son collègue Svedberg gisant dans une mare de sang au milieu d’un appartement dévasté.

 

Même les collaborateurs les plus proches recèlent des mystères insoupçonnés.

 

Et qui sont ces parents suédois qui laissent leurs enfants livrés à eux même dans un monde sans chaleur ?

 

Est cela le modèle suédois ?

 

Entre deux bouteilles d’eau et une salade, Wallander, désormais diabétique anonyme, rumine sa solitude.

 

Rydberg est mort, Svedberg est mort, son père est mort, Mona est remariée, Linda est loin.

 

Il ne reconnaît plus ce pays, il ne reconnaît plus sa vie, et ne sait comment faire pour remonter le courant.

 

Et bientôt il devra traverser La Muraille invisible, que dresse devant lui les tenants d’une nouvelle criminalité.

 

La cyber criminalité aux mains des alter mondialistes, autant de notions qui lui sont étrangères et hermétiques.

 

Mais, à bien y regarder, ces criminels ne sont pas si différents de lui.

 

Ils font le même constat d’échec quant à l’économie mondialisée et ultra libérale qui asservit les peuples et rend nos sociétés occidentales tellement vulnérables.

 

Seul le choix des armes diffère.

 

Wallander aussi est de plus en plus vulnérable, et esseulé.

 

Il a du se résoudre a enterrer une amitié morte depuis longtemps, et admettre enfin qu’il avait basculé du côté de ceux sur qui on marche pour prendre leur place.

 

Wallander n’est plus le Commissaire respecté et craint de tous.

 

Certains, tapis dans l’ombre, attendent leur heure pour le pousser définitivement vers la sortie.

 

Le fauve vieillit et ses rugissements désespérés ne font plus trembler la lande suédoise.

 

Certains disent qu’il déraille  …

 

Seul le rapprochement avec Linda, qui semble avoir trouvé une voie étonnante, éclaire encore ce crépuscule du héro.

 

Le soleil commence doucement sa lente courbe descendante sur le coq de bruyère.

 

Mais Avant le gel, Wallander aura assisté à la transformation de la chrysalide.

 

Sa fille Linda est devenue adulte.

 

Le papillon peut prendre son envol, et voir de haut le Commissaire qui lui sert de père.

 

Elle nous raconte un autre homme que celui que nous connaissions, un mari capable de cogner, et un père aux accents tyranniques susceptible de faire régner la terreur.

 

Mais qui connaît vraiment les hommes que nous sommes ?

 

Un père connaît il sa fille ? Une fille peut-elle, doit-elle, suivre aveuglement son père ?

 

L’enfer n’est-il pas pavé de bonnes intentions, en Scannie comme ailleurs ?

 

L’amour ne peut-il pas mener à la folie meurtrière ?

 

A l’aube de sa vieillesse, à l’aube de la vie de Klara, WALLANDER est désormais  L’homme inquiet.

 

Un homme qui oublie son arme de service dans un restaurant et qui sent confusément un voile se déposer sur sa vie, sans bruit, sans remous, mais sans possibilité de retour.

 

Un homme dont le cœur se serre quand la très vieille et très malade Aina, voisine de son père, chuchote à l’oreille du Commissaire, comme un testament : « ton père t’aimait beaucoup ».

 

Ainsi commence le long défilé des fantômes de sa vie.

 

De Rydberg, à Baïba qui va mourir, en passant par ses anciens indics, jusqu’aux victimes de toutes ses enquêtes, ils constatent tous que « Kurt WALLANDER est couché dans son lit et il pense à la mort ».

 

Wallander pleure et sent « monter en lui une vague de désespoir devant tout ce qui ne (peut) être vécu une deuxième fois ».

 

Wallander ouvre les yeux sur l’histoire, la grande et la petite.

 

L’histoire de la Suède est un peu comme sa vie, « une vie à double fond – sans doute pour ne pas couler si l’un deux se révèle être perçé ».

 

Wallander glisse lentement vers l’ombre, jusqu’au jour où il ne se souviendra plus de toutes ces fois où il a changé le monde, « même si c’était juste en gravant (ses) initiales dans un mur »

 

Mais avant que la lumière ne s’éteigne à jamais, Kurt va tenir dans sa main le miroir qui lui renverra l’image de son propre père : « ce personnage inquiet et mal assuré dans la marge : c’est (lui) ».

 

Hé Commissaire Wallander ! Attendez ! Avant que vous ne disparaissiez complètement dans les brumes de la Scanie, comme les souvenirs sombrant dans les méandres de votre conscience, je voulais juste vous dire que vous aviez raison : dans la vie, comme dans les livres, « il y a un temps pour vivre et un temps pour mourir »

 

Adieu l’ami, salut l’artiste …….

 

 

 

PS : amis lecteurs, vous qui ne connaissez pas encore Kurt Wallander, ne vous  laissez pas berner par les quatrièmes de couverture qui annoncent que les enquêtes sont indépendantes et peuvent être lues dans le désordre.

 

Il faut lire les enquêtes de WALLANDER dans l’ordre de leur publication en Suède (l’ordre suivi dans la chronique), sous peine de passer totalement à côté d’un grand Monsieur de papier.

 

 

 

 

 

 

Commenter cet article

microsoft customer support phone number 10/12/2013 11:57

Great share about the writing and review on the title Kurt Wallander and I feel like this is one rare information and news update about the adventure and wartime effort. Your site has many information and updates for the readers and researchers on history.

Eléa 29/09/2012 11:04

Excellent souvenir pour moi aussi, j'ai découvert les polars nordiques avec Kurt Wallander, et ce fut aussi un coup de coeur, mais je me suis arrêtée car j'ai réalisé que je ne les lisais pas dans
l'ordre .. donc à reprendre.

Richard 29/09/2012 16:12



Alors, bonne lecture, Eléa !!


Ce sera sûrement agréable de vivre et revivre l'évolution de Wallander !



Mimi des Plaisirs 12/09/2012 16:27

Le commentaire s'impose de lui-même: excellent article!Bravo !
Quelle connaissance intime de cet être "de cellulose"!
Je l'ai croisé une fois...j'aurais dû le rechercher ailleurs...
Merci à toi Richard d'avoir relayé ce beau papier.

Richard 12/09/2012 19:42



Merci Mimi,


Wallander est un personnage attachant ... malgré tout !



Catherine 10/09/2012 13:57

Merci Attila, j'en ai 2 ou 3 mais on m'a déjà prévenu qu'il vaut mieux les lire dans l'ordre (vie et psychologie du personnage). J'ai aussi vu les deux séries, suédoises et allemandes, et elles
m'ont bien plu. Au début j'ai eu du mal avec l'acteur de la série allemande parce que je m'étais habituée à l'acteur de la série suédoise et ils ne se ressemblaient pas vraiment.
Bonne semaine à toi Attila et à Richard aussi.

Attila 11/09/2012 13:34



Bonjour Catherine.


je n'ai jamais vu les adaptations télé...et je crois que je préfère garder l'image que je me suis faite de Kurt ...et oui IL FAUT LES LIRE DANS L'ORDRE.


merci et belle semain à toi aussi.


à bientôt.



Capucine 05/09/2012 22:31

Bonsoir Richard,

Très belle chronique effectivement !
Je suis une inconditionnelle de Wallander, mais j'ai fait une bêtise ; je ne les ai pas lu dans l'ordre !!!

Bonne soirée à toi.
Bisous
capucine

Richard 06/09/2012 11:02



Merci Capucine.



Alex-Mot-à-Mots 04/09/2012 18:43

Quelle déclaration d'amour !

Attila 05/09/2012 10:12



Merci. Mais il est parti quand même .......



sophie 04/09/2012 13:08

Bonjour Attila, superbe chronique, sensible et émouvante...et remarquablement écrite (dommage, tu ne pourras jamais te revendiquer "écrivain", ta plume est trop agile...)

Je comprends que tu aies pleuré en quittant pour toujours ce personnage de papier, les hommes et les femmes créés par la littérature ne méritent-ils pas parfois davantage nos sentiments que bien
des humains?

Au grand plaisir de te relire, et merci pour ton soutien sur le déplorable -mais ô combien nécessaire- "buzz" que j'ai créé sans le vouloir sur la planète blogosphère.

Bien amicalement, Sophie

Attila 04/09/2012 15:11



Ma Chère Sophie (Dame Sagesse),


merci de ton commentaire, bienveillant et amical, comme toujours.


la littérature étant une extension de la vie ( et ce n'est que mon point de vue de profane...) , les personnages qui la peuplent sont similaires à ceux de chair, certains nous
donnent envie de les aimer et d'autres de les baffer ! Et comme je suis au final, une vraie midinette, je pleure souvent, un livre à la main .....


quant à mon soutien, il est est bien modeste mais très sincère, et je te fais part en direct de cette superbe phrase de Hector Berlioz ( qui m'est souvent bien utile) : " il faut collectionner
les pierres qu'on vous jette. c'est le début d'un piédestal"


collectionner les pierres ..... voilà une activité que WALLANDER n'aurait pas renié !


à très bientôt chez toi pour une chronique sur Djian ?



jackisbackagain 03/09/2012 18:44

Moi, je dis un grand merci à Attila pour cette remarquable "synthèse" des aventures du commissaire Kurt Wallander. Cadeau du ciel, elle nous indique l'ordre chronologique dans lequel il faut lire
les différentes enquêtes du commissaire.
Henning Mankell a ses détracteurs, comme tout grand écrivain. Tout le monde n'aime pas Céline ou Mauriac, n'est-ce pas ?
La dose d'humanité qu'il instille, son incompréhension devant toutes formes de violence, son parcours personnel aussi en font à mes yeux un tout grand bonhomme. Merci Attila, merci Kurt, merci
Henning Mankell. Amitiés. Jean.

Attila 04/09/2012 12:12



Merci à toi Jean.


et si tu me parles de Céline ou de Mauriac, alors la conversation pourrait durer longtemps !


d'ailleurs, il se pourrait que l'on reparle de Céline sur ce Blog dans quelques temps : je milite activement pour obliger mes concitoyens à lire et relire et lire encore celui que je considère,
de manière purement subjective (et sans justifier d'une quelconque compétence particulière ....) comme le plus grand
écrivain français (voire plus) du XX ème siècle (au moins !!).


et comme tu le dis si bien, Mankell fait preuve d'un immense talent qui consiste à donner chair et vie à un personnage de fiction.


désormais orpheline de Wallander, je vais me lancer dans la découverte des enquêtes écrites par Nesbo : la nature à horreur du vide.


au plaisir de te lire Jean.