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Publié par Richard


ClandestinoJe viens de terminer la lecture de «Clandestino» de Sergio Kokis; et voilà, je reste sans voix ! Comment dois-je aborder cette chronique sur un livre qui ne répond à aucun critère de genre, qui déstabilise mes «a priori» et qui, surtout, m’a fasciné par son utilisation de la politique, de l’histoire et d’une vengeance digne d’Edmond Dantes.

À la veille de la guerre des Malouines contre l’Angleterre, voici donc l’histoire d’un «Comte de Monte-Cristo» dans une prison d’Argentine. Condamné aux travaux forcés pour avoir commis un vol de documents dans le coffre-fort d’un sénateur influent, Tomas Sorge est emprisonné depuis six ans. Victorino Marquez, militaire haut placé, chef de la sécurité du sénateur et commanditaire du vol commis par Sorge, le dénonce. Et Tomas Sorge est le seul à payer pour ce vol avorté.

Dans sa cellule de la prison de Ushuaia, «Tomas Sorge concentrait son esprit sur l’instant où il aurait les couilles de son complice mouchard entre ses mains calleuses, pour lui faire ouvrir son coeur et sa mémoire avant de l’achever comme un rat.» En plus de cette vengeance à ruminer, le prisonnier tient le coup en se remémorant des parties d’échec de Grands Maîtres et en révisant ses connaissances et ses compétences d’horloger et de grand connaisseur des coffre-forts.


Vers la fin de son séjour en prison, on lui fait l’offre de travailler pour un militaire. À faire quoi ? On le sait, la défaite de l’Argentine dans les Malouines signe la fin de la junte militaire. La démocratie sera installée; les militaires «préparent» leur sortie. Beaucoup de travail reste à faire pour une sortie en douceur ... et lucrative !

Au même moment, il rencontre un vieux collègue que l’on torture pour lui arracher de force le lieu où il a caché le fruit d’un de ses vols. Juste avant de mourir, le vieil homme lui confie son secret et une mission à réaliser auprès de sa fille.

À sa sortie de prison, toujours habité par cette vengeance qu’il veut assouvir et imbu de la mission que lui a confié son vieux collègue, il part à la recherche de l’influent militaire qui l’a engagé. Tomas devient alors Jose Capa et sous les ordres de son nouveau patron, il se consacre aux travaux qui lui sont demandés, travaux qui font évidemment appel à ses connaissances criminelles !

Mais tout au long de ces étonnants récits de vols et d’ouvertures de coffre-forts, le lecteur assiste graduellement à la préparation de la vengeance libératrice et à la réalisation de la mission qui lui a été confiée.

Absolument passionnant! Sergio Kokis, dans une mise en scène aussi complexe qu’une partie d’échecs, transporte son lecteur dans les méandres du cerveau de son personnage principal, nous fait vivre ses questionnements, sa haine, ses dualités et toutes les motivations qui le poussent à agir. On assiste à ses actions violentes et on se pose la question ... «Mais, si j’avais été à sa place ?». Et le suspense s’installe: les pions et les pièces principales se déplacent et tombent au fil de la partie; la stratégie du joueur se révèle sur un échiquier en perpétuel mouvement: coups fourrés, roque imprévu, alliance improbable; et puis, le Roi, dans un dernier geste théâtral, conclut cette partie enlevante.

Puis, dans une fin toute en nuances, l’auteur nous laisse pantois, espérant quelque chose, on ne sait pas quoi!  Mais on espère. Une fois terminée la lecture du dernier paragraphe, on tourne la dernière page ... Et elle est blanche !! À nous lecteurs de partager cette angoisse...

Je vous l’avoue, je n’avais jamais lu de roman de Sergio Kokis. Retour sur les rayons de la bibliothèque !!! Oui, oui, «Le pavillon des miroirs» y était ... presque neuf ... ne demandant qu’à être lu ! Pour moi, Sergio Kokis demeure un auteur à découvrir; et si ses livres sont de qualité égale à cet excellent «Clandestino», des heures de plaisirs littéraires m’attendent.

En attendant, je vous invite à découvrir également, ses talents de peintre; d’ailleurs, la page couverture de «Clandestino» nous présente une de ses oeuvres «Le jeu avec la mort» qui illustre très bien le propos de ce roman. Allez jeter un coup d’oeil sur les jaquettes de ses romans publiés chez Lévesque éditeur ( http://www.levesqueediteur.com/kokis.php ).

Voici donc quelques extraits qui devraient vous inciter à vous procurer cet échiquier romanesque et découvrir un Grand Maître de la littérature québécoise.

«Privé d’un avenir immédiat autre que la simple itération des jours et des mois précédents, incapable de se fixer sur son futur, le prisonnier était condamné à se rabattre sur son passé dans une sorte d’inversion mélancolique du flux naturel de l’existence.»

Et dans un surprenant changement de ton ... de la poésie au langage cru: « ... Bonne nuit et bonne branlette dans ton mitard, en rêvant du cul du vieux, ajouta-t-il avec un sourire moqueur.»

« Qu’est-ce qu’ils peuvent bien faire, tous ces types en uniforme, sinon comploter jour et nuit ? C’est sans doute le lot d’un pays de merde comme celui-ci, avec trop de lieutenants de frégate et trop peu de frégates.»

Et je résiste fortement à la tentation de citer la dernière phrase du roman, témoin du talent de l’auteur pour le coup de poing littéraire qui frappe le lecteur en plein ... coeur.


Bonne lecture !

Clandestino
Sergio Kokis
Lévesque éditeur
Collection Réverbération
2010
256 pages




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Commenter cet article

Capucine 13/06/2011 02:58


Bonjour Richard,

Je note avec plaisir cet auteur. Ton écrit m'a donné envie... De le lire !
Pas mal en peintre non plus !

Amitiés.
Capucine


Richard 13/06/2011 03:03



Bonjour Capucine,


Oui je pense qu'il pourrait faire un bon lien après ta lecture du dernier Umberto Eco !!!


J'aime beaucoup ses peintures également !


Amitiés à Capucine et à ... !!!


 



David 06/06/2011 21:29


Richard, si toi tu es destabilisé, comment le seront ceux qui ont lu moins que toi ??? Vraiment, tu es trés original là ... Amicalement, David


Richard 06/06/2011 22:06



Bonjour David,


Déstabilisé oui ... mais aussi très satisfait !!


Amitiés !



pichenette 06/06/2011 18:44


Plus aucune tentation avant l'été et "le léopard"... ce qui n'empêche pas de te lire toujours!


Richard 06/06/2011 19:35



Bonjour Pichenette,


Tes visites me font plaisir !!


Bonne soirée !



Asphodèle 06/06/2011 17:15


Euh...attends, laisse-moi réfléchir : tortionnaire et victime consentant(e) ça ne ressemble pas à sado-maso ?? Sans vouloir faire dans le gore, bien sûr ! Et ton assiette de biscuits n'y changera
rien, je ne suis pas "sucrée" ah ah !! Merci de l'attention ! :D


Richard 06/06/2011 17:38



Et bien, je les mangerai, ces biscuits !!!


Bonne lecture !!



Marie 06/06/2011 15:07


Ce roman a l'air machiavélique, complètement angoissant, et en plus instructif sur le plan historique... C'est noté, je le lirai !!!


Richard 06/06/2011 15:35



Et tu m'en donneras des nouvelles !!!


Bonne journée, Marie !



Alex-Mot-à-Mots 06/06/2011 14:20


Pas un peu trop "coup de poing", justement ?


Richard 06/06/2011 15:34



Non, je ne pense pas !


Et c'est tellement bien écrit ... ça adoucit les coups !!!



Asphodèle 05/06/2011 23:06


Tortionnaire de PAL et de LAL ? Tu deviens tortionnaire ? BOn je passais juste faire un petit coucou, je te fais un bec et je sors...en sifflotant, mine de rien... ;)


Richard 05/06/2011 23:27



Bonjour Asphodèle,


Un jour, il faudra faire des recherches pour savoir le terme exact qui remplacerait "tortionnaire" pour un bourreau qui torture ... des victimes consentantes !!!


La prochaine fois que tu viendras chez moi, je te laisserai quelques biscuits pour "soulager ta souffrance" ...


À très bientôt


Amitiés



Mimi des Plaisirs 05/06/2011 20:16


Salut Richard,
Quel enthousiasme communicatif et quelle verve pour parler de ce roman!
D'après ton article , le rapprochement avec Dantès paraît effectivement s'imposer mais en plus "hard"!!!!!
Amitiés


Richard 05/06/2011 21:14



Bonjour Mimi,


Merci pour ton commentaire !


Bonne fin de soirée, chère amie !



jeanne desaubry 05/06/2011 16:46


Mon Cher Richard, l'auteur a sans doute du talent, mais pour savoir si bien nous en persuader, c'est toi qui a une très belle plume!
amitiés de France qui croule de chaleur !


Richard 05/06/2011 16:53



Merci Jeanne,


Venant d'une de mes auteurs préférés, le compliment me fait rougir !


Amitiés



La Ruelle bleue 05/06/2011 12:28


Oh là là Richard ! Quel talent ! Je ne connais pas non plus cet auteur, mais ça ne va plus durer longtemps après une telle initiation ! Merci !


Richard 05/06/2011 13:27



Merci à toi !


Je suis convaincu que ce genre de romans fera ton bonheur ... de lire !


Bonne journée


Amitiés



Mamoune 05/06/2011 10:38


bonjour Richard,
encore un livre qui me paraît passionnant! à en lire le récit,
merci pour ton commentaire , il me semble que tu connais bien le Canada, tu as dû y vivre si je ne m'abuse?
bon Dimanche,
bises
Mamoune


Richard 05/06/2011 12:15



Bonjour Mamoune,


Et oui, j'y ai vécu, j'y suis né et j'y vis encore ...


Je suis Québécois !!!


Amitiés



sophie57 05/06/2011 10:12


Ca a l'air chouette.(pardon mais je me suis réveillée la tête enfarinée...)


Richard 05/06/2011 13:26



Pas grave !!!


Bon retour à la vie !!!!


Amitiés



Lystig 04/06/2011 23:08


le titre me fait songer à une chanson de Mano Solo... mais là, pas inspirée... celui-ci n'ira pas rejoindre ma PAL !


Richard 04/06/2011 23:34



Et bien, on se reprendra, chère cousine !!!


Bon dimanche !



Asphodèle 04/06/2011 18:58


Tu es toujours émerveillé Richard !! Sais-tu que je n'ai plus de place dans mon carnet à la rubrique P commes polars de Richard ??? Je vais dégraisser ma LaL et ma PAL avant de (re)noter quoi que
ce soit !! Ah et ça me console, de savoir qu'il est disponible à la Librairie du Québec à Paris ?? ;)
P.S : un courrier est parti hier pour le Canada, c'est une longue enveloppe !! (j'ai mis par avion hein, c'est plus sûr !!^^)


Richard 04/06/2011 19:18



Bonjour Asphodèle,


J'aime bien être le tortionnaire des PAL et des LAL ... quel beau passe-temps ! De toute façon, tout le monde sait que pour les lecteurs boulimiques, plus la PAL est grande, mieux on se porte.
Donc, je continuerai de m'occuper de ta santé ... littéraire !


J'attends l'objet de ton P.S. avec impatience !!!


À très bientôt !



Oncle Paul 04/06/2011 16:08


Bonjour Richard
A la lecture de ton article, ce roman possède effectivement une ressemblance avec Le Comte de Monte Cristo habilement transposé en Argentine. Mêlant les genres ou hors genre, c'est le principe même
de la littérature dite populaire qui ne s'enferme pas dans un carcan.
Amitiés


Richard 04/06/2011 16:44



Entièrement en accord avec toi !


Et à titre d'information, ce roman est disponible à la Librairie du Québec à Paris !


Bonne lecture !!