Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Richard

Une chronique de Richard

Jacqueline Landry est journaliste de carrière dans le monde de la télévision. Elle a été chef d’antenne au Téléjournal de la Colombie-Britannique pendant une dizaine d’années. C’est en se déplaçant dans les rues de Vancouver que l’idée de ces romans réunis sous le titre de « Le cri du West Coast Express ». « Terreur dans le Downtown Eastside » et le deuxième tome « Détresse au crépuscule » nous tracent un portrait sans compromis d’un quartier glauque et difficile du Vancouver des pauvres, des prostitués et des vendeurs de drogues … et de corps féminins.

Dans le premier tome, un tueur fou semait la terreur dans un quartier mal famé de Vancouver. Il s’attaquait sauvagement à des prostituées, les mutilait de façon épouvantable, les tuait et se débarrassait des corps le long de la voie ferrée. Il a fait six victimes en douze mois. Et toutes les victimes portaient une bague de pacotille au doigt !

Dans ce deuxième tome (que l’on peut lire sans avoir lu le premier mais selon moi, on se prive d’un certain plaisir), le tueur continue son massacre tout en modifiant sa façon de faire. Le corps d’une jeune femme est retrouvé près des rails de chemin de fer du West Coast Express. Affreusement mutilé, mais pour cette fois, le tueur a épargné le visage de sa victime. Contrairement aux autres meurtres qu’il a commis.

L’équipe d’enquêteurs se met au travail … espérant retrouver ce monstre avant qu’il ne fasse d’autres victimes. En plus, à cette enquête s’ajoute toute la question du trafic de drogues dans cette grande ville de la Colombie-Britannique, une métropole où 136 personnes sont mortes d’une surdose, juste durant les derniers mois. Une véritable hécatombe !

Et pour rendre l’enquête encore plus complexe, la dernière victime n’est pas une prostituée. Donc le modus operandi du tueur en série se modifie. Toutes les femmes sont maintenant des victimes potentielles.

Les 320 pages de ce roman suivant les 300 pages du premier tome, nous donnent un diptyque fort intéressant, passionnant et très humain. Jacqueline Landry possède un style accrocheur, sans artifice inutile mais quand même très agréable à lire. De plus, elle possède un sens du punch très efficace. À chaque chapitre, il y a de l’action, le récit avance rondement et la trame romanesque se développe de façon très dynamique. Parfois, l’auteure parvient à nous charmer avec des phrases joliment dites qui nous projettent tout un cinéma d’images. La beauté sauvage des paysages, le glauque des quartiers louches de Vancouver, l’immensité des Rocheuses, la tension enivrante d’une intervention policière, Jacqueline Landry nous les dépeint avec passion, tout en y ajoutant une touche de peur et de mystère ! Et même parfois un effleurement de douceurs, un oiseau qui chante ou même, un papillon bleu qui se dépose sur le corps d’une victime.

Mais ce qui ressort de notre lecture de ces deux romans, c’est la tendresse avec laquelle, l’auteure nous dépeint les personnages qui peuplent ce quartier si difficile. Comment ne pas être touché par le désespoir et la luminosité de Raymond, le sans-abri si attachant. Par Sylvia, la toxico, prise dans le tourbillon incessant qui l’attire immanquablement vers l’enfer. Par Inga, la prostituée qui veut s’en sortir mais qui recule à chaque pas qu’elle fait. Ou encore par Rachel, la jeune Québécoise qui tente de faire sa place dans le milieu des communications. Chacun supporte sa propre détresse et Jacqueline Landry nous les dépeint avec talent et grande sensibilité.

Ces deux romans sont plus que des romans policiers, ils sont des témoignages sociologiques prenants, dressant le portait d’une humanité « poquée » par la vie, avec un avenir tellement incertain, souvent inexistant. On dit souvent que le roman noir est le reflet d’une société dans son côté le plus sombre. Jacqueline Landry nous trace donc ce portrait d’un quartier de Vancouver, portrait qui ressemble sûrement à beaucoup d’endroits, dans toutes les villes du monde. Ce que je retiens de cette lecture, c’est l’empathie de l’auteure pour les gens qui habitent ces quartiers, la détresse qui les hante et la misère qui s’accroche sans possibilité de s’en sortir. Mais c’est aussi, l’humanité des personnes qui veulent les aider, qui leur tendent des bouées de sauvetage qui souvent se dégonflent dès qu’elles touchent la souffrance et le malheur.

Amateurs et amatrices de romans noirs et de romans policiers, je vous recommande donc la lecture de ces deux romans pour ce voyage au cœur de la misère et de la pauvreté. Nous n’en ressortons pas avec le sourire aux lèvres mais sûrement plus conscient que près de chez nous, quel que soit l’endroit où nous sommes, il y a des personnes qui souffrent et qui vivent des drames humains terribles.

 

Bonne lecture !

 

 

Détresse au crépuscule

Jacqueline Landry

Éditions David

2020

320 pages

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article