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Publié par Richard

Desolations.jpgUne embarcation avance péniblement sur l’eau. Elle est tellement chargée que l’eau frôle les bords de la barque. Il fait froid, tellement froid qu’une mince couche de glace se forme à la surface de l’eau. Le temps est gris. un peu de neige tombe, on ne voit pas à un mètre devant soi. Deux personnes, non deux ombres, sont assises à chaque extrémité de l’embarcation. Un couple, un homme et une femme, ils se regardent intensément, en essayant de vivre, de survivre, dans l’espoir de ... dans l’espoir de quoi ? Ils ne bougent pas, de peur de faire chavirer leur bateau, leur vie. Ils ne parlent pas, de peur que leurs paroles deviennent de glace. De toute façon, leurs yeux, leur visage disent tout ce qui doit se dire. Ils parlent d’amour, de haine, de vie, de folie, de ce tourbillon qui les propulse vers un néant inéluctable. La présence du silence est effrayante. La barque avance difficilement dans ce magma liquide qui pourrait les engloutir. Arriveront-ils à destination ? Mais au fait, où se rendent-ils ?

J’ai terminé «Désolations», il y a presque sept semaines. et depuis ce temps, je remets au lendemain l’écriture de ce billet parce que ce livre me hante, parce qu’il a laissé une empreinte, une trace qui avait besoin de mûrir dans un mélange de sentiments et d’images. Et ce premier paragraphe que vous venez de lire, c’est l’image qui m’est restée de ce roman fantastique, de cette histoire angoissante, de ces personnages tellement criants d’humanité écorchée.

Et dire que j’ai failli laisser ce roman après une petite quarantaine de pages ! Pourquoi ? J’avais beaucoup aimé «Sukkwan Island», un roman fort, prenant, même très surprenant par les décisions prises, tant par les personnages que par l’auteur. J’en étais ressorti soufflé et abasourdi par cette thématique du père qui entraîne son fils dans un projet marqué au signe de la folie, projet qui devait nécessairement finir dans le drame. Les premières pages de «Désolations» m’ont fait immédiatement penser à ce premier roman. Réaction ? Non pas encore la même recette !

Et bien non ! «Désolations» partage avec «Sukkwan Island» toutes les qualités de romans qui laissent des traces, qui nous portent à la réflexion et qui demandent au lecteur de s’appuyer sur son propre acte de foi en la vie.

J’essaie de mémoire de vous raconter l’histoire mais tout ce qui me vient, ce sont les sentiments des deux personnages principaux devant leur destin. Alors, forçons notre mémoire un peu vacillante, et racontons l’histoire de cette famille bien particulière.

Gary et Irene ont élevé leurs deux enfants, maintenant adultes, sur le bord d’un lac glaciaire  de l’Alaska. Après trente ans de vie commune, une certaine lassitude s’est installée. «Gary était le champion des regrets. Chaque jour en naissait un nouveau, et c’était peut-être ce qu’Irene aimait le moins.»

Gary tient absolument à réaliser le rêve de sa vie, se construire une cabane sur une île au milieu du lac où il pourra habiter avec Irene. Une question demeure: veut-il vraiment qu’Irene l’accompagne dans ce projet insensé ? L’automne est arrivé et l’hiver approche. Irene souffre depuis quelques temps de maux de tête qui l’empêchent de fonctionner normalement. Tout est en place pour que ce projet ait une chance d’échouer !

Autour d’eux gravitent leur fille Rhoda et leur fils, Mark, eux-mêmes dans le tourbillon de leurs propres problèmes et pris dans une dualité assez intense: encourager ou décourager, intervenir ou laisser faire, prendre parti pour le père ou la mère ...

Et le drame s’installe tranquillement. Mot par mot, phrase par phrase, David Vann est un auteur qui excelle à construire une atmosphère, à tisser un climat angoissant maille par maille. L’intensité monte, on accompagne les personnages dans leurs actes de folie, on gèle avec eux, on apprécie la nature quand elle est accueillante et on souffre quand elle se déchaine. David Vann a le génie pour nous plonger dans la gamme des sentiments du lecteur qui vit avec ses personnages. Quelle sensation que de se retrouver nous-mêmes dans cette embarcation, au centre de ce frêle esquif à l’équilibre si fragile ou couché dans la tente quand la tempête s’affole et que la nature déploie ses vents menaçants.
Superbe !!

Alors, inutile de vous dire que je vous recommande la lecture de ce roman. Pour les gens du Québec, j’aurai peut-être une bonne nouvelle à vous apprendre concernant une possible visite de David Vann. Je vous tiens au courant, soyez-en certain.

Quelques extraits:

Tiens, si on commençait par l’incipit: «Ma mère n’était pas réelle. Elle était un rêve ancien, un espoir. Elle était un lieu. Neigeux, comme ici, et froid. Une maison en bois sur une colline au-dessus d’une rivière. Une journée couverte, la vieille peinture blanche des bâtiments rendue étrangement brillante par la lumière emprisonnée, et je rentrais de l’école.»

«C’était presque comme plonger, quand elle fermait les yeux, la surface si loin au-dessus d’elle. Un océan animé d’un battement de coeur, de lentes vagues de pression, l’eau compacte, sans limites. Aucun contact avec la surface. le monde aérien un simple mythe, ses orages et ses éclairs et son soleil. La densité de l’eau comme seule réalité, le frais qu’elle dégageait, sa pression et son poids.»

«Ça m’a l’air pas mal, dit Irene. Si je restais assez longtemps, je pourrais sûrement commettre un meurtre.»

«Tu as détruit ma vie, sale con.»


Bonne lecture !

Désolations
David Vann
Gallmeister
2011
298 pages

 


 

Commenter cet article

Eeguab 30/04/2012 14:43

Je viens de le finir et le chronique prochainement. Impressionnant.

Richard 30/04/2012 17:29



J'ai hâte de te lire ...


À bientôt



sophie57 01/11/2011 19:46


Si tu as l'occasion de lui demander s'il a déjà une idée pour son prochain roman, qu'il a peut-être d'ailleurs sûrement commencé! je suis curieuse de voir comment il évoluera...alors excellente
rencontre à toi Richard!


Richard 01/11/2011 21:57



Je n'y manquerai pas !!


Merci !!



sophie57 01/11/2011 17:12


ça y est, je l'ai fini...oufffffffffff! là je suis assommée...il est très fort, ce David, il m'a bien eue!il m'a retournée comme une crêpe, le filou! oui, j'en ferai un billet, mais pour l'instant
je digère, j'assimile, et ça va prendre un peu de temps je pense.


Richard 01/11/2011 19:31



Et voilà, on ressent tous cette même sensation après la lecture de ce roman.


Dans "Sukkwan Island", il nous faisait le coup en plein milieu du roman: l'impact n'était pas le même !!


Dans celui-ci, on referme le livre et on est sonné, KO, au plancher ...


Quel auteur !!


J'aurai le plaisir de le rencontrer ce soir ... J'ai hâte !


Bonne journée, Sophie !



sophie57 30/10/2011 21:34


je l'ai commencé ce matin et j'en suis déjà à la moitié! j'adore! je m'inquiète déjà en me demandant ce que notre diablotin de David réserve à ses personnages, comme si je les connaissais
personnellement...pauvres humains à la poursuite du bonheur...et nous qui leur ressemblons tant...


Richard 31/10/2011 03:13



Oh ! Je pense que tu es véritablement accrochée !!


Je suis content !


J'ai  très hâte de lire ta chronique ( tu en écriras une ???)


Bonne lecture !!



l'or des chambres 29/10/2011 12:59


Je n'avais pas tellement aimé "Sukkwan Island" que j'avais trouvé vraiment trop noir... Et ce père... non vraiment, insupportable ce qu'il fait subir à son fils... Mais celui ci, je ne sais
pourquoi, m'attire irrémédiablement... J'ai très envie de le lire pour cet hiver...
Bises Richard, bon week end, tu vas bien ?


Richard 29/10/2011 13:10



Je pense que ce 2e roman de David Vann est un peu moins noir que "Sukkwan Island".


Oui, je te le conseille ... Tu devrais plus aimer  ...


On s,en reparle, j'espère !


Amitiés



prune 27/10/2011 19:12


Ca fait plaisir de lire ton enthousiasme et de voir le grand effet que t'a fait ce roman. Moi aussi j'ai beaucoup aimé les deux romans de David Vann et je suis très curieuse de ce qu'il va écrire
ensuite...


Richard 28/10/2011 01:00



Alors, nous l'attendrons avec impatience !!


Merci pour ta visite et ton commentaire !



Morgouille 24/10/2011 22:40


Me revoilou ! J'ai donc terminé ma lecture et publié mon billet, je peux enfiiin lire tous les avis sur ce roman époustouflant !!! Et en plus, je n'ai pas encore lu son premier roman donc j'ai
encore une très très bonne lecture en perspective !
Désolations... quelle claque ! Je reste bouche bée devant cette façon qu'il a de construire, comme tu le dis, une atmosphère totalement angoissante ! Et j'ai moi aussi mis beaucoup de temps à
écrire mon article tellement j'étais bousculée et hantée par les personnages et l'ambiance oppressante...
A bientôt, Richard !


Richard 24/10/2011 23:35



Je suis bien content que tu aies aimé !


On en veut des tonnes des livres comme ça !!!


À très bientôt Morgouille !



Emeraude 24/10/2011 10:01


très rapidement, quand la caméra fait un tour du public, mais je ne suis pas au premier plan ;-)


Richard 24/10/2011 11:23



Je vais aller voir !!



Emeraude 23/10/2011 21:35


Je suis d'accord, un excellent roman que, pour ma part, j'ai préféré à Sukkwan Island !
Ps : je suis dans le public dans cette vidéo ;-)


Richard 23/10/2011 21:39



On te voit ???



christine 21/10/2011 01:07


Je viens de le terminer. C'est un livre fort! et je vais suivre ton exemple : laisser décanter un peu avant d'en faire la chronique. Le temps de remettre toutes les émotions en place :-)


Richard 21/10/2011 13:52



J'ai très hâte de lire ton billet.


À bientôt !!



Pyrausta 19/10/2011 23:30


j'hesite vraiment...la litterature scandinave m'est difficile d'acces par cet aspect de desolation ,d'angoisse..Hier je suis allee voir une piece dont je parlerai et là aussi meme approche à
reculons...j'y vais ,j'y vais pas..Un vrai Tango.Fascination et recul..
je comprends ,en lisant les extraits,pourquoi ce livre t'a hanté...Bravo à toi d'avoir reussi à nous en parler.Et bien,comme d'habitude d'ailleurs..
bises Richard


Richard 19/10/2011 23:43



Merci beaucoup Pyrausta,


Et bien je t'invite à entrer dans la danse de cet auteur (américain !!!) n'hésite plus !! Je te garantis plein de plaisirs de lecture même si parfois, ça peut paraître difficile, sombre et même
très noir !!


Fascination et recul !!!J'aime bien cette image très évocatrice de ce genre de littérature !


Merci ! Et bonne lecture !



sophie57 19/10/2011 21:21


Complètement à l'ouest, cette pauvre Sophie! je pensais avoir mis deux K dans mon premier commentaire, d'où mon deuxième commentaire! alors qu'en fait je n'avais mis qu'un seul K, et qu'en réalité
il y en a bien deux...Suis-je claire? non je n'ai pas bu, ni absorbé de substances illicites...c'est juste mon état naturel! merci de ta patience Richard...


Richard 19/10/2011 21:57



Encore une fois, tu as réussi à me faire sourire !!


Bonne soirée Sophie



Mimi des Plaisirs 19/10/2011 21:11


Superbe en effet et de ces livres qui laissent une empreinte profonde, qui renvoient à soi-même. Tu en parles très bien:on sent que tu en as été bouleversé.
Amitiés.


Richard 19/10/2011 21:55



Merci beaucoup, amie Mimi !!


J'aime ce mi-mi-mi !!!


Ami-mi-mi-tié !


Bises



Alex-Mot-à-Mots 19/10/2011 11:03


Tu as l'air vraiment convaincu. Des avis très différents sur ce roman. Je crois que je vais finir par le lire, histoire de me faire ma propre idée.


Richard 19/10/2011 12:39



Bonjour Alex,


Un excellent roman noir que l,on doit lire quand on est en forme, pas déprimé.


Allez, lance-toi et tu m'en reparleras !!


Bonne journée



sophie57 18/10/2011 08:48


"Sukwan" avec un seul k, bien sûr!!!(je crois que je ferai toujours l'erreur, je ne sais pas pourquoi!!)


Richard 18/10/2011 12:12



Mais parce que tu es un "cas" !!!!



sophie57 18/10/2011 08:47


Bonjour Richard,avec ta belle chronique, tu nous emmènes sur la vague d'un livre qui semble avoir laissé en toi une marque indélébile...7 semaines avant de pouvoir en parler...de manière si
sensible! Tu m'as convaincue, en effet je crois que beaucoup(comme toi et moi) craignent de relire "Sukwand Island"...or "Sukwan Island" est et doit rester unique! Le destin de ce couple sur sa
barque(dans quelle galère sont-ils...embarqués?)me semble bien tragique! ce sera assurément une prochaine lecture!Merci et bonne journée!


Richard 18/10/2011 12:12



Bonjour Sophie,


En espérant que tu aimes ce roman. J'espère que tu me feras le plaisir de me dire si tu l'as apprécié.


Amitiés



Les bonheurs de Sophie 17/10/2011 19:46


On ne sort pas indemne de cette lecture. Beaucoup de pression et de sentiments terribles c'est vrai. Je partage ton sentiment concernant l'importance de la nature et son influence sur les
personnages. Une très belle écriture au service d'un roman dur.


Richard 17/10/2011 20:02



Nous sommes d'accord !


Bref, un très bon roman avec un auteur qui promet !!!


Amitiés


 


 



constance 17/10/2011 17:46


ton billet me rassure un peu : je me suis engagée à le lire (je l'ai reçu en partenariat) après avoir été totalement conquise par Sukkwan Island, et les résumés et avis que j'ai vu fleurir un peu
partout m'ont fait penser que ça avait l'air de ressembler fortement au premier, que ça n'allait être qu'une redite, une recette répétée sous une présentation différente. mais si tu jures que le
roman possède sa force propre, ça devrait aller.
on en reparle une fois que je l'aurai lu ?


Richard 17/10/2011 18:15



Bonjour mon amie,


Il est vrai que la thématique est sensiblement la même; cependant, le traitement en est complètement différent. Et les personnages principaux sont fascinants par leur complexité et les réflexions
qu'ils abordent.


Oui, oui, on en reparle !


Bonne lecture



Anne 17/10/2011 14:46


Je l'ai, et dédicacé en plus ! (mais ce n'est malheureusement pas moi qui ai pu écouter David Vann et recevoir sa dédicace, je n'étais pas libre). Bon je vois que ce serau au moins aussi bien que
Sukkwan Island, ça me suffit pour le moment ! Bises, Richard


Richard 17/10/2011 17:13



Je pourrai l'écouter très bientôt car il viendra au Québec !!


J'en parlerai sûrement sur mon blogue.


Bonne lecture !!



gridou 17/10/2011 10:48


Je te fais confiance Richard, mais n'ayant pas trop aimé Sukkwan, je ne me sens pas d'attaquer celui-ci...


Richard 17/10/2011 13:11



Ça dépend de ce que tu n'as pas aimé dans ce premier roman ...  Si tu n'as pas apprécié l'atmosphère lourde, cette descente vertigineuse vers l,enfer, ces rapports humains destructeurs ...
passe ton chemin.


Si non, lance-toi vers ce remarquable roman !


Bonne lecture chère amie !!