Lundi 4 octobre 2010 1 04 /10 /Oct /2010 16:27

Et voilà, un premier contact avec une auteure assez particulière. Presque inconnue de ce côté-ci de l’Atlantique, elle provoque discussions et passions en France. Ma première impression ? Un style décoiffant et accrocheur, des personnages sinistres mais intéressants, une histoire qui se tient jusqu’à une fin bâclée mais une lecture agréable et de bons moments de plaisir de lire.

L’hist Apocalypse bébé oire est simple, le rythme saccadé et l’intrigue soutenue. Une adolescente de bonne société, avec un comportement un peu dépravé, disparait de la circulation, sous les yeux d’une privée qui était chargée de la surveiller. La grand-mère, personne hautaine et odieuse, engage, contre toute attente, cette privée pour retrouver sa petite fille. Devant ce mandat qui la terrorise, Lucie Toledo fait équipe avec la «Hyène», une autre «privée» aux méthodes assez brutales. La rencontre de ce personnage atypique et dérangeant, aux moeurs particulières et aux pratiques explosives, mérite, à elle seule,  la lecture de ce très bon roman.

Commence alors  l’enquête, bien servie par une structure de roman assez inventive et qui pour certains pourraient sembler très linéaire. L’auteure nous décrit, tour à tour, les acteurs de cette disparition, elle nous les présente juste avant leur implication dans l’histoire.

 

L'auteure semble nous dire: Voici le portrait du personnage. Voici son histoire et ce qui fait en sorte que je vous en parle. Et  enfin, voici l’enquête, voici les faits. Tirez vos conclusions ...

 

J’ai quand même apprécié cette structure différente,  un peu agaçante à la longue, mais drôlement efficace.

Virginie Despentes possède un talent immense pour décrire l’humain dans toutes ses misères; j’ai été conquis par ses descriptions rendues avec vigueur, hachurées comme un «slam» et surtout truffées d’une poésie bien contemporaine. «Les gens récemment promus people, fous de joie, éberlués de leur chance, imaginant que c’est arrivé, qu’à présent ça va être facile. Leur ravissement idiot de bébés tortues gambadant gauchement sur le sable, convaincus qu’ils atteindront la mer, sous un ciel de rapace sournois.» Si vous aimez ce genre de phrases «punchées» et bien, vous serez servis.

Tour à tour, tout au long du roman, on rencontrera des personnages malheureux dans une société qui ne leur rend pas la vie facile et aux prises avec les impacts négatifs de leurs choix de vie, de leurs décisions pas toujours cohérentes. Un père écrivain de petit envergure, une mère à la recherche d’un bonheur volatile, une grand-mère calculatrice, une belle-mère bourgeoise, une commune d’homosexuelles et une bien drôle de Mère Thérésa ...

 

Voilà un itinéraire bien hétéroclite qui se déroule de Paris jusqu’à Barcelone avec un passage important à Montserrat. (J'ai été soufflé par cette visite de la Hyène à Montserrat, rencontrant une religieuse ressemblant à la soeur Thérésa, dans un décor tout ce qu'il y a de plus spirituel... une scène tout à fait spectaculaire !)

 

Et le plaisir du lecteur, c’est de voir ce banal événement (la disparition d’une fille de riches) à travers les yeux de personnages différents, de classes sociales diverses et avec des préoccupations et des intérêts parfois bien divergents.

Évidemment ce qui frappe dans ce roman, c’est le style, un style agressif et tendre,   qui nous jette à la figure des phrases comme celles-ci: «Il n’y a que les moches, les grosses et les vieilles pour se laisser étourdir par l’intensité du désir de l’autre. ne jamais coucher en dessous de soi, condition première du respect de sa féminité.» et par la suite, «Les saisons s’enchaînaient façon paquets de bonbons: faciles à gober et colorés.» L’écriture apparaît saccadée et pourtant, la lecture coule et roucoule d’une poésie tendre et cruelle.

Malgré la fin abrupte, une chute un peu «tirée par les cheveux», je vous recommande quand même la lecture de ce roman. Virginie Despentes nous offre une écriture bien personnelle qui saura vous captiver, un polar différent mais assez efficace et un plaisir de lire qui répondra à votre besoin de rencontrer une écrivaine pas comme les autres.

«Apocalypse bébé» est en nomination pour le Prix Goncourt.



Bonne lecture !

Apocalypse bébé
Virginie Despentes
Grasset
2010
343 pages


Par Richard - Publié dans : Critiques - Communauté : Littérature policière
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