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Publié par Candice

Polar, noir et blanc est heureux d'accueillir une nouvelle chroniqueure, Candice Wu !

Bienvenue dans cette belle équipe !

Une chronique de Candice Wu

 

Paul Colize, auteur primé, nous transporte dans le monde crimino-légal et le système psychiatrique bruxellois. À travers de courts chapitres et des personnages complexes, nous embarquons dans une enquête présentant les points de vue d’un avocat et d’une experte-psychiatre, sur un jeune homme accusé de meurtre, qui s’emmure dans un mutisme qui le condamne. La psychologie du suspect s’étale tout au long d’un polar rythmé, qui nous fait visiter l’enfer du siège de Vukovar en 1991, durant le conflit génocidaire de la guerre de Croatie (1990-1995).

 

Résumé :

L’intrigue est d’apparence simple : une jeune femme a été poignardée dans son appartement. Un jeune graffiteur de renom reproduit la scène en croquis et il est arrêté.

Son avocat, Philippe Larivière, est frustré; son client ne collabore pas. Durant plusieurs semaines, il ne fait que répéter la même phrase : « Ce n’est pas moi. » Alors que le tribunal est prêt à expédier l’affaire, le juriste ne peut effacer le doute de son esprit : la simplicité de l’affaire est trompeuse. Il réussit à faire transférer Nikola Stankovic en hôpital psychiatrique. Par le biais de l’évaluation psy, dirigée de main de fer par Pauline Derval, femme libérée et psychiatre de renom, il espère percer ce silence.

 

"Si au contraire, elle affirmait qu’il était responsable de ses actes, retour à la case prison et procès. Philippe Larivière était sans doute un avocat compétent, mais il ne pouvait pas accomplir de miracles. Stankovic serait reconnu coupable et irait croupir entre cinq et vingt-cinq ans dans une cellule de neuf mètres carrés en compagnie d’un ou deux détenus.

Tabassage et racket en vue, avec option suicide."

 

Durant l’internement, on découvre la réalité d’une ville assiégée, vue par un Stankovic enfant. Derval et Larivière se penchent donc sur son art, qui dépeint ses traumatismes de guerre, sur les murs de Paris et de Bruxelles. Ils tentent ainsi d’établir les liens entre la victime et l’accusé, qui ne se livre qu’au compte-goutte, prisonnier de ses souvenirs.

 

"Après deux heures de marche ininterrompue, collés l’un à l’autre, le corps courbé pour affronter le vent glacial, ils avaient pris une pause à l’entrée de Marinci. Une carcasse de char barrait la route. Un silence oppressant régnait. Hormis quelques cochons errants, le village paraissait désert. Même les oiseaux semblaient retenir leur souffle.

Ils avaient longé les maisons, étaient entrés dans une rue latérale et s’étaient arrêtés net, incapables de détourner le regard de la scène d’horreur.

Pendu à un arbre, la tête en base, un homme tournait sur lui-même, le ventre ouvert, les entrailles arrachées. De chaque côté de la voie, des cadavres de civils pourrissaient sur le trottoir."

 

Mon avis :

Paul Colize nous dépeint des personnages réalistes et pluridimensionnels.

L’écriture est directe et précise. Le rythme est gardé par une habile alternance d’action des personnages et de flashbacks de la vie du suspect. L’auteur crée une atmosphère sombre, illustrant l’esprit tourmenté de Nikola Stankovic, mais les pointes d’humour qui ponctuent les chapitres nous gardent à flots.

Selon moi, la force de l’auteur demeure dans l’amalgame judicieux de contrastes. Les images invoquées sont fortes puissantes et parfois crues. Tantôt plongés dans l’horreur intense du siège de Vukovar, tantôt dans la mondanité des vies des personnages chargés de l’enquête, nous suivons le déroulement fluide d’une enquête qui ne présente aucune certitude.

Toute la violence des hommes est un polar bien campé, un mystère efficacement cultivé et sans longueur. Une lecture fort agréable pour s’échauffer les neurones à l’arrivée des jours frisquets de l’automne!

Bonne lecture !

Photo prise il y a quelques années lors de la visite de l'auteur à la librairie Monet.

 

Toute la violence des hommes

Paul Colize

Éditions Hervé Chopin

2020

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